FUEROS
pauvres et maiQtenant opprimées. Les accents de votre juste indignation ont soulagé notre malheur» et nous serions d*indignes Vascongades si nous ne nous hâtions de vous exprimer notre gratitude.
« Vous l'avez dit , Monsieur le comte, et vous n*avez que trop raison : le traité de Bergara n'existe plus, il a été déchiré. Nos anciennes institutions, ces monuments de la liberté respectés par les siècles, disparaissent l'une après l'autre, lâchement sapées par l'hypocrisie ou brutalement détruites par la force matérielle, qui décident aujourd'hui des destinées de l'Espagne.
c La foi jurée , cette foi si profondément respectée par les anciens chevaliers de Castille, et à laquelle des caractères d'hidalgos coDune le vôtre rendent un honmiage si sincère et si pieux, cette foi, la Régence ne la connaît pas. Elle nous croit faibles, et elle veut nous subjuguer. Elle veut nous imposer à outrance et tout d'un coup la loi du nivellement. Elle ne se rappelle plus les quarante formidables bataillons du 31 août 1839; elle a oublié notre générosité d'alors et les preuves éclatantes de loyauté que nous avons ensuite données. Elle a agi comme les tyrans de tous les temps. Après avoir désarmé les braves par des paroles trompeuses, elle les persécute, elle les punit, elle les opprime inhumainement à cause môme de leur vertu. Monsieur le comte , il se commet aujourd'hui envers les provinces basques un plus grand attentat que celui dont l'héroïque Pologne fut victime il y a quelques années. Le noble et courageux peuple polonais se souleva pour défendre ses droits, et cela explique l'irritation de ses oppresseurs. Mais nous autres , depuis que nous avons donné notre parole de paix à la nation, nous sommes restés tranquilles comme des agneaux. On opprimait les Polonais au nom du pouvoir absolu; nous sommes dépouillés, nous, de nos lois, on fait main basse sur nos fiieros, au nom de la liberté!,.. Profanation horrible, car la liberté né saurait être autre chose que la justice. Abominable et sacrilège iniquité qui enfantera le mépris et la haine pour un sentiment élevé, un principe grand et fécond.
« Ah ! il ne. nous serait pas difficile de relever encore notre sanglant drapeau. Dix-huit mois n'ont pas vieilli nos peuples, n'ont pas énervé leurs bras; leurs cœurs brûlent comme auparavant d'une flamme religieuse et pure pour les saintes lois et les vénérables coutumes de nos pères. Mais nous avons le sang en horreur. Monsieur le comte, on n*en a que trop versé déjà, et nous ne sommes plus aux temps où ces luttes barbares se prolongeaient indéfiniment. Nous ne voudrions pas rallumer la guerre civile dans