‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 9 sur 201 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

4° Les causes qui en étendirent ou en bornèrent l'intluence ;

50 Enfin , tenant toujours en vue l'objet principal du taljleau , je ferai incessamment remarquer les rapports ou les différences entre la révolution alors décrite et la révolution françoise de nos jours. De sorte que celle-ci servira de foyer commun , où viendront converger tous les traits épars de la morale , de riiistoire et de la politique ^.

Cette intéressante peinture occupera la majeure partie des quatre premiers livres, et servira de réponse à la première question.

L'examen de la troisième et celui de la seconde (déjà à moitié résolue) rempliront la troisième partie du quatrième livre.

Le cinquième livre , écrit en dialogue , sera consacré aux recherches sur la quatrième question.

Quelques sujets détachés se trouveront dans la première partie du livre sixième ; et la seconde du même livre contiendra les probabilités sur les deux dernières questions.

Ainsi l'ouvrage entier sera composé de six livres , les uns de deux , les autres de trois parlies , formant en totalité quinze parties , subdivisées en chapitres ''.

De cette esquisse générale passons maintenant aux divisions particulières, et fixons d'abord la valeur que je donne au mot rérolution , puisque ce mot reviendra sans ces-e dans le cours de cet ouvrage.

Par le mot révolution je n'entendrai donc . dans la suite , qu'une conversion totale du gouvernement d'un peuple , soit du monarchique au républicain , ou du républicain au monarchique. Ainsi , tout état qui tombe par des armes étrangères , tout changement de dynastie , toute guerre civile qui n'a pas produit des altérations remarquables dans une société . tout mouvement partiel d'une nation momentanément insurgée, ne sont point pour moi

* Mémos défauts que dans l'exposition ; système de convergence tjui ne pouvoit produire que des rapprocliements historiques quelquefois curieux, mais presque toujours forcés. (N. Ed.)

^ Ces prétentions à la méthode et à la clarté sont Irés-nial fondées : il n'y a rien de plus embrouillé que ces divisions et ces subdivisions. ( N. Ed. )

des révolutions. En effet , si l'esprit des peuples ne change, qu'importe qu'ils se soient agités quelques instants dans leurs misères , et que leur nom ou celui de leur maître ait changé ^ ?

Considérées sous ce point de vue, je ne recomioîtrai que cinq révolutions dans toute l'antiquité , et sept dans l'Europe moderne. Les cinq révolutions anciennes seront l'établissement des républiques en Grèce; leur sujétion sous Philippe et Alexandre, avec les conquêtes de ce héros ; la chute des rois à Rome; la subversion du gouvernement populaire par les Césars ; enfin le renversement de leur empire par les Barbares '.

La république de Florence, celle de la Suisse, les troubles sous le roi Jean , la ligue sous Henri IV , l'union des Provinces Belgiques , les malheurs de l'Angleterre durant le règne de Charles 1'='", et l'érection des État-Unis de l'Amérique en nation libre, formeront le sujet des sept révolutions modernes.

Au reste, je crayonnerai rapidement la partie de cet ouvrage consacrée à l'histoire ancienne , réservant les grands détails lorsque je parlerai des nations actuelles de l'Europe. Le génie des Grecs et des Romains diffère tellement du génie des peuples d'aujourd'hui , qu'on y trouve à peine quelques traits de ressemblance. J'aurois pu m'étendre sur les révolutions de Thèbes , d' Argos et de Mycènes ; les annales de la Suède et de la Pologne , celles des villes impériales , les insurrections de quelques cités d'Espagne et du royaume de Na-

=• Raisonnable. (N. Ed.1

< L'irruption des Barbares dans l'empire n'est pas proprement une révolution dans le sens que j'ai donné à ce mot. On en peut dire autant des guerres sous le roi Jean , et de la Ligue sous Henri IV, dont j'ai cependant fait des révolutions '. Quant aux Barbares, il est aisé d'apercevoir que, formant le point de contact où s'unit l'histoire des anciens et des modernes, il m'étoit indispensable d'en parler. Quant aux deux autres époques , les troul)les de la France dans ces temps-là sont trop fameux, offrent des caractères trop grands et des an.ilogies trop frapiiantes pour ne pas les avoir considérées comme de véritables révolutions.

•On voit qu'à l'époque où j'écrivois l'Essai Je songcois <i(jh à VUisloire de France.

pies , me présenloient des matériaux suffisants pour multiplier les volumes. Mais . en portant un œil attentif sur Thistoire, j'ai vu qu'une multitude de rapports qui m'avoient d'abord frappé se réduisoient, après un mvir examen, à quelques faits isolés totalement étrangers dans leurs causes et dans leurs effets à ceux de la révolution francoise. En m'arrêtant incessamment à chaque petite ville de la Grèce et de l'Allemagne, je serois tombé dans un cercle de répétitions, aussi ennuyeuses que peu utiles. Je n'ai donc saisi que les grands traits, ceux qui offrent des leçons à suivre, ou des exemples à imiter. Je n'ai pas prétendu écrire un roman , dans lequel , pliant de force les événements à mon système % je n'eusse laissé après moi qu'un de ces monuments déplorables , où nos neveux contempleront avec un serrement de cœur l'esprit qui anima leurs pères , et béniront le ciel de ne les avoir pas fait naître dans ces jours de calamité. Je me suis proposé une fin plus noble, en écrivant ces pages , je l'avouerai ; l'espoir d'être utile aux hommes a exalté mon âme et conduit ma ]»lume. Que si le plus grand sujet est celui dont on peut faire sortir le plus grand nombre de vérités naturelles; que si, fixant en outre la somme des vérités historiques , ce sujet mène à la solution du problème de l'homme , fut-il jamais d'objet plus digne de la philosophie que le plan qu'on s'est tracé dans cet ouvrage *' ? Malheureusement l'exécution en est confiée à des mains trop inhabiles '. J'ai fait, par mon titre cYEsscn, l'aveu public de ma foiblesse. Ce sera assez de gloire pour moi d'à', oir montré la route à de plus beaux génies.

" Voilà la critique la plus juste qu'on puisse faire tlo l'Essai : j'avois le sentiment de la foiblesse de mon plan , et je faisois des efforts pour la cacher aux yeux (lu pulilic et aux miens. (N. Éd. )

" Et pourtant c'est un roman où les événements s jnt obligés , bon gré , mal gi'é , de se plier à un système.

'^ Me voilà rendu à ma propre nature : Uousseau n'est plus pour rien dans cette manière d'écrire. ^N. Éd.

REVOLUTIONS A.NGIENNES.

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