AN AI. Y SI-: KAISUNNLK
'< (lejiireraentsetde blasphèmes, des moqueurs » de toute religion ; elle le fait solliciter par des <i pourvoyeurs , qu'elle pose comme en senti- « nelle à l'entour de lui-mesme ; perd tellemen» '< toute honte, qu'elle lui sert de pourvoyeuse' . » [Discours merveilleux.) On prétendit qu'elle avoit essayé d'empoisonner l'armée du prince de Condé tout entière.
Madame de la Bourdaisière , aïeule de Gabrielle, remplissoit la coin- de ses aventures : " Aussi belle en ses vieux jours , dit Brantôme, » que l'on eût dit qu'elle eût été en ses jeunes <i ans , si bien que ses cinq filles , qui ont été " des belles, ne l'effaçoient en rien. «
La jeune duciiesse de Nevers ne conserva pas longtemps le souvenir de la lin tragique de Coconnas; elle fut surprise dans d'autres rendez-vous, ce qui donna lieu au titre d'un des prétendus ouvrages de l'ingénieuse salire intitulée : Bibliothèque de madame de Montpensier. Ce litre étoit : La manière d'arpenter les prés hrièv émeut , par madame de yerers.
J'ai déjà parlé de la belle de Sauve , femme en secondes noces de François de la Trémoille, marquis de Noirmoutiers.
Anne d'Estrées , marquise de Cœuvres , fille de madame la Bourdaisière et mère de Gabrielle , avoit quitté son mari pour s'attacher au marquis d'Allègre. Elle fat massacrée dans Issoire, lorsque celte ville fut prise d'assaut par les catholiques, le 28 mai 1377; son corps dépouillé apprit une singulière parure de ces temps de libertinage.
De plus hautes dames, telles que la duchesse de Guise, entretenoient des liaisons qui se terminoient presque toujours par des meurtres. Saint-Mesgrin fut assassiné à onze heures du soir, en sortant du Louvre, par une trentaine d'hommes , à la tète desquels on crut reconnoître le duc de Mayenne. La nouvelle en étant parvenue en Gascogne au roi de jXavarre , il dit : (( Je sais bon gré au duc de Guise , mon 'I cousin, de n'avoir pu souffrir qu'un mignon " de couchette le déshonorât ; c'est ainsi qu'il " faudroit accoutrer tous ces petits galants de <• la cour, qui se raeslent d'approclier les prin- « cesses pour les muguetter. » (L'Estoile.)
' Je change le mot du texte
Marguerite de Valois se consoloil à Usson de la perte de ses grandeurs et des malheurs du royaume par la seule vue de l'ivoire de sou bras ; selon le père La Coste , elle avoit triomphé du marquis de Canillac qui la gardoit dans ce château. Elle faisoit semblant d'aimer la femme de Canillac. « Le bon du jeu , dit d'Au- 11 bigné , fut qu'aussitôt que son mari ( Canil- « lac) eut le dos tourné pour aller à Paris, « Marguerite la dépouilla de ses beaux joyaux , <i la renvoya comme une péteuse avec tous « ses gardes, et se rendit dame et maîtresse de (I la place. Le marquis se trouva bête, et servit " de risée au roi de Navarre. »
Marguerite pleuroit les objets de son attachement lorsqu'elle les avoit perdus , faisoit des vers à leur mémoire, et déclaroit qu'elle leur seroil toujours fidèle :
Atjs, de qui la perte attriste mes années; Atys , digne des vœux de tant d'âmes bien nées , Que j'avois élevé pour montrer aux humains Une œuvre de mes mains !
Si je cesse d'aimer, qu'on cesse de prétendre : Je ne veux désormais être prise , ni prendre.
Et dès le soir même Marguerite étoit prise, et ment oit à son amom* et à sa muse. La Mole ayant été décapité, elle soupira ses regrets «u beau Uuaduthe. « Le pauvre diable d'Aubiac, Il en allant à la potence , au lieu de se souvenir (I de son âme et de son salut , baisoit un man- « chon de velours raz bleu qui lui restoit des Il bienfaits de sa dame. » Aubiac, en voyant Marguerite pour la première fois , avoit dit : « Je voudrois avoir été aimé d'elle ' , à peine Il d'être pendu quelque temps après. » Martigues porloit aux combats et aux assauts un petit chien que lui avoit donné Marguerite. D'Aubigné prétend que Marguerite avoit fait faire à Usson les lits de ses dames extrêmement hauts , Il afin de ne plus s'écorcher , Il comme souloit , les épaules en s'y fourrant Il à quatre pieds pour y chercher Pominy, » fils d'im chaudronnier d'Auvergne , et qui , d'enfant de chœur qu'il étoit, devint secré-
Le texte est plus franc.
Di: i/iiisToii'. i; ni-: i- ii a n c i-:
taire de Marguerite. Le nième historien la prostitue dès l'âge de onze ans à d'Antragues et à Charin; il la livre à ses deux frères, François, duc d'Alençon, et Henri III. Mais il ne faut pas croire entièrement d'Aubigné, huguenot, hargneux, ambitieux, mécontent, d'un esprit caustique : Pibrac et Brantôme ne parlent pas comme lui.
Marguerite n'aimoit point Henri IV , qu'elle trouvoit sale. » Elle recevoit Champvallondans « un lit éclairé avec des flambeaux , entre deux « linceuls de taffetas noir. » « Elle avoit écouté n M. de Mayenne , bon compagnon . gros et « gras, et voluptueux comme elle, et ce grand " degouslé de vicomte de Turenne , et ce vieux <' rufian de Pibrac , dont elle montroit les let- <' très pour rire à Henri IV ; et ce petit chicon <• de valet de Provence , Date, qu'avec six aul- <■ nés d'étoffe elle avoit anobli dans Tsson ; '< et ce bec-jaune de Bajaumont, » dernier amant de la longue liste qu'avoii commencée d'Antragues , etqu'avoient continuée, avec les favoris déjà cités , le duc de Guise, Saint-Luc et Bussy.
Au milieu de ces débordements , il faut donner place à la rigide façon d'être des Réformés et à la vie austère de ces magistrats catholiques qui ressembloient à des Romains du temps de Cincinnatus, transportés à la courd'Elagabale. Duplessis-Mornay étoit l'exemple du parti protestant. Sa vertu lui conféroit le droit d'avertir Henri IV de ses foiblesses : sur le champ de bataille de Coutras, au moment où l'action alloit commencer , il représente au jeune roi de Navarre qu'il a porté le trouble dans une honnête famille par une liaison criminelle; qu'il doit à son armée la réparation publique de ce scandale , et à Dieu , devant lequel il va peut-être paroUre , l'humble aveu de sa faute. Henri se confesse au ministre Chandieu , et dit aux seigneurs de sa cour qui l'en veulent détourner : " On ne peut trop s'humilier devant Dieu, ni " trop braver les hommes. » Il tombe ensuite à genoux avec ses soldats prolestants; le pasteur prononce la prière. Joyeuse , à la têle de l'armée catholique , les voit, et s'écrie : " Le <i roi de Navarre a peur ! — Ne le prenez pas " là, répond Lavard in; ils ne prient jamais <i sans qu'ils soient résolus de vaincre ou de " mourir. » Joyeuse perdit la bataille et la vie.
