CHAPITRE XX
Philippe et Alexandre.
ANDis que Denis tomboit à Syracuse , qu'Athènes étoit en proie aux factions , un tyran s'étoit élevé en Macédoine. Le caractère de Philippe est trop connu, et n'entre pas assez dans le pian de cet. Essai , pour (pie je m'y arrête. Il me suffira de. remarquer que Pliilippe est le père de cette politique moderne qui consiste à troubler pour recueillir, à corrompre pour régner. En vain Démosthènes le foudroya de son éloquence : le roi de Macédoine , avançant dans l'ombre tant qu'il se sentit foible , leva le masque aussitôt qu'il se trouva fort. Les Grecs alors se réveillèrent , mais trop tard; et leur bel édifice à la liberté , élevé avec tant de périls au milieu de mille tempêtes , s'écivîula dans les plaines de Chéronée , devant le génie de deux bommes , qui vinrent encore changer la face de l'univers.
' .F'ai di'jà fait renianiuer (|iie le nom ùeBuonnpaite ne se rencontre dans i'Ënsai qu'une sbuIl' fois, et dans une note où ce nom fameux est jeté comme (jarliasard avec (lueltiue.s auU-es noms. Mirabeaii avoit du (yr'<;i«, mais ce n etoit pas un (jraiid génie ; il y a exagération.
(îV.Én.)
CHAPiTRK XXI.
.Siècle d'Alexandre.
I l'âge d'Alexandre difère du notre par la parlie liisl(iri(iue, il s'ea rapproche du côté moral. Ce fut alors que s'éleva, comme de nos jours, une foule de philosophes , (p'.i .se mirent à uouler de JJieu,uc l'univers et d'eux-mêmes. Jamais on ne poussa plus loin l'esprit de recherches. On écrivoit sur tout , on analysoit tout, on dJssé(|«oit tout. Point de petit sentier de polili([ue , point de subtilité métaphysique, qu'on n'eût soigneusement examinés. Les peuples, instruits de leurs droits, connoissant toutes les espèces de gouvernement, jjossédoienl bien plus (pie des livres qui leur apprenoient à être libres ; ils avoient les traditions de leurs ancêtres , et leurs tombeaux aux champs de Marathon. Ils joiiissoient même des formes républicaines , vains jouets que leui-s tyrans leur laissèrent , comme on permet aux enfants de toucher des armes dont ils n'ont pas la force de faire usage ; grand exemjile qui renverse nos systèmes sur lef et des lumières". 11 prouve (|u'il ne suffit pas de laisonner sciemment sur la vertu pour parvenir à rindc[)eiidance ; (ju'il faut l'aimer , cette vertu , et (]ue tous les moralistes de l'univers ne sauroient en donner le goût , lorscpi'on la une fois perdu. Les siècles de lumières , dans tous les tem|ts , ont été ceux de la servitude; par quel enchantement le nôtre sortiroit-il de la règle con mune? Les rapproclîements des philosophes
' Pas du fout. Dans l'anliiiiiité l'esprit humain éloit jeune, bien (|ue les pi-uples fussent déjà vieux: c'est fauie d'avoir fait citte dlslincli(>n , que l'on a voulu mal à propos juger les nation^ mo<i<'rnes d'après Ihistoire des nations anciinurs ; (pie l'on a confondu deux sociétés es'enlicllement diffénMiles. .l'ai déjà dit cela dans ma Préface, et montré vingt fois dans ers A'o/t'.v ciiùi<(Cs d'où provenoit mou erreur. (N. Éd.)
i\ !• vo L i T i o^^ S a nci rn n lis.
Tf?îtSî,t(^
anciens cl modernes qui vont suivie , mettront le lectenr àmènie de jiijïer jusqu'à quel point I "âge il'Alexandre ressenilila au notre. On verra que , loin d'avoir rien imaj^iné de nouveau , nous sommes demeurés , excepté en histoire naturelle, fort au-dessous de la Grèce. On remarquera qu'à linslant où les sophistes commencèrent à attaquer la re!ii;ionetles idées reçues du peuple , celui-ci se trouva lié des chaînes de Philippe.
