‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 50 sur 201 · CHAPITRE XLVllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVllI

Second Age : laScythie et la Suisse philosophiques.

pleinsde larmes.

'£[;ssE voulu m'arrèter ici ; j'eusse désiré laisser au lecteur l'illusion entière. Mais en retraçant la félicité des hommes , à peine a-t-on le temps «de sourire cpie 3 les yeux sont déjà

11 n'est point d'asile contre le danger des opinions. Elles traversent les mers , pénèlrenl dans les déserts , et remuent les nations d'un bout de la terre à l'autre. Celles de la Grèct; républicaine parvinrent dans les forêts de la Scythie ; elles en chassèrent le bonheur.

L'innocence d'un peuple ressemble à la sensitive , on ne peut la toucher sans la tlétrir. Le malheur des Scythes fut de donner naissance à des philosophes qui ignorèrent cette vérité. Zamolxis, aune époque inconnue, introduisit parmi eux un système de théologie , dont les principales teneurs étoient : l'existence d'un Etre suprême , l'immortalité de l'âme , et la doctrine de la prédestination pour les héros moissonnés sur le champ de bataille '.

Ce père de la sagesse des Scythes fut suivi d'Abaris , député de sa nation à Athènes. 11 pratiqua la médecine , et prétendoit voyager dans les airs sur une flèche qu'Apollon lui avoit donnée-. Il devint célèbre dans les premiers siècles de l'Eglise pour avoir été opposé à Jésus-Christ par les Platonistes.

Toxaris succéda en réputation à Abaris. 11 abandonna sa femme et ses enfants pour aller étudier à Athènes, où il mourut honoré pour sa probité et ses vertus '■'.

Mais le corrupteur de la simplicité antique des Scythes fut le célèbre Anacharsis. 11 s'imagina que ses compatriotes étoient barbares parce qu'ils vivoient selon la nature. Sa philosophie étoit de cette espèce qui ne voit rien audelà du cercle de nos conventions. Entl.ousiaste de la Grèce , il déserta sa patrie , et vint s'instruire auprès de Solon^ dans l'art de donner des lois à ceux ([ui n'en avoient pas besoin. II ne tarda pas à s'acquérir le nom de sage , qui convient si peu aux hommes , et se fit connoître par ses maximes. Il disoit que la vigne porte trois espèces de fruits : le premier, le plaisir ; le second , l'ivresse ; le troisième , le remords. A un Athénien d'une réputation llétrie qui lui reproclioit son extraction barbare ,

* JuiUN., 'Il Cipsnribus; SiiiD., Ziimolx.

Quel((ucs-uns croient que Zatnoi.\is étoit Tlirace d"»» igine. Il n'est pas vrai ([u'il fût ilisciple de Pytliasore.

= Jambl., in Fil. Ptjlh., \Kig. II6-I'<8; Bayle, à la lit tre A. Aimis.

' LuciA^. , in Toxar.

' Plut. , in Solon.

W E V () L l TlOîS S A N Cl F. N Mis.

;i loponiiit : Mou pays fait ma honte ; vous f.iites la honte de votre pays *. L'orgueil et la hassesse de ce mot sont également intolcraliles ; celui qui peut être assez làclie pour renier sa patrie est indiîne d'être écouté d'un honnête homme. Ce philosophe disoit encore que les lois sont semhlahles aux toiles d'araignées , qui ne prennent ([uc les petites mouches et sont rompues par les grosses. Au reste, il écrivit en vers de l'art de la guerre , et dressa un code des institutions scylhiques. Les épitres qui portent son nom sont controuvées.

Ainsi la philosophie fut le premier degré de la corruption des Scytlies. Lorsipie les Suisses ( toient vertueux ils ignoroient les lettres et les arts. Lors(iu'ils commencèrent à perdre leurs mœurs , les Haller , les Tissot , les Gessner , les l.avater , paiurent 2.

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