Mornay, comme Sully, resta fidèle à sa religion lorsque Henri IV l'abjura : oulragépar un jeune gentilhomme, il en demanda justice à Henri IV , (lui lui répondit : « Monsieur Du- « plessis, j'ai un extrême desplaisir de l'injure « que vous avez rerue, à laquelle je participe « comme roi et comme voire ami. Pour le pre- (I mier , je vous tu ferai juslic et à moi aussi ; " si je ne portois que le second titre , vous " n'en avez nul de qui l'espee fusl plus preste à " desgaîner, ni qui y poitast sa vie plus gaieii ment que moi. » Sous Louis XIII , Mornay toujours considéré , mais tombé dans la disgrâce et obligé de renoncer à son gouvernement de Saumur, vouloit quitter la France : « On gravera sur mon tombeau , disoit-il , en « terre estrangere : Ci-gisiqui.ogédesoi.vmiie- (I treize ans , Ujjïés en uvoir employé sans re- « proche quarante-six au service de deux 0 grands rois , fut contraint de chercher sou Il sépulcre hors de sa patrie. »
Les magistrats catholiques offroient encore des mœurs plus graves et plus saintes. Pendant plusieurs siècles ils ne reçurent ni présents , ni visites, ni lettres, ni messages relativement aux procès. Il leur étoit défendu déboire et de manger avec les plaideurs ; on ne leur pouvoit parler qu'à l'audience ; le commerce leur étoil interdit; il> ne paroissoient jamais à U cour que par ordre du roi. La justice fut d'abord gratuite; les conseillers au parlement recevoient cinq sous parisis par jour , le premier président mille livres par an, les trois autres présidents cinq cent-, livres ; on y ajoutoit un manteau d'hiver et un manteau d'été. Il falloit trente ans d'exercice pour obtenir, à titre de pension, la continuation d'un ^i modique traitement. Lorsque ces magittrats n'étoient point de service, ils n'étoient point payés, et relournoient enseigner le droit dans leurs écoles. Sous Charles VI, le pari ment étoit si pauvre , que le greffier ne put dresser le procèsverbal de quelques fêtes données à Paris , parce qu'il n'a voit pas d • parchemin, et que sa cour n'avoit pas d'argent pour en acheter. Toutes les dépenses du parlement de Paris, vers le quatorzième siècle , s'élevoienl à la somme de onze nàlle livres , monnoie de ce temps.
Quant à la science, ces anciens magistrats la considéroient comme une partie de leurs
ANALYSE RAISONNlili
devoirs, et depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse , leur vie n'otoit qu'une longue élude. 't 1/an 4543, dit Henri de Mesiues, iîlsdupre- <i mier président de Mesmes , je fus envoyé à » Toulouse pour estudier en lois avec mon pi e- » cepleur et mon frère, sous la conduite dun (I vieux geniilhomme tout blanc, qui avoit « voyagé long temps par le monde. Nous « estions del)out à quatre heures, et, ayant (I prié Dieu, .îllionsàcinq heures aux estndes , Il nos gros livres sous le bras, nos escritoires et Il nos chandeliers à la main. »
De Thon rencontra Charles de Lamoignon à Valence, où Cujas expliquoit Papinien ■ il accompagna en Italie Paul de Foix et Arnauld d'Ossat. De Foix se faisoit lire en soupant à l'auberge , et pour se délasser , quelques pages d'Àiistote et de Cicéron dans leurs langue originale , ou les sommaires de Cujas sur le Digesle : De Thou étoit l'auditoire , et de Chœsne. qui devint président à Chartres, le lecteur. Le chancelier d'Aguesseau raconte à peu près la même chose de l'éducation que lui donna son père : « Mon père nous menoit pres- II que toujours avec lui dans ses fréquents Il voyages ; son carrosse devenoit une espèce de Il classe où nous avions le bonheur de travail- II 1er sous un aussi grand maître. Après la Il prière des voyageurs , par iaquelle ma mère Il commençoit toujours sa marche, nous expli-
II quions les auteurs grecs et latins
Il La règle ordinaire de mon père et
Il de ma mère étoit de réserver, pour l'exer. Il cice continuel de leur charité, la dîme de tout Il ce qu'ils recevoient. Ils regardoient les pau- <i vres comme leurs enfants ; de sorte que , s'ils Il avoient 40, 000 francs à placer, ils n'en pla- II çoient que huit, et en donnoient deux aux I. pauvres qu'ils regardoient comme leur pro- <i pre sang , par une adoption sainte et glorieuse Il pour eux (pii mettoit Jésus-Christ même au Il nombre de leurs enfants. Mais les calamités " publiques et particulières augmentoient pres- II que toujours la part des pauvres bien au-delà Il de cette proportion. »
A la mort d'un des ancêtres de De Thou , le parlement déclara que non-seulement il assisteroitaux obsèques de son président , mais qu'il enpleureroit la perte aussi long temps que la justice régneroit dans les tribunaux ; déclara-
tion qui fut inscrite sur les registres. En 4588, les litières et les carrosses commençoient à être en usage à la cour ; la présidente De Thou nalloit jamais par la ville qu'en croupe derrière un domestique , pour servir de règle et d'exemple aux autres femmes.
On remarque , sons le règne des Valois , un Chrestien de Lamoignon : il en est de certaines familles comme de certains hommes: elles sont long-temps à chercher leur génie , et restent inconnues jusqu'à ce qu'elles l'aient trouvé. Les Lamoignon , de braves et obscurs chevaliers qu'ils étoient , devinrent des magistrats illustres ; mais ils seml)lèrent retenir quelque chose de leur première destinée; la robe ne fut que leur cotte d'armes : la Providence réserva à Malesherbes un champ de bataille, un combat glorieux , et la mort par le glaive. Le Chrestien de Lamoignon du seizième siècle avoit étudié sous Cujas , comme son père Charles sous Alciat ; il vécut au milieu des guerres civiles. Entre autres aventures, il revint de Bourges à Paris, déguisé en mendiant; il entra dans sa maison comme Llysse, en demandant l'aumône ; il y fut l'eçu avec des larmes de joie par ses frères et ses sœurs. Bâville n'étoit d'abord (|u'une petite gentilhommière contenant à peine deux ou trois chambres à donner aux étrangers ; dans la plus grande , on mettoit quatre lits. Dans la suite Bâville devint un château où se rassembloit la meilleure et la plus illustre société : madame de Sévigné y rencontroit, dans une bibliothèque célèbre, « le père « Rapin , et Bourdaloue dont l'esprit étoit 'I charmant et d'une facilité fort aimable. »
Une anecdote fait connoître la simplicité des mœurs de ces anciens magistrats : n Claude de Il Bullion , dit le président de Lamoignon Il dans ses Mémoires , avoit été nourri avec Il feu mon père. Il aimoit à me conter com- II ment on les portoit tous deux sur un même Il âne , dans des paniers , l'un d'un côté , l'autre Il de l'autre, et qu'on mettoit un pain du côte Il de mon père , parce qu'il étoit 'plus léger que Il lui , pour faire le contre-poids. »
Le premier président Le Maître stipuloit dans les baux de ses fermiers : « Qu'aux Il veilles des quatre bonnes fêtes de l'année et Il au temps des vendanges , ils seroient tenus Il de lui amener une charrette couverte , avec
ni- L'HISTOIRE DE FRANCE.
" de bonne paille fraîche dedans , pour y as- " seoir Marie Sapi , sa femme, et sa fille Gene- II viève , comme aussi de lui amener un ànon Il et une ânesse pour monture de leur cham- « brière, pendant que lui , premier président , Il marcheroit devant , sur sa mule , accompa- II gné de son clerc , qui iroit à ses côtés. »
Ces hommes si simples , si doctes , si intègres, qui s'avançoient au milieu des générations nouvelles comme les oracles du passé , étoient encore des juges intrépides ; non-seulement ils étoient les gardiens des lois, mais ils en étoient les soldats , et savoient mourir pour elles.
