CHAPITRE LVI
Tableau de la Perse au moment de l'abolition de la niouarchie en Grèce. Gouvernement. Finances. Armées. Religion.
^ rincipem dut Detis % maxime qui conduisit Charles 1^ à l'échafaud , formoit tout le droit politique de la Perse '''. De là nous pouvons concevoir le gouvernement.
Cependant l'autorité du grand roi n'étoit pas aussi absolue que celle des sultans de Constanthiople de nos jours; il la partageoit avec un conseil qui coraposoit une partie du souverain 5.
Au civil , les lois étoient pures , et la justice scrupuleusement administrée par des juges tirés de la classe des vieillards •'. Dans les cas graves , la cause étoit portée devant le roi ^.
Au criminel , la procédure se faisoit publiquement. On confrontoit l'accusateur à l'accusé , et celui-ci obtenoit tous les moyens de défense qu'il pouvoit croire favorables à son
' Xexopu., Cyrop., lib. I, pag. 2 ; lib. VII, pag, 180, etc.
' HtBOD., lib. III, cap. vu.
' Id. , lib. IV, cap. xi.iv-cxxvn.
" Le principe du droit divin pour les princes , et celui de la souveraineté du peuple pour les nations, ne doivent jamais être conservés pardes esprits sages. Il faut jouir du pouvoir et de la liberté sans en rechercher la source ; c'est de leur mélange que se compose la société , et leur origine est à la fois mystérieuse et sacrée.
^PLUT.,i«. Themist..Ytag. 125.
■* Hekod., lib. III, cap. lxxxviii.
" Xeivopb., Cyrop.
' Herod., lib. I, cap. csxxvn ; hb. vu, cap. dcxciv.
^os
REVOLUTIONS ANCIENNES
innocence , ou à l'excuse de son crime ' . Cette admirable coutume, que nous retrouvons en Angleterre, étoit remplacée en France par l'exécrable loi des interrogations secrètes ^
Au moment de l'abolition de la monarcbie en Grèce , la société avoit peut-être fait plus de progrès en Perse vers la civilisation qu'en aucune autre partie du globe. Un cours régulier d'administration mouvoit en barmonie tous les ressorts de l'empire. Les provinces se gouvernoient par des satrapes ou commandants délégués de la couronne -. Les armées et les finances étoient réduites en système ^ et, ce qui n'existoit alors chez aucun peuple , des postes , établies par Cyrus sur le principe de celles des nations modernes , lioient les membres épars de ce vaste corps ''.
Cet institut , après la découverte de l'imprimerie , tient le second rang parmi les inventions qui ont changé pour ainsi dire la race humaine ; et il n'entre pas pour peu dans les causes de l'influence rapide que la révolution grecque eut sur la Perse. 11 ne faudroit que l'usage des courriers employés aux relations communes de la vie , pour renverser tous les trônes d'Orient d'aujourd'iuii ''. Chez les Mèdes , ils étoient réservés aux affaires d'état.
<DlOD.,lib.XV.
* Toujours la haine de l'arbitraire et de l'oppression. Qui me l'inspiroit alors , moi pauvre émigré , moi fidèle serviteur du roi, sorti de la France avec lui pour la cause de la légitimité et de l'ancienne monarcliie? Avois-je attendu la violence ou la corruption des systèmes administratifs, sous la restauration , pour m' élever contre l'injustice ? en un mot , mon opposition à tout ce qui comprime les sentiments généreux est-elle née de mon ambition politique , ou la porté-je en moi dès les premiers jours de ma jeunesse, sans qu'elle se soit démentie un seul moment? (N. Ed.)
' Xenopb., Cf/iop., lib. VIII.
» HuROD., lib. ni, cap. lxxxix-xci-xcv ; lib. I, cap. cxcii; STRAB., lib. II-XV; Xenoph.. Cyvof)., lib. L\ ; DioD., lib. II, pag. 24.
Le revenu en argent se montoit à peu près à 90 millions de notre moimoie, en le reconnoissant en talents euboïques. Les provinces fournissoient la maison du roi et les armées en nature. Quant aux armées , elles étoient composées, comme les nôtres, de troupes régulières, en garnison dans les provinces , et de milices , obligées de marcher au premier ordre.
* XENOPU. , Cyroi^., lib. vni; Herod. , lib. VHI . cap. xcvin.
*> Cela est hasardé , mais il y a qucUpie vérité dans la icmarquc. (N. ED.)
Les Perses différoient en religion du reste de la terre alors connue. Ils adoroient l'astre dont la flamme productive semble l'âme de l'univers * . Ils n'avoient ni les solennités de la Grèce, ni des monuments élevés à leurs dieux*. Le désert étoit leur temple , une montagne ' leur autel , et la pompe de leurs sacrifices , le soleil levant suspendu aux portes de l'Est, et jetant un premier regard sur les forêts , les cataractes et les vallées*".