JOB
^ VEssni hiflnrique , comme les Natcliez , est la mine d'oii j'ai tiré la plupart des matériaux employ(-s dans mes autres écrits; mais au moins les Iccleuni ne verront les Nulcliez iiue dégagés de leur alliage.
HEVOLLTJOr^S ANClKNiNES.
(aie. Je les tire du sanscrit ' , dont j'ai eu dt^à occasion de parler plusieurs fois. J'y suis d'ailleurs autorisé, puisque l'empire persan s'clendoit sur une partie considérable des Indes.
* Une note sur le sanscrit peut faire plaisir à plusieurs lecteurs *. Le hanscrit , mieux le sanscrit , est , comme on le sait, la langue sacrée dans laquelle les livres des Brahmins sont écrits, langue i[ui n'est plus connue que d"eux seuls. Cette langue étoit autrefois si universelle dans l'Orient , que , selon M. Ilalhed, le premier Anglois qui soit parvenu à l'entendre , on la parloit depuis le golfe Pcrsique jusqu'aux mers de la Chine. Les preuves qu'il en apporte sont tirées des inscriptions des différents coins de ce pays **, et de la ressemlilance entre les noms collectifs et les noms de nombres des langues vulgaires de ces contrées , et les noms collectifs et les noms dénombre du sanscrit; il étend même ceci au grec et au latin *'*. Le sanscrit n'étoit parlé que dans les rangs élevés de la société : il y avolt deux langues vulgaires pour le peu|jle. Cette singularité est mise hors de doute par les drames écrits dans ces trois dialectes. Les différents ouvrages traduits du sanscrit en anglois sont le Mdhabainl et Saconlala dont je cite des passages : Ilrelo-Pades , ou l'ouvrage original dont sont empruntées les fables d'Ésope etde.Pilpay; les Cinq Diamants, ouïes stances de cinq poètes; une ode traduite de fFuUi, et une partie du Shaatfr. Outre ces ouvrages d'agrément, le sanscrit en a fourni plusieurs de sciences, entre autres le fameux Suryn-Siddiuinla. Ce sont des tables astronomiques de la plus haute antiquité, et calculées sur des tliéorèmes de trigonométrie d'une vérité rigoureuse. La chronologie des Indiens se divisoit en^iuatrefàges : K" Le Suttee Jogue,
■ Ctlie noie sur le sanscrlU-lollassez curleuscdansson temps; aujourd'hui le sanscrit est si connu que mes cilalions n'ont plus d'Intérêt. Coaiuie je triompliols dans ces qualic jogua qui renfermolent tnntde millions d'années I Quel bon démenti donné à la chronologie de Moïse! Mêlas! il est arrivé qu'une connolssance plus approfondie de la longue savante de l'Inde » fait rentrer ces siècles Innombrables dans le cercle étroit (les iradllions de la Bible. Bien m'en a pris d'être redevenu croyant, avant d'avoir éprouvé celte morllfication. (N. Ld.)
•" Ceci n'est pas une raison probanie, car l'alphabet sanscrit peut être gravé sur des monnoies persanes, indiennes, etc., sans qu'il en résulte qu'on parlât la même langue dans cts divers pays. On sali qu'actuellement les Chinois et les ïar- Inres s'entendent en s'écrivant, quoique leurs Idiomes soient aussi dllférents l'un de l'autre que le turc re>t du françois. les lettres chinoises ne sont que des caractères généniux, comme lesclilrires arabes. Elles ;ont les signes de certaines Idées, tt chacun les traduit ensuite dans su Inigue.
••• Je suis assez tenté de croire qu'il y a eu autrefois une langue universelle. La ressemblance des anciens caracléres grecs et romains avec les caractères aiabes; lesélymologies multipliées entre le sanscrit, les langues orientales, le grec, le latin, le celle, les dialecics de la mer du Sud et de TAmerique, el beaucoup d'autres raisons qui ne sont pas de mon su]et, SL'Uiblent venir à l'appui de celle conjecture. (Videud., Djneï., liiclion. (i'J«(/VU/(.; Cook's Vuyanes ; Uvluku's Crammnr of llie Benyul tanouage;S\y\M, Voyage d'Egypte; BBI&A^o, sur les langues: IIaB.is; lltnvifes.)
Le premier fragment est extrait du Muhabarat, poëme épique, d'environ quatre cent mille vers , composé par le brachmane Kreeshna Dioypayen Veïas , trois mille ans avant notre ère. De ce poëme , l'épisode appelé Bayhvat-Geetu étoit le seul morceau publié par le traducteur anglois , M. Wilkins , en 1785.