Brantôme , parlant du chancelier de THospital : « C'estoit un autre censeur Caton, celui-là, Il et qui savoit très bien censurer et corriger Il le monde corrompu. Il en a voit du moins Il toute l'apparence avec sa grande barbe blan- II che , son visage pasle , sa façon grave, qu'on Il eust dit à le voir que c'estoit un vrai portrait Il de saint Jérôme. »
Il II ne falloit pas se jouer avec ce grand « juge et rude magistrat ; siestoit-il pourtant Il doux quelquefois , là où il voyoit de la rai-
II son Ces belles-lettres humaines
Il lui rabattoient beaucoup de sa rigueur de •I justice. Il estoit grand orateur etfort disert, Il grand historien , et surtout très divin poëte Il latin , comme plusieurs de ses œuvres l'oni Il manifesté tel. »
L'Hospital , peu aimé de la cour et disgracié, se relira pauvre dans une petite maison de campagne auprès d'Étampes. On l'accusoit de modération en religion et en politique : des assassins lui furent dépêchés lors du massacre de la Sainl-Barthélemi. Ses domestiques s'empressoient de fermer les portes de sa maison : Il Non , non , dit-il , si la petite porte n'est bas- <i tante pour les faire entrer, ouvrez la grande. »
La veuve du duc de Guise sauva la fille du chancelier, en la cachant dans sa maison ; il dut lui-même son salut aux prières de la duchesse de Savoie. Nous avons son testament en latin ; Brantôme le donne en françois.
Il Ceux , dit l'Hospilal , qui m'avoient chassé , •' prenoient une couverture de religion , et Il eux-mêmes estoient sans pitié et sans religion ; Il mais je vous puis assurer qu'il n'y avoit rien Il qui les emust davantage que ce qu'ils pen-
<i soient , que tant que je serois en charge , il Il ne leur seroit permis de rompre les edits du « roi, ni de piller ses finances et celles de ses Il sujets.
Il Au reste, il y a près de cinq ans que je
Il mené ici la vie de Laërte
Il et ne veux point raffralchir la mémoire des Il choses que j'ai souffertes en ce département « de la cour. »
Les murs de sa maison tomboient; il avoit de la peine à nourrir ses vieux serviteurs et sa nombreuse famille; il se consoloil, comme Cicéron, avec les muses. Mais il avoit désiré voir les peuples rétablis dans leur liberté , et il mourut lorsque les cadavres des victimes du fanatisme n'avoient pas encore été mangés des vers , ou dévorés par les poissons et les corbeaux.
Après la journée des barricades, le duc de Guise alla avec sa suite visiter le premier président Achille de Harlay : « Use pourmenoit dans « son jardin, lequel s'estonna si peu de leur " venue , (ju'il ne daigna pas seulement tour- II ner la teste , ni discontinuer sa pourmenade Il commencée , laquelle achevée qu'elle fut et Il estant au bout de son allée, il retourna , et en Il tournant il vit le duc de Guise qui venoit à Il lui ; alors ce grave magistrat levant la voix , Il lui dit : C'est grand'pitié quand le valet « chasse le maistre. Au reste, mon ame est à « Dieu , mon cœur est à mon roi , et mon corps Il est entre lesmains des meschants : (|u'on en Il fasse ce que l'on voudra. » Le mépris de la vertu écrasoit l'orgueil de lambition.
Matthieu Mole, pendant les troubles de la Fronde , répondoit à des menaces : « Six pieds Il de terre feront toujours raison du plus grand Il homme du monde. »
Ici se termine la peinture des mœurs du seisième siècle; avec celle des siècles féodaux, elle compose toute la galerie des tableaux de notre ancien édifice monarchique.
Au surplus l'histoire , (pii dit le bien comme le mal , doit reconnoilre aujourd'hui que les Valois n'ont point été traités avec impartialité. C'est de leur règne cpi'il faut dater le perfectionnement des lois administratives, civiles et criminelles ; on en compte quarante-six sous le règne si court de François II, cent quatrevingt-huit sous le règne de Charles IX , et trois
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€eul tieate sous celui de Henri III : les plus remarciuables furent l'ouvrage du chancelier de l'Hospital.
Le siècle des arts en France esl celui de François P"" en descendant jusqu'à Louis XIII, nullement le siècle de Louis XIV : le petit palais des Tuileries , le vieux Louvre , une partie de Fontainebleau et d'Anet , la chapelle des Valois à Saint-Denis, le palais du Luxembourg, sont ou éloient pour le goût fort au-dessus des ouvrages du grand roi.
La race des Valois fut une race lettrée , spirituelle , prolectrice des arts , qu'elle sentoit bien. Rous lui devons nos plus beaux monuments : jamais , dans aucun pays et à aucune époque , l'application de la statuaire à l'architectonique n'a été poussée plus loin qu'en France au seizième siècle : Athènes n'offre rien de supérieur aux cariatides du Louvre. Louis XIV regardoit les artistes comme des ouvriers , François P"" comme des amis.
Louis XIV, plus véritable souverain que les Valois , leur fut inférieur en intelligence et en courage. Autour de François II, de Charles IX , de Henri III, on aperçoit encore les restes indépendants de l'aristocratie ; autour de Louis-le-Grand , les descendants des fiers seigneurs de la Ligue ne sont plus que des courtisans , troquant l'orgueil de leur indépendance contre la vanité de leurs noms, mettant leur honneur à servir, ne tirant plus l'épée que dans lacaused'unmaître. Henri IV lui-même a quel- (|ue chose de moins royal et de moins noble que les princes dont il reçut la couronne : tous ensemble sont effacés par les Guise , véritables rois de ces temps.
La vérité religieuse , sous le règne des derniers Valois, lutta corps à corps avec la vérité philosophique et la terrassa ; il y eut choc entre le passé et l'avenir : le passé triompha, parce qu'il mit les Guise à sa tête.
lliiNRI IV.
De «589 à 1610.
E\Ri III étant mort , l'armée se divisa. Une partie des catholicfues resta attachée à Henri I V ; une autre, sous la conduite de Vitry et d'Espernon, l'abandonna. Henri IV, obligé de lever le siège de Paris, se retira à Dieppe pour recevoir des secours qu'il attendoit d'Elisabeth. Il étoit alors dans cet état de dénûment qu'il peint à Sully : « Mes chemises sont tou- « tes déchirées, mon pourpoint troué au coude, '( et depuis deux jours je soupe et dîne chez Il les uns et chez les autres. »
Les membres de son conseil étoient d'avis qu'il s'embarquât pour l'Angleterre ; Biron s'y opposa : (I Sortir de France , s'écria-t-il en co- II 1ère , seulement pour vingt-quatre heures , <i c'est s'en bannir pour jamais! » Mézeray lui prête un rude et éloquent discours.
Combat d'Arqués et du faubourg de Dieppe. Henri IV y reçut maint coup d'épée, et en rendit autant; il disoit en frappant ce que disoient les rois très-chrétiens en touchant les écrouelles : Il Le roi te touche. Dieu te guérisse. » Le champ de bataille inspiroit le Béarnois; sa vaillance étoit son génie. A la terrible prise de Cahors, où il se battit cinq jours entiers dans les rues, blessé en divers endroits, conjuré par ses soldats de se retirer : « Ma retraite hors de « cette ville, leur répondit-il, sans l'avoir as- « surée à mon parti, sera la retraite de ma vie Il hors de mon corps.»
