‹ Œuvres de M. J. ChénierChapitre 83 sur 236 · ACTE IV, SCENE VIL laS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIL laS

TDRENNE.

Grand Dieu!

AZÉMIRE

Vous le savez.

TURENNE

Interdit et confus...

AZÉMIRE

Instruisez-moi, de grâce, et ne me trompez plus.

TU RENNE

Moi! je vous ai trompée! et pouvez- vous, Madame, Pouvez-vous à ce point méconnaître mon âme? Vivre en vous adorant était un sort bien doux; Mais il me faut mourir, et mourir loin de vous. Régnez, oubliez-moi. C'est vous que j'en atteste. Vous, ma religion, une gloire funeste:

Je vous aime; et je cours remplir l'ordre du ciel. Rester m'est impossible.

Et c'est aimer, cruel !

C'est aimer ! Quand on aime il n'est rien d'impossible ; Et la haine vaut mieux que cet amour paisible. Que tes vœux désormais se rassemblent sur moi: Amis , Gloire , Parens , je serai tout pour toi. Moi, régner? Laisse là mes sujets, ma couronne; Tu prétends loin de toi m'exiler sur un trône: Je n'en veux plus. Tu cours aux tentes des chrétiens ; Voici ta route ; allons : mes pas suivront les tiens. Tu m'aimes, c'est assez. Française ou Syrienne,

126 ÀZEMIRE.

Dans ces lieux,dans ton camp , musulmane ou chrétienne,

Reine, esclave, il n'importe. Ah! songe que pour moi

Le trône, le bonheur, l'univers n'est que toi.

Tu combles tous les vœux de mon âme enflammée ;

Azémire, en t'aimant, ne veut rien qu'être aimée.

Viens.

TU RENNE

Jusqu'où vos désirs se vont-ils égarer?

Madame , à cet espoir cessez de vous livrer. Qui, vous! suivre mes pas? Non, vous seriez coupable; Et de vous avilir Turenne est incapable. Les autels de mon Dieu, que vous méconnaissez, D'un hommage imposteur seraient trop courroucés. Pardonnez: vous l'avez outragé dès l'enfance; Moi-même, en vous aimant, je sens que je l'offense. Quittez après cela votre loi, votre cour: Recevra-t-il des vœux qu'aura dictés l'amour ? Non, non. Madame, il faut...

AZÉMIRE

Il faut que tu me fuies !

TURENNE

Azémire, on a vu des amantes trahies.

On a vu des ingrats, d'un beau destin lassés. Insulter aux sermens qu'ils avaient prononcés , Délaisser une amante, et, pour comble d'injure. Aller nourrir loin d'elle une flamme parjure; Mais se voir l'un à l'autre arrachés malgré soi; Mais rompre ses liens sans dégager sa foi ;

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