Le sujet de cet ancien monument du iiénie indien est une guerre civile entre deux branches de la maison royale de Bhaurat.
Les deux armées, rangées en bataille, se disposent à en venir aux mains , lorsque le dieu Kreeslina qui accompagne Arjoon, l'un des deux rois , comme Minerve Télémaque , invite son élève à faire avancer son char entre les combattants. Arjoon regarde : il n'aperçoit de part et d'autre que des pères , des fils , des frères , des amis prêts à s'égorger ; saisi de pitié et de douleur , il s'écrie :
O Ki'eeshna ! en voyant ainsi mes amis impatients du signal de la bataille , mes membres m'abandonnent, mou teint pâlit, le poil de ma chair se hérisse, tout mon corps tremble d'horreur; Gandew même, mon arc, échappe à ma main, et ma peau , collée à mes os , se dessèche. Lorsque j'aurai donné la mort à ces chers parents , demanderai-je encore le bonheur? Je n'ambitionne point la victoire, ô Kreeshnal Qu'ai-je besoin de plaisir ou de puissance? Qu'importent les empires, les joies, la vie même , lorsque ceux-là ne seront plus , ceux-là qui donnoient seuls quelque prix à ces empires, à ces joies, à cette vie? Pères, ancêtres, fils, petit-fils, oncles, neveux, cousins, parents et amis, vons voudriez ma mort, et cependant je ne souhaite pas la votre; non! pas même pour l'empire des trois régions de l'univers , encore bieu moins pour cette petite terre '.
ou l'âge de pureté. Sa durée fut de trois millions deux cent mille ans. Les hommes vivoient cent mille ans.
20 Le Tirtah.Iogue (le tiers du monde corrompu). Sa période fut de deux millions quatre cent mille ans. La vie de l'iiomme étoit de dix mille ans.
3^ Le Davapar Jogue (la moitié de la race humaine vicieuse) dura un million seize cent mille ans. L'homme ne vécut plus que mille ans.
V Le Colle Jogue ( tous les hommes dépravés) est l'âge actuel, qui durera quatre cent mille ans, dont cinq mille sont déjà écoulés. Il est incroyable iiue ces traductions, qui nous paroissent si extravagantes, soient supportées par les calculs les plus certains d'astronomie. Mon autorité dans tout ceci est liobei tsons /Ihiorical Dh'^iuilions.
* Daglwal-Gecla.}^ase5\.
la simplicité et le pathétique de ce fragment sont d'une beauté vraie ; on s'étonne surtout de n'y point trouver cette imagination déréglée, ce luxe de coloris , caractère dominant de la poésie orientale. Tout y est dans le ton d'Homère ; mais , après cette apostrophe d'Arjoon, Kreeshna , pour lui prouver qu'il doit combattre, s'étend sur les devoirs d'un prince, s'engage avec son élève dans ime longue controverse tliéologique et morale. Ici le mauvais goût et le prêtre se décèlent. Nous choisirons pour pendant à l'épique indieu l'épique de la Germanie. La muse allemande, nourrie delà méditation des Écritures , a souvent toute la majesté , toute la simple magnificence hébraïque : et l'on retrouve dans les froides régions de l'Empire l'enthousiasme et la chaleur du génie des poètes d'Israël.
Klopstock , dans son poëme immortel , a peint la conjuration de l'enfer contre le Messie. Le sacrifice est prêt à s'accomplir; les prêtres triomphent , et le Fils de l'homme est con- «lamné. Suivi de sa mère , de ses disciples , des gardes romaines et de toute la Judée , il s'avance , chargé de sa croix , au lieu du supplice : il arrive sur Golgotha. Alors Éloa , envoyé par l'Éternel , distribue les anges de la terre autour de la montagne. Les uns s'assemblent sur des nuages, les autres planent dans les airs.