D'après les données de l'histoire , je ne puis m'empècher de tremhler sur la destinée future de la France \
CMAPITlti: XXII.
Pbilo.soplics grecs.
EUX beaux génies, vivant à peu près dans le (Ucme temps , devinrent les fondateurs des diverses classes philosophiques de la Grèce.
Thaïes fut le père de l'école ionique , Pythagore celui de l'école italicpie; j'ai parlé ailleurs de leurs systèmes ' . Traçons rapidement
° Le dt'siiotismc a suivi la Républicuie en France , et ja^ois raison de treuiblcr; mais je me trompe dans le reste de ce passage' , et totijonis par la préoccupation où je suis de C'ttc liberté des anciens fondée sur les mœurs. On verra bientôt une note de rCi.vfli où je combats moi-même le système (ini me domine ici.
(N.ÉD
' Tbalès : l'eau, principe de création. Pytiiagorc : système dis harmonies, .rajouterai que Thaïes trouva en malhématiiiues les théorèmes suivants : les angles opposés aux sommets sont égaux; les angles faits à la base du triangle isocèle sont égaux. Si deux angles et un côte d'un triangle sont égaux à deux angl, s et un côte d'un antre triangle , les deux triangles son égaux. Pytbagore découvrit ces bills vérités: dans un triangbrectangle le carré de 1 hypolhénuse est égal à la somme des cai-résl'aitssnrlesdenxaiitrescôtés; les seuls polygones qui puissent remi)lir un espace autour d'un point donné sont le triangle éqnilatéral, le (luadrilatère et 1 hexagone : le premier pris six fois , le second (piatre , le troisième trois. De toutes les manières de démontrer le
la philosophie des fondateurs des principales sectes de ces deux écoles, nous bornant à Platon, Âristote, Zenon, Épicure et Pyrrhon.
Pïaion ' . La sagesse prise dans toute l'étendue platonique du mot , est la connoissance de ce qui est -.
Philosophie , selon Platon , vent dire désir de science divine •'. Elle se divise en trois classes : philosophie de dialectique, philosophie de théorie , philosophie de pratique ^. Je passe la première.
l'hilosophie de ihcorie. Rien ne se fait de rien. De là deux principes de toute éternité : Dieu et la matière. Le premier imprima le mouvement et l'ordre à la seconde. Dieu ne peut rien créer, il a tout arrangé^.
Dieu , le principe opposé à la matière , est un Etre entièrement spirituel . bon par excellence , intelligent dans le degré le jtlus supérieur*', mais non omnipuissant , car il ne peut subjuguer la propension au mal de la matière ' .
Dieu a arrangé le monde d'après le modèle existant de toute éternité en lui-même^, d'après cette raison de la Divinité . qui contient les moules incréés des choses passées , présentes et à venir. Les idées de l'Essence spirituelle vivent d'elles-mêmes, comme êtres distincts et réels ". Les objets visibles de cet univers ne sont que les ombres des idées de Dieu , qiû forment seules les vraies substances *''.
Enfin , outre ces idées préexistantes , la Divinité fit couler un soufile de sa vie dans l'univers , et en compo.sa un troisième princi[)e
cirré de Ihypothénnse, celle de Bezont me semble la plus claire '.
' Platon, né avant .T.-C. 429, ol. 87. 3" année ; mort av.int J.-C 3-57,01. tOS.
2/(i /'/(cprf, pa-. 278.
' Prot':(j.. pag. 313.
' Rr.sp., lib. VI , pag. ^SS.
■• TIM., p.ig. 28; DlOii. Laeut.. lib. TII; PLI T., de Ci'ii. Jiiii>i..'\ii>g. 78.
« De hc(j., iiag. ?8 ■ ; Tim., pag. .30.
' Polit., p;ig. 17'4.
« r/m., p.ig. 29.
' ld.,ib.
'" Rexjmb., lib. VII, pag. 315.
• J'ai parlé alllpurs de mon premier penrlianl pour les mr>llK'inallque.s; il faut pardonner Ct'Ite note à un jeune luimiœ iluTéd'iibonJ pour le service de la marine. (\. to.)