ACTE V, SCENE IL i3i
TURENNE
Attends encor.
d'amboise.
C'est déjà trop attendre.
TLRENNE.
Je ne puis te parler.
d'amboise.
Je ne puis te comprendre.
Au nom de la pitié.
d'amboise.
Que veux-tu?
TURENNE
Je frémis.
d'amboise.
As-tu donc oublié ce que tu m'as promis?
TURENNE
Je n'ai rien oublié; mais plains mon infortune; Mais ne m'oppose plus une gloire importune, Ni Bouillon, ni ce Dieu que je dois redouter, Et que mon cœur séduit ne peut plus écouter.
d'amboise.
Juste Ciel !
TURENNE
Ce langage a lieu de te surprendre.
Oui, c'en est fait, d'Amboise, il a fallu me rendre: Je ne partirai poinl. Tu n'as pas vu ses pleurs; Tu n'as pas d'Azémire entendu les douleurs!
i3i AZEMIRE.
J'ai tout fait, tout tenté pour vaincre sa tendresse.
De mon cœur mille fois accusé la faiblesse :
Un père, ma patrie, un ami, dans ce jour,
L'honneur, Bouillon , Dieu même a combattu l'amour;
Contre elle, jusqu'à moi, tout s'est uni: n'importe,
Seule avec son amour, Azémire l'emporte;
Et, las de prolonger un inutile effort,
En tombant à ses pieds, j'ai désiré la mort.
d'amboise.
Dieu!
TURENNE
S'il faut que je meure ou que je la trahisse,
C'est au Ciel à frapper : j'attendrai mon supplice.
Car enfin, d'un tel coup si je vais l'accabler,
Crois-tu que l'avenir pourra la consoler ?
J'aurais gardé ce prix à l'amour le plus tendre!
Je pourrais!...
d'a.mboise.
C'est assez, je ne veux plus t'entendre;
Mais, puisque j'écoutais un chimérique espoir,
Puisque l'honneur sur toi n'a plus aucun pouvoir,
Puisque tu veux ramper aux pieds d'une maîtresse,
Puisque je dois enfin rougir de ma promesse.
Et que, d'un fol amour indignement charmé.
Tu me punis si bien de t'avoir estimé ,
Je pars, et je vais dire aux Français qui t'attendent :
Français! c'est vainement que vos cris le demandent:
11 déteste son Dieu, la gloire, la vertu;
Turenne n'est qu'un lâche.