A Coutras, il dit aux officiers qui se trouvoient devant lui au moment de la charge : « A i( quartier, ne m'offusquez pas, je veux paroî- « tre. » Il dit encore au prince de Condé et au comte de Soissons : « Vous êtes du sang de « Bourbon; vive Dieu ! je vous ferai voir que (I je suis votre aîné. »
DI- L HISTOIRK DE FRA^CE
Attaqué à la fois par le l)aroii de Friiict et par Cliàteau-Renaïul, Frontenac abattit le premier d'un coup de sabre, et Henri, saisissant le second au corps, lui crie : « l\ends-toi, Philis- « lin ! 1)
Dans une chaude affaire qu'il eut près d'Yvetot avec les ducs de Parme et de Mayenne, il leur tua trois mille hommes. Tout couvert de sang et de sueur, après le combat, il disoitaux capitaines qui Tenvironnoient : » Vive Dieu ! si << je perds le royaume de France, je suis en « possession de celui d'Yvetot. »
A Ivry , le grand fait d'armes de sa vie, ses mots prirent le caractère élevé de sa gloire. On lui parloit de se ménager une retraite : « Point «d'autre retraite, répondit-il brusquement, « que le champ de bataille . »
Schomberg lui demanda le paiement de ses troupes : (I Jamais homme de cœur, s'écrie 11 Henri, n'a demandé de l'argent la veille d'une -1 bataille. » Le lendemain, se repentant de ce mot dur : « Monsieur de Schomberg, cette Il journée sera peut-être la dernière de ma vie ; <i je ne veux emporter l'honneur d'un brave ; <i je déclare donc que je vous reconnois pour « homme de bien, et incapable de faire aucune « lâcheté : embrassez-moi.» — « Sire, repartit 11 Schomberg, Yolre IMajesté me blessa l'autre Il jour, aujourd'hui elle me tue. » Schomberg .se fit tuer auprès du roi.
Au moment d'aller à la charge, le Béarnois se tournant vers les siens : « Gardez bien vos Il rangs; si vous perdez vos enseignes, cornet - « tes ou guidons, ce panaciie blanc que vous (c voyez en mon armet vous en servira tant que <i j'aurai goutte de sang; suivez -le; vous le <i trouverez toujours au chemin de l'honneur (I et de la gloire. »
L'officier qui portoit l'étendard royal ayant reçu un coup de feu dans l'œil, se retire de la mêlée ; les troupes royales commencent à fuir. Henri les arrête et leur crie : » Tournez visaje, «sinon pour combattre, du moins pour me <i voir mourir. "
Quand il fut paisible maître de la couronne, il montra un jour au maréchal d'Estrées un des gardes (|ui marchoit à la portière de son carrosse : « Voilà, lui dit-il, le soldat qui m'a « blessé à lajournéed'Aumale.»
Le vieux cardinal de Bourbon, que l'on ap-
peloit Charles X , mourut dans sa prison de Fontenay en Poitou ; il n'aimoit pas les ligueurs, dont il éloit alors le prétendu roi ; il disoit : « Le roi de Navarre , mon neveu , fera sa I! fortune , et tandis que je suis avec eux, c'est Il toujours un Bourbon qu'ils reconnoissent. »
Henri IV, vainqueur de tous ses ennemis, s'approcha de Paris dont il ferma les avenues. Ce siège est fameux par les dernières folies ûo. la Sainte-Union, par une effroyable famine, et par la générosité du Béarnois. La Satire M^ iiippée a décrit la grande procession, qu'elle place à l'ouverture de la Ligue, mais qui est de l'année 1590. Les ingénieux auteurs ont seulement ajouté aux moines et au clergé les principaux personnages de ce drame tragi-comiciue.
<i La proces,sion fut telle. Ledit docteur Boze, (1 quittant sa capeluche rectorale, prit sa robe « de maistre ès-arts avec le camail etlerochet, « et un hausse-col dessus , la barbe et la tesie « rasées tout de frais, l'espeeaucosté et une per- « tuisanesurl'espaule. LescurésHamillon, Bou- « cher et Linccstre, un petit plus bizarrement (( armés, faisoienl le premier rang, et devant « eux marchoient trois moynelons et novices, « leurs robes troussées, ayant chacun le casque Il en teste dessous leur capuchon, une rondache « pendue au col, où estoienl peintes les armoi- " ries et devises desdits seigneurs. Maistre Ju- « lian Pelletier , curé de Saint-Jacques , mar- « choitàcosté, taniost devant, tantost derrière, « habillé de violet, en gendarme scholastique , " la couronne et la barbe faites de frais, une Il brigandine sur le dos , avec Tespee et le poi. II gnard, et une hallebarde sur l'espaule gauche, Il en forme de sergent de bande , qui suoit . Il poussoit et haletoit pour mettre chacun eu « rang et ordonnance. Puis suivoient de trois Il en trois cinquante ou soixante religieux, tant « cordeliers que jacobins , carmes, capucins, 11 minimes, bons-hommes, feuillants et autres, " tous couverts avec leurs capuchons et liabi's «agrafés, armés à l'antique catholique, sur le Il modèle desEpistres de saint Paul ; entre au- II très il y avoit six capucins, ayant chacun un Il morion en teste , et au-dessus une plume de Il coq, revêtus de cottes démailles, l'espee ceinte 1 au costépar dessus leurs habits; l'un portant 1 une lance , l'autre une croix , l'un un epieu,
'autre mie harquebuse et l'autre unearba-
ANALYSE RAISONNKK
0 leste, le tout rouillé par humilité catholique ; « les autres, presque tous , avoient des piques « qu'ils hranloienl souvent , par faute de meil- « leur passe-temps, hormis un feuillant boi- <i teux, qui, armé tout à crud, se fa isoii faire « place avec une espée à deux mains et une ha- (1 che d'armes à sa ceinture, son bréviaire pen- « du par derrière ; et le faisoit bon voir sur un •1 pied faisant le moulinet devant les dames. A « la queue il y avoit trois minimes, tous d'une " parure , sçavoir est , ayant sur leurs habits " chacun un plastron à corroyés et le derrière " découvert, la salade en teste, l'espeeetpisto- « let à la ceinture, et chacun une harquebuse à " croc sans fourchette ; derrière estoit le prieur " des jacobins, en fort bon point, traisnant une i. hallebarde gauchere, et armé à la légère en « morte-paye. Je n'y vis ni Chartreux, ni Cé- « lestinsqui s'estoient excuses sur le commerce. « Mais tout cela marchoit en moult belle ordon- " nance catholique, apostolique et romaine, et " sembloient les anciens cranequiniers de •( France. Ils voulurent, en passant, faire une " salve ou escoupeterie ; mais le légat leur de- « fendit, de peur quil ne lui mesadvisnt, ou à « quelqu'un des siens, comme au cardinal Ca- " jelan. Après ces beaux pères marclioient les « quatre mendiants , qui avoient multiplié en " plusieurs ordres , tant ecclésiastiques que se- <i culiers ; puis les Seize quatre à quatre , ré- " duits au nombre des apostres et babilles de " mesrae comme on les joue à la Feste-Dieu. M Apres eux marchoient les prevosts des mar- « chands et echevins, bigarrés de diverses cou- " leurs ; puis la cour de parlement, lelle quelle ; « les gardes italiennes, espagnoles et vvallon- « nés de M. le lieutenant; puis les cent gen- " tilshommes de frais gradués par la Sainte- <' Union, et après eux quelques vétérinaires de " la confrérie de saint Éloy. Suivoient après " M. de Lyon, tout doucement; le cardinal de ■I Pellevé , tout bassement; et après eux M. le » légat, vrai miroir de parfaite beauté; etde- " vaut lui marciioit le doyen de Sorbonne, " avec la croix, où pendoient les bulles du pou- '( voir. Item venoit madame de Nemours , re- " présentant la reine mère , ou grande-mere " {in dubv>) du roi futur; et lui portoit la « queue mademoiselle de La Rue, fille de no- " ble et discrète personne M. de La Rue, ci-de-
(1 vaut tailleur d'habits sur le pont Saint-Michel, <■ et maintenant un des cent gentilshommes et <i conseillers d'estat de l'Union ; et la suivoient (I madame la douairière de Monlpeusier, avec 'I son escharpe verte, fort sale d'usage , el ma- " dame la lieutenante de l'eslat et couronne de " France, suivie de mesdames de Blin et de <■ Bnssy Le Clerc. Alors s'a\anooit et faisoit « voir M. le lieutenant, et devant lui deux mas- « siers fourrés d'hermines, et à ses flancs deux (I Wallons portant hoquetons noirs, tout par- (I semés de croix de Lorraine rouges. »
Ces burlesques misères aidèrent quelque temps le peuple à supporter la faim, qui bientôt se fit sentir dans toute son horreur. Après s'être nourri de tous les animaux, chats, chiens et autres, et des peaux de ces animaux ; ajirès avoir dévoré des enfants, on en vint à moudre des os de morts dont on fit de la poussière et non de la farine : ce pain conservoit sa vertu ; quiconque en mangeoit mouroit. Madame de Montpensier refusa d'échanger avec des joyaux de la valeur de plus de deux mille écus , un petit chien qu'elle se l'éservoit comme sa dernière ressource. Trente mille personnes succombèrent; les rues étoient jonchées de cadavres ; les demi-vivants se trahioient parmi. Des prostitutions impuissantes, payées de quelques aliments vils à des mains décharnées, avoient lieu dans ces cimetières sans fosses. La vie de l'homme rampoit à peine ainsi, avec des couleuvres, sur les corps gisants.
