‹ Œuvres de M. le comte de Montalembert (volume 5)Chapitre 37 sur 94 · ÉMIGRÉS · texte numérisé non relu

ÉMIGRÉS

n'avaient qu'à s'en aller ailleurs. Mais vous savez bien , Messieurs, qu'il n'y a point d'ailleurs pour eux. On sail bien qu'ils ne peuvent chercher un autre asile en Europe. Et pourquoi? parce que , Dieu merci , la France est encore la plus libre et la plus généreuse des nations, parce qu'elle n'est pas entrée dans le pacte d'assurance mutuelle contre le malheur et la liberté qui existe au delà de nos frontières. C'est une des gloires de la France que cette hospitalité envers nos frères du Nord. Pour moi, je ne crains pas de le dire, l'aumône que nous faisons à leur noble misère nous honore au moins autant qu'elle les soulage. Du jour où, selon le conseil qu'on leur donne avec un froid et cruel dédain, ils auraient secoué la poussière de leurs pieds sur la France, elle descenderait, dans l'estime du monde, à un point qu'elle n'est pas faite pour occuper; elle passerait pour une terre d'égoïsme, de police et de servitude, comme tant d'autres.

Cette loi, quelque mauvaise qu'elle soit, pourrait encore être subie avec résignation si elle était modérée et adoucie dans l'application. Il y a beaucoup de mauvaises lois ; et on n'en souffre pas trop, grâce à leur inapplication ; mais ce n'est pas le cas de celle-ci, plus abusive encore dans son application que dans sa nature même.

J'écarte une fin de non-recevoir, à savoir que ces détails sont de l'ordre administratif, qu'ils tiennent au pouvoir exécutif chargé de l'application des lois. Quand on vient vous demander de continuer une loi, on vous oblige à juger comment cette loi a été appliquée, sans quoi vous n'auriez pas des données suffisantes pour voter en connaissance de cause.

Eh bien ! cette loi est mal appliquée; elle l'est de manière à la rendre plus dure et plus pénale qu'elle n'est. Ici, je n'attaque pas le ministre de l'intérieur qui me fait l'honneur de m'écouter. On me dit que cette loi ne peut être appliquée à un

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