‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 7 sur 201 · EXPOSITION · texte numérisé non relu

EXPOSITION

UELLEs sont les révolutions arrivées autrefois dans les gouvernements des hommes ?

JQuel étoil alors l'état ide la société , et quelle a été r influence de ces révolutions sur l'âge où elles éclatèrent et les siècles qui les suivirent?

II. Parmi ces révolutions on es!-il quelquesunes qui , par l'esprit , le.s nio>urs et les lu-

ntVOLLTIONS ANCIENNES.

raières des temps , puissent se comparer à la révolution actuelle de France ?

III. Quelles sont les causes primitives de cette dernière révolution , et celles qui en ont opéré le développement soudain?

IV. Quel est maintenant le 2:ouvernement de France? Est-il fondé sur de vrais principes , et peut-il subsister ?

V. S'il subsiste , quel en sera l'effet sur les nations et autres gouvernements de l'Europe?

YI. S'il est détruit , quelles en seront les conséquences pour les peuples contemporains et pour la postérité ^ ?

Telles sont les questions que je me propose d'examiner. Quoiqu'on ait beaucoup écrit sur la révolution françoise , chaque faction se contentant de décrier sa rivale , le sujet est aussi neuf que s'il n'eût jamais été traité.

Républicains , constitutionnels , monarchistes, girondistes, royalistes, émigrés, enfin politiques de toutes les sectes ' , de ces questions bien ou mal entendues dépend votre bonheur ou votre malheur à venir. Il n'est point d'homme qui ne forme des projets de gloire , de fortune, de plaisir ou de repos; et nul, cependant , dans ce moment de crise , ne peut se dire : <• Je ferai telle chose demain , » s'il n'a prévu quel sera ce demain. Il est passé le

' Ces questions me semlilent clairement posées. Si elles embrassent des sujets qui occupent rarement la jeunesse , elles se ressentent aussi du caractère de l;i jeunesse : elles vont trop loin ; elles veulent ramener tous les événements de l'histoire à un centre de convergence impossible ; non-seulement elles interrogent le passé , mais elles prétendent révéler l'avenir, elles sont toutes de théorie, et n'ont aucune utilité pratique; on y reconnoit à la fois l'audace et l'ineipérience d'un esprit que Tàgc n'a point éclairé , et qui est prêt à faire abus de sa force. (>'• Ed.)

* Je serai souvent obligé , pour me faii-e entendre , d'employer les divers noms de partis «le notre révolulion. J'avertis que ces noms ne signifieront , sous ma plume, (lue des appellations nécessaires à l'intelligence de mon sujet, et non une injure personnelle. Je ne suis r écrivain d'aucune secte, et je conçois fort bien qu'il peut exister de très-honnètcs gens, avec des notions des choses différentes des miemies. Peut-être la vraie sagesse consistc-t-elle à être, non pas sans principes, mais sans opinions déterminées *.

• Od peut avouer les sentiments modérés csprimès dans celte noie , mais le steplicisme de la dernière pUrase est visible.

IN. l-n.l

temps des félicités individuelles ; les petites ambitions , les étroits intérêts d un homme , s'anéantissent devant l'ambition générale des nations et l'intérêt du genre humain ^ En vain vous espérez échapper aux calamités de votre siècle par des mœurs solitaires et l'obscurité de voire vie; l'ami est maintenant arraché à l'ami , et la retraite du sage retentit de la chute des trônes. INul ne peut se promettre un moment de paix : nous naviguons sur une cote inconnue, au milieu des ténèbres et de la tempête. Chacun a donc un intérêt personnel à considérer ces questions avec moi , parce que son existence y est attachée. C est une carte qu'il faut étudier dans le péril pour reconnoître en pilote sage le point d'où l'on part , le lieu où l'on est et celui où Ton va, afin qu'en cas de naufrage on se sauve sur quelque île où la tempête ne puisse nous atteindre. Cette ile-là est une conscience sans reproclie.

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