" M. de Nemours, sortant de sa maison pour " aller visiter quelques postes vers les muraille les de la ville, rencontra un homme qui, d'un « air effaré, lui dit : Où allez-vous, monsieur « le gouverneur? n'allez plus outre dans cette Il rue; j'en viens, et j'ai trouvé une femme de- II mi-morte, ayant à son cou un serpent enlor- <i tillé, et autour d'elle plusieurs bestes enveni- II niées. » (L'EsToiLE.)
Pendant ce temps, Henri IV laissoit ses soldats monter au bout de leurs piques des vivres aux Parisiens; il faisoit relâcher des villageois qui avoient amené des charrettes de pain aune poterne ; il leur distribuoit quelque argent , et leur disoit : « Allez en paix ; le Béarnois est Il pauvre , s'il avoit davantage, il vous le don- II neroit. » Et le Béarnois négocioit, atlendoit le duc de Parme, oublioit ses soucis avec l'ab-
DE L'HISTOIRE DE FKA>{CE
bessede Montmartre, commençoit une passion )jouvelle avecGabriellecrEsIrces, se déguisoit en paysan pour l'aller voir à Cœuvres , au milieu de tous les périls.
Leduc de Parme oblige Henri IV d'abandonner le blocus de Paris. Sixte-Quint meurt fatigué delà Ligue. Grégoire XIV, quilerem- {)lace, publie des lettres monilorinlcs contre îlenri. Le cbevalier d'Aumale est tué dans Saint-Denis, qu'il avoit voulu surprendre. La Noue est tué pareillement devant le cbâteau de Lamballe, en combattant pour le roi : « Grand <i homme de guerre, disoit Henri, et plus grand « homme de bien. » Le duc de Mercœur faisoit la guerre en Bretagne pour son propre compte, et d'accord avec Philippe II. Lejeune tluc de Guise, fils du Balafré, s'échappe de sa prison : les Seize lui veulent faire épouser Tinfunte d'Espagne , et lui livrer la couronne. Brisson, Larcher et Tardif sont pendus par les ligueurs. Leduc de Mayenne revient à Paris, et fait pendre à son tour quatre des Seize. Là linit l'autorité de ce comité de sûreté de la Ligue : il n' avoit été ni sans audace ni sans génie; mais la multitude des puissances supéiieures à la sienne l'empêcha d'agir. Les membres de ce comité , au Heu d'accomplir leurs projets ouvertement, tel qu'un pouvoir reconnu, furent obligés d'agir en secret comme des conspirateurs, ce qui les rapetissa. Ils ne tendoient point à la liberté; ils visoient au changement de dynastie ; ils ne firent [)lus rien après les supplices de leurs compagnons : la potence les déshonora.
Le ducdeParmerentre en France pour faire lever le siège de Rouen, et il réussit. Le vieux maréchal de Biron est tué à la bataille d'Épernay. Le duc de Parme meurt dans les Paysijas : grand capitaine, qui fixa l'art moderne de la guerre. Le duc d'Espernon , sentant que les affaires du Béarnois s'amélioroient , revient à la cour ou plutôt au camp; car alors le Louvre (le Henri IV étoit une tente. (1590, 1591 , 4592.)
Étals de la Ligue convoqués à Paris , ruinés par le ridicule et par les prétentions de divers candidats à la couronne. Les Espagnols demandoient l'abolition de la loi salique , afin de faire tomber le sceptre à leur infante. Le parlement rend un arrêt en faveur de la loi salique, et
remporte la victoire sur les états. Le duc de Mayenne, mécontent des Espagnols, ouvre des conférences à Surèneavec les catholiques. Henri abjure dans l'église de Saint- Denis , le 23 juillet 1593 et se fait ensuite sacrer à Chartres ; on y rapiéceta son pourpoint pour une somme de quelques deniers, dont le re(;u existe encore : ces lambeaux-là n'alloient pas mal au manteau royal tout neuf du Béarnois.
Henri IV se trouva , dès sa naissance , et par les hasards de sa vie, à la tète delà réformation et des idées nouvelles; mais la réformalion étoit en minorité contre l'ancien culte et les vieilles idées. Les François catholiques rejetoient un roi protestant , malgré son litre héréditaire; ils en avoienlle droit, comme les Anglois protestants eurent le droit de repousser un roi catholique. La Ligue, coupable envers le dernier des Valois, étoit innocente envers le premier des Bourl)ons , à moins de soutenir que les nations ne sont aptes à maintenir le culte qu'elles ont choisi et les institutions qui leur conviennent. Le péril étoit imminent : les états, illégalement convoqués sans doute, mais redoutables , car tout corps politique , dans un moment de crise , a une force prodigieuse , l'Espagne , appuyée de la cour de Rome , et des préjugés populaires, étoient prêts, en s'alliant au prince lorrain, à disposer du trône. L'héritier légitime ne se pouvoit défendre qu'avec des soldats étrangers , triste ressource pour un roi national ; les protestants qui l'appuyoient étoient en petit nomljre, et plutôt inclinés à l'aristocratie qu'à la monarchie ; les catholiques attachés à sa personne ne le suivoient que parce qu'il avoit promis de se faire instruire dans leur religion. Il ne restoit donc évidemment à Henri IV qu'un seul parti à prendre, celui d'abjurer : ce fut une affaire entre lui et sa conscience; s'il vit la vérité du côté où il voyoit la couronne, il eut raison de changer d'autel. Il est fâcheux seulement qu'il écrive à Gabrielle à propos de son abjuration : » C'est dimanche que je ferai (I le .saut périlleux. »
Une fois réuni au clergé et aux grandes masses populaires , il n'eut plus qu'à marchander un à un les capitaines qui commandoient dans les villes. Les gentilshommes s'étoient emparés des forteresses et des cités , ainsi qu'au counnencement de la race capétienne; on au-
ANALYSE KAlSOrSKEt:
roit vu renaître les seigneuries , si les mœurs avoient été le? mêmes, et si le temps n'eût marché. Henri IV reprit plusieurs châteaux, comme Loiiis-le-Gros , et acheta les autres. L'esprit aristocratique expiroit. Paris ouvrit ses portes à Bourbon le 22 mars 1 394. Le pouvoir absolu qui commençoit supprima tous les écrits (lu temps , et en défendit, sous peine de la vie, rimprcisionet la vente. François ï" avoit senti le premier instinct contre la liberté delà presse; Henri IV en conçut la première raison.