Gabriel va chercher les âmes des patriarches , et les place sur la montagne des Oliviers , pour être témoins du grand sacrifice ; Uriel en même temps amène toutes celles des races à naître. Le globe immense qu'elles habitoient reçoit Tordre de voler vers le soleil et d'intercepter sa lumière. Satan , et tout l'enfer caché dans la mer Rlorte sous les ruines de Gomorrhe, contemple la Rédemption. Les innombrables esprits célestes qui peuplent les étoiles et les soleils, ceux qui environnent Jéhovah, ont l'œil attaché sur le Sauveur; et le Saint des saints , retiré dans sa profondeur incompréhensible , compte les heures du grand mystère; alors
Les bourreaux s'approchent de J^sus. Dans ce moment tons les mondes, a\eeun bruit qui relen- •lissoit ;iu loin , pnrvimenl au point de leur course, d'où ils doivent annoncer la r(^cnncili;ition. Ils s'ar-
rêtent; insensiblement le mouvement des pôles se ralentit , et cessa tout à coup. Un vaste silence régnoit dans toute l'étendue de la création. La marche de tous les glnpes suspendue aunonçoit dans les deux les heures du sacrifice Les anges , interdits, étoient attentifs à ce qui alloit se passer. Jéhovah jeta un coup d'œil sur la terre , la vit prête à s'abîmer et la retint. Jéhovah, le dieu Jébovah avoit ses regards fixés sur Jésus-Christ... et les bourreaux le crucifièrent !.... A ce spectacle terrible, les anges et les patriarches restoieut dans un morne silence. Le calme effrayant qui régnoit dans toute la nature étoit l'image de la mort. On auroit dit qu'elle venoit d'en diHruire fous les habitants , et que rien danimé n'existoit plus dans aucun monde
Bientôt l'obscurité couvrit la terre, où régnoit un profond silence, et ce silence morne augmentoit avec les ténèbres et l'inquiétude. Les oiseaux, devenus muets, s'envolèrent au fond des forêts; les animaux cherchèrent un asile dans les cavernes et les fentes des rochers ; la nature entière étoit ensevelie dans un calme sinistre. Les hommes, respirant avec peine un air qui n'avoit plus de ressort , lovoient les yeux vers le ciel , on ils cherchoient en ■vain la lumière. L'obscurité augmentoit de plus en plus; elle devint universelle et effrayante, lorsque l'astre ' eut entièrement occupé le disque du soleil; toutes les plaines de la terre furent enveloppées dans les horreurs d'une nuit éimuvantable...
Les couleurs de la vie reparurent sur le front du Messie , mais elles s'éteignirent rapidement et ne revinrent plus. Ses joues Uvides se flétrirent davantage, et sa tête, succombant sous le poids du jugimeut du monde, se pencha sur sa poitrine. Il lit des efforts pour la relever vers le ciel , mais elle tomba de nouveau. Les nuages suspendus s'étendirent autour de Golgotha, dune manière lente et pleine d'horreur, comme les voûtes funèbres des tombeaux sur les cadavres que la pourriture dévore. Ln nuage plus noir que les autres s'arrêta au haut de la Croix. Le silence, le calme affreux de la mort .sembloit distiller de son sein. Les immortels en frissonnèrent. Un bruit inatti'ndu, et qui n'avoit été précédé d'aucun autre bruit, sortit tout à coup des entrailles de la terre : les ossements des morts en tremblèrent, et le temple en fut ébranlé jusqu'au faite.
Cependant le silence étoit rétiilili sur la terre, et les hommes vivants, les morts, et ceux qui dévoient naître , avoient les regards fixés sur le Rédempteur. En proie à toutes les douleurs , Eve regardoit son fils , qui succomboit insensiblement sous une mort lente et pénible. Ses yeux ne s'arrachoieni
' L'astre occupé par les âmes h naître dont j'ai pnrli'.
RI:; VOLUTIi^NS A NCil-NNES.
