LIBERTÉ RELIGIEUSE
CHAMBRE DES PAIRS
Réponse à mil. Consin et Tillemaiii dans la dlscnsslon de Tadresse.
Séance da 97 décembre 1888.
Après la clôture de la discussion générale sur le projet d'adresse, et dans la môme séance, M. Cousin prit la parole pour signaler dirférents faits qui lui semblaient indiquer dans le clergé français un dangereux esprit d'envahissement. Il signala en particulier le récent refus de sépulture ecclésiastique dont avait été l'objet M. de Montlosier, mort à Clermont. M. Bartbe, garde des sceaux, répondit que l'afiTaire était portée au Conseil d*État, où elle suivrait son cours. M. Yillemain insista sur les craintes exprimées par M. Cousin. M. le comte de Montalembert répondit en ces termes.
Je m'étonne et je mafilige d'avoir à combattre aujourd'hui des hommes que je suis accoutmné à regarder comme mes amis, et presque comme mes maîtres, MM. Cousin et Villemain. Mais comme je ne transigerai jamais avec ma conscience, conune je n'hésiterai jamais entre mes convictions et mes amitiés, oonune je ne recherche pas une injuste popularité, je dirai franchement ce que je pense de leurs discours. D'abord, quant à la malheureuse aflaire de Clermont, je ne crois pas
OhiTm. 1. — DUeoari. i. m Vi
que personne ait plus sincèrement, plus profondément regretté et déploré que moi la conduite de Tévèque dans cette circonstance. Mais, en même temps, je dois déclarer que cet acte purement spirituel échappe nécessairement à toute répression temporelle. La prière pour les morts comme pour les vivants est un acte libre et spirituel. Après tout, TÉglise n'est pas Tadministration des pompes funèbres, {Plusieurs voix : TrèS'bien : c'est cela!') et on ne peut pas lui commander des prières comme on commande des cercueils et des chevaux de deuil.
MM. Cousin et Yillemain se sont attaqués au clergé, aux séminaires et jusqu'à ces pauvres filles dont toute Tambition se borne à vivre librement dans la solitude et l'austérité.
Pour moi, je l'avoue, je croyais la révolution de Juillet destinée à élargir toutes nos libertés, à augmenter la dose de liberté en France. Mais, s'il faut en croire ces Messieurs, l'Église serait exceptée. Ils veulent ressusciter une foule de décrets, de pénalités empruntées à tous les régimes, dont le résultat serait d'établir une grande exception de servitude pour l'Église catholique. On a invoqué les libertés de l'Église gallicane; mais toute l'histoire de France n'est-elle pas là pour démontrer que cette invocation n'a jamais servi qu'à engendrer les dissensions les plus funestes, dont l'assoupissement depuis 1830 a contribué plus que tout à fortifier ce mouvement religieux dont tous les orateurs se sont félicités.
n y a un grand argument en faveur de la révolution de Juillet et de l'ordre de choses qui en est sorti ; j'ai souvent été à même de l'employer, car je puis dire que ce régime n'a pas d'ami plus sincère et plus désintéressé que moi. Cet argument consiste dans la liberté de l'Église en France, dans la sécurité de nos consciences catholiques, comparée à ce qui se passe dans une monarchie absolue de notre voisinage, en Prusse.