‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 2)Chapitre 35 sur 142 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

MONSnOnBUB LB DUG DB BBBBT BtT H01IM& COLONBL - OicHBBAL DBg CIlAfliBVBS. Ilff« PBCTIOHS MILITAIRES. MOT DU PRUfCB. PBLBAINèGB DB MONSBIGBBUB LB DUC D9 BBRRY A YER8 AILLES.

Le roi donna à son peuple les institutions que les siècles avoient préparées. Mais l'ouvrage de la sagesse fut mal compris : il falloit suivre le dessein de l'habile architecte , bâtir sur son plan un noU"* veau palais dont les fondements auroient été antiques. Au lieu dû cela , on se contenta de reblanchir des ruines et de s'y loger ^ on se crut en sûreté dans les débris qui dévoient tomber au soufflede la première tempête. M'' le duc de Berry , nommé coloneNgénéral des chasseurs, n'eut à s'occuper , dans la première année de It restauration , que d'inspections militaires. Il parcourut les départements du Nord ', visita les places fortes de l'Alsace, de la Lorraine et de la Franche-Comté , et revint à Paris. Il passoit un jour en revue, à Fontainebleau , on régiment de la vieille garde. Des grenadiers, qui l'avoient entouré après la revue, ne pouvoient

> Août, septembre 1811.

s'empécher de lui témoigner leur admiration pour Buonaparte. u Que faisoit-il donc de si remarquable? leur dit M^Me duc de « Berry. — Il batloit l'ennemi, répondirent-ils.— Belle merveille, fc répliqua le prince , avec des soldats comme vous ! »

M*^ le duc de Berry avoit profité de son voyage dans les provinces du nord pour passer un moment en Angleterre et visiter les lieux de son exil. De retour à Paris, il fit un pèlerinage à ceux de son enfance : il partit pour Yersailles avec un seul aide de camp. Il fut extrêmement frappé de trouver le château tout brillant d'or, de glaces et de peintures,. mais inhabité, et debout dans une espèce de désert, comme les palais enchantés des Conies arabes. Versailles n'a été livré qu'un moment à la révolution : aucun des gouvernements illégitimes n'enafaitson séjour. L'imagination, frappée de la majesté du règne de Louis XIV, et de la violence de la révolution, oublie ce qui s'est placé entre ces deux grandeurs de l'ordre et du désordre , et s'obstine à ne voir dans Versailles que le créateur de ses merveilles. M'^'' le duc de Berry regardoit avec étonnement la façade de ce palais, semblable à une ville immense ; ces vastes rampes conduisant à des bocages d'orangers; ces eaux jaillissantes au milieu des statues, des marbres, des bronzes , des bassins , des grottes , des parterres ; ces bosquets remplis des prodiges de Fart. Il se représentoit les fêtes brillantes données dans ce palais et dans ces jardins, encore peuplés des ombres des Montespan, des Nemours, des La Vallière, desSévigné , des Condé , des Turenne , des Catinat , des Vauban , des Colbert, des Bossuet, des Ténelon, des Molière, des Racine , des Boileau , des La Fontaine. Et si l'on eût demandé quel étoit le voyageur que les gardiens du château conduisoient de salons en salons, de bosquets en bosquets; quel étoit cet étranger, cet inconnu , à qui ils faisoient voir la chambre de Louis XIV , le cabinet de Louis XVI, l'appartement de Madame la comtesse d'Artois, le balcon où l'infortunée Marie -Antoinette se montra ^u peuple, tenant M. le Dauphin dans ses bras, on eût répondu que ce voyageur, cet étranger, cet inconnu, étoit le neveu de Louis XVI, le fils de Madame la comtesse d'Artois , le dernier héritier de Louis XIV !

Page 1