de ce triste spectacle que pour se porter sur une mortelle qui se tenoit chancelaute au pied de la croix , la tète penchée , le visage pâle , et dans un silence semblable au silence de, la mort. Ses yeux ne pouYoient verser de larmes : elle étoit sans j
mouvement «Ah! dit en elle-même la mère i
du genre humain , c'est la mère du plus grand des , hommes ; lexcès de sa douleur ne l'annonce que trop. Oui, c'est l'auguste Marie; elle éprouve dans ce moment ce que je sentis moi-même lorsque je vis Abel auprès de l'autel , nageant dans les flots de sou sang. Oui , c'est la mère du Sauveur expirant. « Elle fut tirée de ces pensées par l'arrivée de deux anges de la mort, qui venoient du côté de l'Orient. Ils planoient dans les airs d'un vol mesuré et majestueux, et gardoient un profond silence. Leurs vêtements éloient plus sombres que la nuit , leurs yeux plus étincelants que la flamme ; leur air annonçoit la destruction. Us s'avançoient lentement vers la colline de la Croix , où le Juge suprême les avoit envoyés; lésâmes des patriarches, épouvantées, tombèrent sur la poussière de la terre, et sentirent l'impression de la mort et les horreurs du tomiKîau, autant que peuvent les sentir les substances indestructibles. Les deux génies redoutables , parvenus à la croix, contemplent le mourant, prennent leur vol, l'un à droite et l'autre à gauche ; et , d'un air morne et présageant la mort , ils volent sept fois autour de la croix. Deux ailes couvroient leurs pieds , deux ailes tremblantes couvroient leur face, et deux autres les soutenoient dans les airs, dont l'agitation produisoit un mugissement sem blable aux accents lamentables de la mort. C'est ce bruit qui tonne aux oreilles d'un ami de l'humanité , lorsque des milliers de morts et de mourants nagent dans leur sang sur le champ de bataille , et qu'il fuit en détournant les yeux. Les terreurs de Dieu étoient répandues sur les ailes des deux anges , et retentissoient vers la terre ; ils voloient pour la septième fois , lorsque le Sauveur, accablé , releva SI tète appesantie , et vit ces ministres de la mort. Il tourna ses yeux obscurcis vers le ciel , et s'écria d'une voix qu'il tira du fond de ses entrailles , et qui ne put se f;iire entendre : « Cessez d'effrayer le Fils de l'homme ; je vous reconnois au brnit de
vos ailes il m'annonce la mort... Cesse , Juge
des mondes... cesse... « En disant ces mots, son sang sortit à gros bouillons... Alors les anges de la mort tournèrent leur vol bruyant vers le ciel , et laissèrent les spectateurs dans une surprise muette , et des réflexions plus inquiétantes et plus confuses sur ce qui se passoit à leurs ytux... et l'Éternel laissoit toujours sur le mystère un voile impénétrable '...
* Messie, cli.int vii.
Les enfers , les cieux , les hommes , Its générations écoulées et les générations à naître , les globes arrêtés dans leurs révolutions , le cours de l'univers suspendu, la nature couverte dun voile , un Dieu expirant , quel tableau ! Sa sublimité fera excuser la longueur de la citation.
Le second fragment qui me reste à donner du sanscrit est d'un genre totalement opposé au premier. On a découvert parmi les Indiens une foule de pièces de théâtre écrites dans la langue sacrée ; régulières dans leur marche , et intéressantes dans leurs sujets. S'il étoit possible de douter de la haute civilisation des anciennes Indes , cette particularité seule suffi roit pour la prouver , en même temps qu'elle dépouille les Grecs de Flionneur d'avoir été les inventeurs du genre dramatique.
La scène indienne non-seulement admet le masque et le cothurne , mais elle emprunte encore la houlette. Elle se plaît à représenter les mœurs champêtres , et ne craint point de s'abaisser en peignant les tableaux de la nature. Sacontala , princesse d'une naissance illustre, avoit été élevée par un ermite dans un bocage sacré , où les premières années de sa vie s'étoient écoulées au milieu des soins rustiques et de l'innocence pastorale. Prête à quitter sa retraite chérie pour se rendre à la cour d'un grand monarque auquel elle étoit promise , les compagnes de sa jeunesse déplorent ainsi leur perte et font des vœux pour le bonheur de Sacontala :
Écoutez, o vous arbres de cette forêt sacrée! écoutez , et pleurez le départ de Sacontala pouile palais de l'époux ! Sacontala ! celle qui ne buvoit point l'onde pure avant d'avoir arrosé vos tiges; cefle qui , par tendresse pour vous , ne détach i jamais une seule feuille de votre aimable verdure , quoique ses beaux cheveux en demandassent une guirlande; celle qui mcltoit le plus grand de tous ses plaisirs dans cette saison qui entremêle dj tleurs vos rameaux flexibles.
CUOEIR DES .NYMPUES DES BOIS.
Puissent toutes les prospérités accompagner ses pas, puissent des brises légères disperser, pour ses délices, la poussière odorante des riches fleurs! Puissent les lacs d'une eau claire, et verdoyante sous les feuilles du lotos, la rafiaichir dans sa niar-
AVANT
che ! Puissent des branches ombreuses la défendre des rayons brûlants du soleil !
Sacontala sortant du bois et demandant à Cana , l'ermite , la permission de dire adieu à la liane Madliavi, dont les feurs rouges enflamment le bocuge, après avoir baisé la plus radieuse de toutes les fleurs , et l'avoir priée de lui rendre ses embrassements , avec ses bras amoxireux, s'écrie :
Ah 1 qui tire ainsi les plis de ma robe ?