En 1594, Jean Cliàtel blesse Henri IV d'un coup de couteau à la lèvre, et les jésuites sont bannis de France. En 1395 , rencontre de Fontaine-Françoise , une des plus furieuses qui fut jamais. Henri combattit tète nue , avec toute la verve d'un jeune soldat. 11 écrivit à sa sœur : c'Peu s'en faut que vous n'ayez été mon béri- « tière. »
Le roi est absous par le pape. Le duc de Mayenne se soumet (1596). Lorsque Henri entra dans Paris, la seule vengeance qu'il exerça contre madame de Montpensier fut de jouer aux cartes avec elle; la seule vengeance qu'il tira de son frère le duc de Mayenne, replet. et lourd, fut de le faire marcher vite dans un jardin. ^
Édit de Nantes. Traité de Yervins(l598). Mariage de Henri avec Marie de Médicis , la première année du dix- septième siècle. Comment n'étoit-on pas las des Médicis ?
Conspiration du maréchal de Biron. Mort d'Elisabeth, reine d'Angleterre. Le premier Stuart , Jacques I'-'"', arrive à la couronne de la Grande-Bretagne à l'époque où le premier Bourbon venoit de s'asseoir sur le trône de France. Établissement des manufactures de soie, de tapisserie, de faïence, de verrerie. Colonisation du Canada. On ne croyoit faire <iue du commerce, et l'on faisoit de la politique; la propriété industrielle vit de liberté , et, en accroissant l'aisance, elle accroît les lumières. Henri IV, quitentoit partout des passions, qui ne fut écouté ni de madame de Guercheville , ni de Catherine de Rohan , ni de la duchesse de Mantoue, ni de Marguerite de Montmorency, vit le prince de Condé , mari de la dernière, se retirer avec elle à Bruxelles. Ce prince de Condé étoit-il fils de Henri IV, par Charlotte de la ïrémoille , accusée d'avoir empoi-
sonné son mari pour cacher une grossesse? On prétend que Marguerite de Montmorency, l)ressée par Henri IV, lui avoit dit : d Méchant, " vous voulez séduire ' la femme de votre fils, « car vous savez bien que vous m'avez dit qu'il « l'étoit. » {Mèmoirespour servir à l'histoire de France.)
Henri IV, ou dans le dessein de poursuivre l'objet de sa nouvelle passion, ou pour réaliser un projet de république chrétienne, alloit porter la guerre dans les Pays-Bas , sous le prétexte de la succession de Clèves et de Juliers, lorsqu'il fut arrêté par un de ces envoyés secrets de la mort qui mettent la main sur les rois ( 1 4 mai ( I Ci 0) . Ces honmies surgissent soudainement et s'abîment aussitôt dans les supplices, rien ne les précède , rien ne les suit : isolés de tout , ils ne sont suspendus dans ce monde que par leur poignard ; ils ont l'existence même et la propriété d'un glaive; on ne les entrevoit un moment qu'à la lueur du coup qu'ils frappent. Ravaillac éloit bien près de Jacques Clément : c'est un fait unique dans l'histoire , que le dernier roi d'une race et le premier d'une autre aient été assassinés de la même façon , chacun d'eux par un seul homme , au milieu de leurs gardes et de leur cour, dans l'espace de moins de vingt et un ans. Le même fanatisme anima les deux assassins ; mais l'un immola un prince catholique, l'autre un prince qu'il croyoit protestant. Clément fut l'instrument d'une ambition personnelle; Ravaillac, comme Louvel, l'aveugle mandataire d'une opinion.
J'ai fait observer plusieurs fois quelaseconde aristocratie vint finir à Arques, à Ivry, à Fontaine-Françoise , comme la première à Crécy, à Poitiers et à Azincourt. EUe disparut de fait et de droit, car Henri IV publia un édit, en vertu duquel la profession militaire n'anoblissoitplus. Touthomme d'armes, sous Louis XII, étoit gentilhomme , ainsi que tout bourgeois qui avoit acquis un fief noble et le desservoit militairement. Le SoS*" article de l'ordonnance de Blois, de 1579, avoit détruit la noblesse résultant du fief. Louis XV, en 1750, rétablit la noblesse acquise au prix du sang; mais le coup éloit porté. Henri IV, ce soldat, avoit voulu que les armes restassent en roture :
' Ce n'est pas la franchise ilu texte.
DE L'HISTOIRE DE FRANCE
raimce, devenue plebcieime, laissa à la gloire le soin de l'anoblir.
On s'est fait une fausse idée de la manière dont les Bourbons parvinrent au trône. D'un tôté, on n'a vu que les massacres de la Saint- Barlhélemy, ({ue les fureurs de la Ligue , que les intrigues de Catherine de Médicis , que les débauches de Henri III, que l'ambition des princes de Lorraine ; de l'autre côté , on n'a aperçu que la bravoure, l'esprit et la loyauté de Henri lY; on a cru que tous les partis avoient été fidèles à leurs doctrines, qu'ils avoient constamment suivi leurs drapeaux respectifs , que les services avoient été récompensés, les injures punies, qu'enfin chacini avoil été rétribué selon ses œuvres : telle n'est point la vérité historique. Tout se passa comme de nos jours ; on céda à des nécessités, à des intérêts créés par le temps; le vainqueur d'Ivry ne monta point sur le trône, boité et éperonné, en sortant de la bataille : il capitula avec ses ennemis, et ses amis n'eurent souvent pour toute récompense que l'honneur d'avoir partagé sa miuvaise fortune.
Brissac , La Châtre et Bois-Dauphin , maréchaux de la Ligue , furent confirmés dans leur dignité ; ils avoient tous vendu quelque chose. Laverdin, Villars, Balagni, Villeroi, jouirent de la faveur de Henri IV. Par l'article 10 de ledit de Folembrai, les dettes mêmes du duc de Mayenne sont payées et déclarées dettes de la couronne. Le Béarnois étoit ingrat et gascon, oubliant beaucoup et tenant peu. « Montez, dit " la duchesse de Rohan , dans son ingénieuse " satire apologétique, montez les degrés, entrez "jusque dans son antichambre : vous oyrez les " gentilshommes qui diront : J'ai mis ma vie tant « de fois pour son service , je l'ai tant de temps "Suivi, j'ai esté blessé, j'ai esté prisonnier; <• j'y ai perdu mon fils, mon frère ou mon pa- " rent : au partirde là il ne me connoist pi is; « il me rabroue si je lui demande la moindre
" recompense Seseffets parlent et disent
« en bon langage : Mes amis , offensez-moi , je " vous aimerai; servez-moi, je vous haïrai. » ^ Henri laissa mourir de faim le fidèle bourgeois qui avoit favorisé sa fuite , lorsque lui Henri étoit à I^aris prisonnier de Charles IX. A la mort de Henri III , Henri IV avoit dit à Armand de Gontaud , baron de Biron : C'est à cette heure qu'il faut que vous mettiez
la main (boite à u\a couronne; vettez-moi servir de père et d'ami contre ces gens qui n'aiment ni vous ni moi. Henri auroit dû garder la mémoire de ces paroles ; il auroit dû se souvenir que Charles de Gontaud , fils d'Armand , avoit été son compagnon d'armes ; que la tète de celui qui avoit mis la main droite à sa couronne avoit été emportée d'un boulet de canon : ce n' étoit pas au Béarnois à joindre la tête du fils à la tête du père. Le grand-maître des échafauds , Richelieu , désapprouvoit celui de Biron comme inutile.
