CHAPITRE Xm
SUITB UB LA TIB PRITES. DIVERSES ATBHTURES.
L'humanité suit la charité , ou plutôt elle en fait partie. Le cheval d'un des dragons de la garde qui accompagnoient le roi dans une promenade s'abattit : le dragon eut la jambe cassée. M»Me diic et M^^la duchesse de Berry le rencontrèrent; ils descendirent de voiture , y firent placer le blessé , ordonnèrent qu'on le conduisît à l'Elysée pour être soigné jusqu'à parfaite guérison, et s'en retournèrent à pied par un soleil ardent. C'étoit le même prince qui , souvent manquant de tout , n'a voit pas trouvé une main pour le secourir.
Monsieur avoit donné à son jeune fils cette chaumière de Bagatelle qui fit tant parler au commencement de la révolution , et dont le dernier commis de Buonaparte auroit dédaigné les jardins et l'ameublement. M^ le duc de Berry aimoit cette petite retraite où il nourrissoit les pauvres des environs. Il y alloit souvent le matin dans la belle saison. Un jour, traversant le bois de Boulogne, il rencontre un enfant chargé d'un panier. Le prince arrête son cabriolet. « Petit bonhomme , où vas-tu ? dit-il à l'enfant. — A la « Muette, porter ce panier, répond celui-ci. — Il est trop lourd « pour toi, ce panier, dit le prince : donne-le-moi , je le remettrai M en passant. » Le panier est placé dans le cabriolet , et le prince le dépose fidèlement à son adresse. Il va trouver ensuite le père de l'enfant, et lui dit: «J'ai rencontré votre petit garçon, vous «< lui faites porter des paniers trop lourds \ vous détruirez sa santé, « et vous l'empêcherez de grandir. Achetez-lui un âne pour poru ter son panier. » Et il lui donne l'argent pour acheter l'âne.
Qu'un grand monarque, qu'un homme célèbre, se mêlent la* connus à la foule , on aime à les y chercher -, mais pourtant rieo de plus facile que les vertus de position qu'ils déploient dans cefii
aventures : l'orgueil humain s'arrange de descendre pour remon* ter. Ce n'est pointée plaisir des contrastes qu'on éprouve en lisanl la vie privée de M^ le duc de Berry. Il n'étoit point roi; il n'a voit point encore cet éclat de gloire que la mort lui a donné : accou* tumé à l'obscurité , ce n'étoit point une chose nouvelle pour lui de se trouver au milieu des rangs inférieurs de la société. Ce qui fait donc le charme des mots et des actions dont il remplissoU ses journées , c'est la supériorité môme de sa nature : on aime et l'ou admire l'homme dans le prince , indépendaomieat de la scène qui le fait connoître.