LIVRE HUITIÈME
u Les premiers pas du matin s'étoient imprimés en taches rougedtres dans les nuages de la tempête, lorsque, couvert de l'écume des Qots , j'abordai au rivage. Gourant sur les limons verdis, tout hérissés des pyramides de l'insecte des sables , je me dérobe à la fureur du Génie des eaux. A quelque distance s'ofTroit une grotte dont l'entrée étoit fermée par des framboisiers ; j'écarte les broussailles et pénètre sous la voûte du rocher, où je fus agréablement surpris d'entendre couler une fontaine. Je puisai de l'eau dans le creux de ma main , et faisant une libation : « Qui que tu tois , « m'écriai-je, Manitou de cette grotte, ne repousse pas un supà pliant que le Grand-Esprit a jeté sur tes rivages; que cette ma- •< lédiction du Ciel ne t'irrite pas contre un infortuné! Si jamai3 « je revois la terre des sassafras, je te sacrifierai deux jeunes m corbeaux dont les ailes seront plus noires que celles de la nuit. »
« Après cette prière , je me couchai sur des branches de pin : épuisé de fatigue , je m'endormis aux soupirs du Sommeil qui baignoit ses membres délicats dans l'eau de la fontaine.
« A l'heure où le fils des cités , couvert d'un riche manteau , se livre aux joies d'un festin servi par la main de l'abondance, je me réveillai dans ma grotte solitaire. En proie aux attaques de la faim , je me lève : comme un élan , échappé à la flèche du chasseur, croit bientôt retourner à ses forêts ; près de rentrer sous leur ombrage, il rencontre une autre troupe de guerriers qui l'écartent avec des cris et le poursuivent de nouveau sur les montagnes : ainsi j'étois éloigné de ma patrie par les traits de la fortune.
u Al'instant où je sortois de la grotte, un ours blanc se présente pour y entrer ; je recule quelques pas et tire mon poignard. Le monstre, poussant un mugissement , me menace de ses serres énor-