Mais la bravoure de Henri IV, son esprit, ses mots heureux, et quelquefois magnanimes, son talent oratoire, ses lettres pleines d'originalité-, de vivacité et de feu, ses malheurs, ses aventures, ses amours , le feront éternellement vivre. Sa fin tragique n'a pas peu contribué à sa renommée; disparoître à propos de la vie est une condition de la gloire. Henri IV étoit encore un fort bon administrateur ; il montra son habileté faire à vivre en paix des hommes qui se dctestoient , particulièrement ses ministres , hommes de capacité, mais antipathiques les uns aux autres , et sortis de partis divers. Les Bourbons n'ont compté que cinq rois dans leur courte monarchie absolue; sur ces cinii rois , ils ont deux grands princes et un martyr. Ce sang n'étoit pas stérile.
Au surplus , tout le siècle de Louis XIV se tut sur l'aïeul des Bourbons. Le grand roi ne permettoit d'autre bruit que le sien. A peine retrouve-t-on le nom de Henri IV dans un pamphlet de la Fronde qui établit un dialogue entre le lioi de Bronze et la Samaritaine; l'ouvrage de Péréfixe étoit oublié. Un poète (]ui a tant fait de renommées avec la sienne , Voltaire, a ressuscité le vainqueur d'Ivry : le génie a le beau privilège de distribuer la gloire.
Depuis le commencement de la troisième race jusqu'aux Valois, il n'y avoit point eu en France de guerre civile proprement dite. Les guerres féodales étoient des guerres de souverain à souverain , car les seigneurs étoient de véritables princes indépendants. Si la moitié de la France prit les armes contre l'autre sous Charles V, Charles VI et Charles VI l , c'est que la France étoit partagée entre deux souverains , le roi de France et le roi d'Angleterre. Lne guerre civile s'alliuna
ANALYSR RAlSONNIiK
sons Louis XI et sous Cliarles YIII , mais ne dura qu'un moment. Malheureusement ce fut la religion qui donna naissance aux longues guerres civiles de la Ligue. Toutefois ces espèces de guerres qui causent de grands maux à l'espèce sont favorables à l'individu ; elles mettent en valeur les qualités personnelles ; jamais il n'apparoîl à la fois autant d'hommes remarquables que pendant les discordes intestines des peuples. Presque toujours les temps qui suivent ces discordes sont des temps d'éclat , de prospérité , de progrès , comme de riches moissons s'élèvent sur des champs engraissés.
Quelques faits principaux constituent la révolution de l'époque que nous venons de parcourir.
La seconde aristocratie perd le reste de sa puissance; les gentilshommes ne vont plus être (jue les officiers de l'armée démocratique prête à se fprmer sous Louis XIII et Louis XIV.
La monarchie des états finit avec les Valois : elle ne se montre un moment sous Louis XIII que pour rendre le dernier soupir.
La monarchie parlementaire atteint le plus haut degré de son pouvoir, et vient expirer, par abus de sa force , dans les démêlés de la Fronde.
La monarchie absolue monte donc en effet sur le trône avec le premier Bourbon ; il ne restoit plus à cette monarchie qu'à renverser (]uelques obstacles que balaya Richelieu.
Les états, pendant les guerres civiles, ne répondirent point à ce qu'on devoit attendre d'un aussi grand corps , soit qu'il repoussât , soit qu'il adoptât les nouvelles opinions ; ce qui |)rouve qu'ils n'étoient point entrés dans les mœurs ou dans les libertés du pays. Ces états firent des actes remarquables de législation civile et administrative, mais ils ne montrèrent aucun génie politique; ils furent maîtrisés par les caractères individuels. Quand l'ordre reparut sous Henri IV, l'esprit humain , après avoir remué tant d'idées , après avoir passé à travers tant de crimes , s'étoit agrandi , mais le gouvernement s'étoit resserré. Le parlement, rival victorieux de la représentation nationale , rendoit des arrêts politiques , disposoit de la régence, refusoit ou ordonnoit l'impôt; il y flvoit deux pouvoirs législatifs. Les sa\ ants , les
gens de lettres , les écrivains attachés de préférence à la robe, faisoient opposition à l'autorité des trois ordres. Les états de la Ligue achevèrent de déconsidérer des assemblées qui, luttant sans cesse contre les abus de la féodalité , de la couronne , du parlement et du peuple , n'avoient jamais pu contenir le despotisme royal , réfréner les injustices aristocratiques, arrêter les empiétements de la magistrature , enchaîner les violences populaires.
L'édit de Nantes constitua l'état civil et religieux des protestants ; ils obtinrent un culte public , des consistoires , des écoles , des revenus, et jusqu'à des forces militaires pour protéger leurs établissements. Les quatre-vingtdouze articles généraux de l'édit , et les cinquante-six articles particuliers , reproduisoient à peu près les dispositions de l'édit de Poitiers, et des conventions de Flex et de Bergerac. Un codicille secret permettoit aux calvinistes de garder quelques places de sûreté pendant huit ans.
Les concessions n'étoient malheureusement qiioctroijèes ; Henri IV les respecta , mais Richelieu et Louis XIV pensèrent que ce qui étoit accordé se pouvoit reprendre. Les protestants soutinrent trois guerres contre Louis XIII. Le duc de Rohan, leur chef, appela les Anglois à leur secours ; ils furent battus; La Rochelle tomba, et Louis XIV, après une longue série de séductions et de persécutions , révoqua l'édit de Nantes en 1668.
A compter depuis la conjuration d'Amboise, 15G0, jusqu'à la publication de l'édit de Nantes, en iS99, s'écoulèrent trente-neuf années de massacres, de guerres civiles et étrangères , entremêlées de quelques moments de paix ; c'est à peu près la période qu'a parcourue notre dernière révolution. Ce temps de la Saint-Barthélémy et de la Ligue est le temps de la terreur religieuse , d'où sortit la monarchie absolue , comme le despotisme militaire sortit de la terreur politique de 1793. Il ne coula guère moins de sang françois dans les guerres elles massacres du seizième siècle que dans les massacres et les guerres de la révolution. (( Durant ces guerres (de la Ligue) sont " morts prématurément , et avant le temps , " plus de deux millions de personnes, tant de " mort violente que de nécessité et pauvreté,
DE L'IllSTOIRK DK FRANCK.
" par famine et antrenienl. » (La vie etdcporlemenis de Henri le BearDOis.)
Un capital immense fat dissipe ; les dettes de l'état se trouvèrent monter, sous Henri IV, à trois cent trente millions de lamonnoiedece temps, sans parler de toutes les autres sommes absorbées et non constituées en dettes publiques, comme on le va voir par les autorités suivantes : » Le pauvre peui)le avoit été tellement « pillé , vexé , saccagé , rançonné et subsidié , « sans aucune relâche ni mo} en de respirer, n qu'il ne lui restoit plus aucune facilité de « vivre, étant comme désespéré et résolu de " quitter le pays de sa naissance pour aller " vivre enterre étranière; car, depuis ledit « temps , la ville de Paris et pays circonvoisins '■ avoient fourni trente-six millions de livres , " outre autre somme de soixante millions de " livres ou environ , qui avoient été fournis « par le clergé de France , sans les dons , em- " prunts et subsides levés extraordinairement, " tant sur ladite vil'e que sur les autres pays et " provinces du royaume : somme suffisante " non-seulement pour conserver l'état de la " France, mais aussi, avec la terreur del'an- " cien nom des François , en rendre le nom « formidable à tous les autres princes , poten- " tats et nations. » {Vie et uwrt de Henri de Valois.)
Dans les pays qu'ils occupoient, les huguenots détruisirent les monuments catholiques et s'emparèrent des biens du clergé. Beaucoup de prêtres se marièrent, et restèrent néanmoins catholiques ; leurs mariages furent sanctionnés par la cour de P»ome, et leurs enfants légitimés. La cour, de son côté , ne se fit faute des biens ecclésiastiques.
