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SECONDE PARTIE
CHAPITHE PREMIER.
Seconde révolution. Philippe et Alexandre
E théâtre change ; de la ressemblance des événements , nous passons à celle des hommes. Jusqu'ici les tableaux se sont rapprochés parles sites , mais presque toujours les personnages ont diftéré. Maintenant , au contraire , les simiUtudes se montreront dans les groupes, les oppositions dans les fonds. Plus nous avancerons vers les temps de corruption, de lumières et de despotisme , plus nous retrouverons nos temps et nos mœurs. Souvent nous nous croirons transportés dans nos sociétés , au milieu des grandes femmes el des petits hommes , des philosophes et des tyrans ; des gens rongés de vices pousseront de grands cris de vertu ; de beaux livres sur la science de la liberté conduiront les peuples à l'esclavage : enUn nous allons nous revoir parmi les deux tiers et demi de sots et le demi-tiers de fripons , dont nous sommes sans cesse entourés ^
" Voilà mon siècle bien ariansi-.
(N. ti>.;
Périclès avoil pris le vrai sentier pour arriver au bonheur. Traitant le monde selon sa portée , lorsque la nécessité le forçoit d'y {i;;roître , il s'y présent oit avec des idées communes et un cœur de glace. Mais le soir, renfermé secrètement avec Aspasie et un petit nombre d'amis choisis , il leur découvroit ses opinions cachées et un cœur de feu. Les sots s'aperçurent de son mépris pour eux , car les sots ont un tact singulier sur cet article, et rien ne les chagrine tant que l'indifférence du mépris. Ils accusèrent donc la tendre amie de Périclès ; celui-ci parvint à peine à la sauver par ses larmes. Et qui cependant devoit prétendre plus que lui à la gratitude de ses concitoyens ? Il y comptoit peu, ayant étudié les hommes. La reconnoissance est nulle chez le très-nécessiteux , parce que le sentiment du premier besoin absorbe tous les autres ; elle existe quelquefois comme vertu chez le mécanique pauvre , mais non indigent ; elle se clsange en haine dans l'individu placé immédiatement an rang au-dessous du bienfaiteur ; elle pèse aux philosophes ; les courtisans l'oublient. 11 suit de là qu'il faut faire du bien au petit peuple par devoir , obliger l'artiste par satisfaction de cœur , n'avoir qu'une extrême politesse avec les classes mitoyennes, prêter seulement aux gens de lettres ce qu'ils peuvent exactement vous rendre, et ne donner aux grands que ce qu'on compte jeter par la fenêtre '.
A ces petites caricatures de nos sociétés se mêleront aussi nos grandes scènes tragiques : la tyrannie , les proscriptions , les rois jugés et massacrés par les peuples , d'autres tombés du trône et réduits à gagner leur vie du travail de leurs mains : enfin nos hideuses révolutions , entourées du cortège de nos vices.
Expliquons le plan de cette partie.
" Singulier train d'idées! Cette inclination à la satire se manifeste continuellement dansl'Ei^rti. Il est visible, dans tous ces passages, que ce n'est qu'avec de grands efforts sur moi-même que je parviens à étouffer ce penchant au dédain et à l'ironie.
On s'aperçoit, au reste, que je commençois déjà à écrire moins mal. Sous le rapport de l'art , l'Essai va se trouver à peu près de niveau avec mes ouvrages .subst-quents ; il y restera cependant , toujours avec des idiotismes étrangers, (luclque chose de fougueux et de déclamatoire. (N- Ed.)
Il E V OL L T I ON s A >; C 1 KN NES.
On sent qu'il est impossible de suivi-e maintenant le cours régulier de Thistoire , ni même de s'attacher à de grands détails. Ce qui nous reste à peindre des Grecs consiste en cette partie qui s'étend depuis l'époque (|ue nous avons traitée, jusqu'au règne de Pliilippe et d'Alexandre, où Athènes et Lacédénione perdirent leur liberté , non de nom , mais de fait.
' Dans cette période , qui , à la compter de l'année de la paix avec les Perses jusqu'à la bataille de Chéronée , renferme un espace de cent onze ans , nous saisirons seulement trois traits caractéristiques : le renversement de la constitution et le règne des Trente Tyrans à Athènes , la chute de Denys le jeune à Syracuse , et , par extension , la condamnation d'Agis à Sparte. Nous verrons ainsi l'âge de corruption dans les trois principales villes grecques de l'ancien monde. Quant à la révolution même de Philippe, nous ne ferons que l'indiquer , parce qu'elle ne va pas directement au but de cet ouvrage ; mais , en même Itemps , nous nous étendrons sur le siècle d' A- ^lexandre , dont les rapports avec le nôtre ont été si grands , considérés sous le jour philosophique. Au reste, nous avons donné, pour abréger, à cette seconde partie le nom général de révolution de Philippe et d'Alexandre : elle forme la seconde de cet Essai.