LES RÉFUGIÉS ET DON CARLOS
avec lequel je suis heureux de me trouyer souyent d*accord, demander la prorogation indéfinie des mesures plus ou moins rigoureuses contenues dans cette loi contre certaines classes de réfugiés. Je suis bien loin de désirer, comme lui, la prorogation indéfinie de cette loi; je suis encore bien plus loin de regretter ayec lui les 40 millions qui ont été dépensés par la France, non pas depuis dix ans, mais depuis treize ans, pour subyenir à la noble infortune de ses meilleurs auxiliaires.
Je crois au contraire que jamais dépense n'a été plus honorable, que jamais dépense n a été plus généreuse, plus yraiment politique, et qu'il n'y a pas de chemin de fer au monde qui puisse faire autant d'honneur à la France que ces 40 millions qu'elle a noblement yersés dans cette main de la Pologne où le despotisme yenait de briser ime épée tirée pour la liberté et pour la France. {Très-bien/)
Je remercie donc M. le ministre de l'intérieur d'ayoir établi cette distinction, que je crois essentielle, entre les réfugiés polonais et d'autres. Je n'ai nullement l'intention de blâmer ni même de juger les Espagnols qui ont pris les armes pour la cause de don Carlos; mais il est clair, il est éyident, comme Ta dit M. le ministre de l'intérieur, qu'il y a ime difiérence immense aux yeux de la France, du moins de la très-grande majorité des Français, entre les Espagnols partisans ou sujets d'un prétendant, et ces Polonais souleyés, non-seulement pour l'indépendance de leur patrie, d'une patrie que nous ayons tous aimée et défendue, mais souleyés en même temps que la France était elle-même menacée par l'Europe, et qui ont cru qu'en s'armant pour leur pays, ils s'armaient aussi pour la France. {Nouvelle (idhésion.)
Maintenant, puisqu'on a parlé de don Carlos, je danande
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à h Chambre la pennission d*ajouter un mot à ce sujet.
Ici je ne suis en aucune &çon d'accord avec M. le ministre de rintérieur. Je n'ai pas besoin, je pense, de faire une profession de foi devant la Chambre sur la question espagnole; elle se rappelle peut-être ce que j'ai dit devant ell«, dans d'autres circonstances, lorsqu'il s'est agi des affaires d'Espagne; elle sait que j'ai manifesté hautement mon adhésion à la royauté d'Isabelle II : je n'ai jamais douté qu'elle n'eût pour elle et le droit héréditaire de l'ancienne monarchie espagnole (ce qui est toujours un avantage), et l'adhésion de l'immense majorité des Espagnols; que, par conséquent, elle n'eût de son côté tout ce qui peut légitimer et fortifier une monarchie.
Mais, entre repousser les prétentions d'un prince, d'un prétendant qui se croit des droits à la couronne, et approuver sa captivité, il y a une grande différonce.
Je ne suis donc nullement partisan des droits de l'infant don Carlos, et, quant à la reine Isabelle, quoiqu'il y ait bien des choses qui se soient faites sous son règne et en son nom que je répudie, je me félicite de ce que sa couronne paraisse plus raffermie aujourd'hui sur sa tête. Mais je ne crois pas qu'il en résulte la nécessité, pour la France surtout, de se charger de la captivité de l'infant. Si cette captivité était nécessairo aux yeux de la politique des puissances liguées pour maintenir un certain ordro de choses en Espagne, je n'aurais pas voulu, je le répète, que la France s'en chargeât; je n'aurais pas voulu que le cousin du roi fût retenu, non pas comme un réfugié, mais comme un captif, en France; j'aurais mieux aimé qu'on laissât ce rôle à l'Angleterre; elle a montré plus d'une fois qu'elle savait fort bien s'en acquitter. [On fit.)
Je dirai ensuite qu'il y a deux choses dans cette captivité :