" Son règne (de Charles IX) a aussi esté « taché d'avoir esté soubs lui les ecclésiasti- " ques fort vexez , tant de lui que des hugue- « nots : les huguenots les avoient persécutez <i de meurtres, massacres, et expolié leurs " églises de leurs saincles reliques ; et lui <i avoit exigé de grandes décimes , et aliéné et « vendu le fonds et temporel de l'Eglise, dela- '< quelle vendition il tira grand argent. >- ( Brantôme.)
Les députés du clergé de France , assemblés à Melun, représentèrent à Henri III, « qu'en " plusieurs archevêchés et éve" chés il n'y avoit
n aucun pasteur; et quant aux autres abbayes n et aux autres grands bénéfices étant aussi « sans pasteurs, le nombre en estoit quasi infini , <c mesmement que de cent trente-cin(i diocèses " qu'il y a en Languedoc et en Guienne, par « non-résidence d'evesques et par maladie des « autres, et principalement par faute d'evesques « pourvus en titre, on avoit été quelques an- " nées sans y faire le Saint-Ciiresme, tellement » qu'il estoit tous les jours besoin de l'aller men- " dier de là les monts en Espagne. Au sur- « plus, nul roi par avant lui (Henri lll) n'a- " voit esté cause de tant d'<PConomats, consti- " tutions de pensions pour les femmes (voire '1 la plus grande partie courtisanes), et autres « personnes laïques, sur les biens de l'Église ; " el, qui pis est, il souffroit trafiquer des bene- " fices, vendre, engager et hypothe(]uer ledo- " mainedeDieu. Faisant autoriser et justifier « ces choses par jugement et lois publiques en <i son grand conseil, où de l'argent provenu de « la vente d'un evesché ont esté acquittées les " dettes du vendeur, et en son conseil mesme <i une abbaye y auroit esté adjugée à une dame, <i comme lui ayant esté baillée en don, avec de- " claration qu'après son décès ses héritiers en " jouiroient par égale portion.» (Vie et mort de Henri de Valois.)
Ces choses, que les catholiques reproclioient amèrement à Henri III, ils les approuvoient dans Charles IX.
La vente, saisie et jouissance des biens de l'Eglise par les laïques étoient accompagnées de la saisie, jouissance et vente des biens des particuliers, comme dans la révolution. Plusieurs édits et déclarations ordonnent la confiscation des biens des huguenots. Le parlement, en 4389, rendit un arrùl pour faire procéder d la vente des liens de ceu.r de la nov-
velle opinion.... afin qu'où ne soit pas
privé du fniit et .secours espéré des saisies et ventes des biens et héritages de ccu.r de la nouvelle opinion.
Un règlement du duc de Mayenne , de la même année, exige le serment à l'union catholique par le clergé, la noblesse, le tiers-étal, les habitants des villes et des campagnes, etc. Ce serment doit être prêté dans la quinzaine du jour de la publication du règlement. L'article i.\ porte : « Après ladite quin7aine pas-
A r\ A L ï bL UAlbUiSiNbb
(1 see , sera procédé à la saisie des bieus mcu- « Mes et immeubles de ions ceux qui se trouve- <i roui refusant ou delaiant faire ledit serment^ « soit ecclésiastique , noble, ou du liers-estat ; " et si, clans un mois après ladite saisie, ils ne << le voudroient faire , ou n'auroient proposé <i excuse valable de leur absence et légitime >< empeschement, seront tenus et reputez pour « ennemis de Dieu et de Testât, et passé outre à « la vente desdits meubles, etc. »
On Aoit que les massacres, les injustices, les spoliations, ne sont pas, comme on l'a cru, particuliers à nos temps révolutionnaires. Les terroristes de la Saint-Bartbélemy et de la Ligue étoient des aristocrates nobles, des rois, des princes , des gentilshommes, Charles IX, Henri TU, le duc de Guise, Tavannes , Clermont, Coconnas , La Mole , Bussy d'Amboise, Saint-Mesgrin, et tant d'autres : non-seulement ils lâchèrent les bourgeois de Paris sur les huguenots, mais ils trempèrent eux-mêmes leurs mains dans le sang. Les septeml)riseurs et les terroristes de 1792 et de 1793 étoient des démocrates plébéiens : au-delà des meurtres individuels qu'ils commirent, ils inventèrent le meurtre légal , effroyable crime qui fit désespérer de Dieu ; car si la justice de la terre peut jamais être armée du fer de l'assassin , où est la justice du ciel? Que reste-t-il aux hommes ?
La terreur de la Saint-Barthélémy et de la Ligue fut approuvée par la grande majorité de la nation. On regarda aussi cette terreur comme nécessaire. On ne trouve pas contre Charles IX , qui nous fait tant d'horreur aujourd'hui, un seul écrit de ses contemporains catholiques; il est loué au contraire de presque tous les hommes de mérite de celte époque, Du ïillet, Brantôme, Ronsard , tandis que Henri III est accablé d'outrages.
J'ai souvent cité les pamphlets de la Ligue, parce qu'on y suit mieux le mouvement des opinions. C'est la première fois que la presse a joué un rôle important dans les troubles pol ti- (jues ; par son moyen la pensée éioit devenue, ainsi que de nos jours, un élément social , im fait ([ui se mèloit aux autres faits, et leur donnoit une nouvelle vie. La plume étoit aussi active que l'épée. Comme chacun avoit la liberté entière dans son parti, et n'éloit proscrit que
dans l'autre, il y avoit réellement liberté de la presse. Les imaginations audacieuses de Rabelais, leTraitè de la servitude volontaire de La Boétie, les Essai<; de Montaigne, la Sorjesse de Charron, la Républiiue de Bodin, les écrits polémiques, le Traité où Mariana va jusqu'à défendre le régicide , prouvent qu'on osa tout examiner. Comme la succession à la couronne étoit contestée, les catlioliques, en se divisant à ce sujet, examinèrent hardiment les principes de la monarchie, et les protestants rêvèrent la république aristocrati(|ue. La liberté politi(}ue et la liberté religieuse eurent un moment pleine licence, en s'appuyant à la liberté de la presse, leur compagne , ou plutôt leur mère. Mais cet horizon, qui s'ouvrit un moment dans l'esprit humain , se referma tout à coup. La réaction qui suit l'action , quand l'action n'est pas consommée , précipita la France sous- le joug.
En résumé, les guerres civiles religieuses du seizième siècle, qui ont duré trente-neuf ans, ont engendré les massacres de la Saint-Barthélémy, ont versé le sang de plus de dix millions deFrancjois, ont dévoré près de trois milliards de notre monnoie actuelle, ont produit la saisie et la vente des biens de l'Église et des particuliers , ont fait périr deux rois de mort violente, Henri III et Henri IV, et commencé le procès criminel du premier de ces rois. La vérité religieuse, quand elle est faussée, ne se livre pas à moins d'excès que la vérité politique, lorsqu'elle a dépassé le but.
Maintenant je vais cesser de raconter les faits et les mœurs qui n'ont plus rien de caractéristique et de pittoresque. Les mœurs du dix-septième siècle, non les opinions, étoient à peu près celles qui précédèrent immédiatement l'époque révolutionnaire. Les François qui parlèrent la langue de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV , sont si près de nous, qu'il semble que nous les ayons vus vivants. 11 n'y a pas longtemps (jue sont morts des vieillards qui avoient connu Fontenelle. Fontenelle étoit né en IG37, et d'Espernon étoit mort en 1652. La \euve du duc d'Angoulême, lils naturel de Charles IX, ne trépassa que le 10 août ^715. Quelques réflexions générales sur les quatre règnes de la monarchie absolue termineront cette analyse raisonnéede notre histoire.
DI>: L lllSiOlliE DE I RA.NCE.