A TURIN
Monsieur le Comte,
Je lis dans le compte rendu de la séance du Parlement de Turin, du 12 octobre, ces paroles prononcées par vous :
« Je crois que la solution de la question romaine doit être « amenée par la conviction qui se répandra de plus en plus « dans la société moderne, et même dans la grande société « catholique, que la liberté est hautement favorable au déve- « loppement du véritable sentiment religieux.
« Ma conviction est que cette vérité triomphera bientôt. h Nous lavons déjà vue reconnue par les défenseurs les plus « passionnés des idées catholiques; nous avons vu un illustre « écrivain, dans un moment lucide , démontrer à l'Europe, « dans un livre qui a fait grand bruit, que la liberté avait été « très-utile pour relever l'esprit religieux . »
On m'assure que c'est à moi que vous avez entendu faire allusion. Si vos paroles ne renfermaient qu'un éloge, je ne me permettrais pas de les prendre pour moi. Mais elles contiennent aussi une injure ; ma modestie peut donc s'en accommoder.
65î LETTKE
Vous m'interpellez devant le public, vous me donnez le droit de vous répondre devant lui.
J'éprouve à le faire une répugnance que j'ai peine à surmonter. Le sang français a été versé par vos ordres; l'honneur catholique a été insulté par vos lieutenants ; le foyer séculaire, le dernier abri du Père commun des fidèles, est menacé par vos paroles. Il n'est pas un de vos actes qui ne me blesse et ne me révolte. Voici maintenant que vous portez un nouveau coup à tout ce que j'aime, en enveloppant vos desseins pervers sous le voile d'un accord mensonger entre la religion et la liberté ; et, à l'appui de vos dires, vous invoquez mon témoignage !
Je me dois de protester que sur aucun point, monsieur le comte, je ne suis avec vous.
Grâce à Dieu, votre politique n'est pas la mienne.
Vous êtes pour les grands États centralisés; je suis pour les petits États indépendants.
Vous méprisez les traditions locales en Italie ; je les aime partout.
Vous êtes pour l'Italie unitaire ; je suis pour l'Italie confédérée.
Vous violez les traités et le droit des gens; je les respecte, parce qu'ils sont entre les États ce que sont entre les hommes les contrats et la probité.
Vous sacrifiez à votre but les engagements, les promesses, les serments. Je vous réponds avec le généreux Manin : «Des moyens que le sens moral réprouve, lors même que matériellement ils seraient utiles, tuent moralement. Aucune victoire ne mérite d'être mise en balance avec le mépris de soi-même 1 . »
Vous détruisez le pouvoir temporel du Souverain Pontife;
; l)orument$y etc., publiés par M. Planât de la Fayc, lome II, p. 420.