‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 54 sur 149 · DANDIN · texte numérisé non relu

DANDIN

Bon ! cela Tait toujours passer une heure ou deux.

Racine suppose qu'on voyoit de son temps donner la question , et cela n'étoit pas : les juges, le grefOer, le bourreau et ses garçons assistoient seuls à la torture.

J'espère enGn qu'aucun véritable savant de nos jours ne s'offensera du récit d'une séance h rAcadémie, et d'une innocente critique de la science sous Louis XIV, critique qui trouve d'ailleurs son contre-poids au souper chez Ninon. Ils ne s'en offenseront pas davantage que les gensde robe ne|se blesseront de ma relation d'une audience au Palais. Nos avocats, nobles défenseurs des libertés publiques , ne parlent plus comme le Petit-Jean des Plaideurs; et dans notre siècle où la science a fait de si grands pas et créé tant de prodiges, la pédanterie est un ridicule complètement ignoré de nos illustres savants.

On trouve aussi dans le premier volume des Nalchez un livre d'un Ciel chrétien, différent du Ciel des Martyrs : en le lisant, j'ai cru éprouver un sentiment de TinGni qui m'a déterminé à conserver ce livre. Les idées d« Platon y sont confondues avec les idées chrétiennes , et ce mélange ne m'a paru présenter rien de profane ou de bizarre.

Si l'on s'occupoit encore de style , les jeunes écrivains pourroient apprendre , en comparant le premier volume des Natchez au second , par quels artifices on peut changer une composition littéraire, et la faire passer d'un genre à un autre. Mais nous sommes dans le siècle des faits, et ces études de mots paroîtroient sans doute oiseuses. Reste à savoir si le style n'est pas cependant un peu nécessaire pour faire fivre les faits : Voltaire n'a pas mal servi la renommée de Nesvton. L'histoire , qui punit et qui récompense , pcrdroit sa puissance, si elle ne savoit peindre,: sans Tite-Live, qui se souviendroit du vieux Brutus? sans Tacite, qui penseroit à Tibère? César a plaidé lui-même la cause de son immortalité dans ses Commentaires , et il l'a gagnée. Achille n'existe que par Homère. Otez de ce monde l'art d'écrire, il est probable que vous en ôtcrez la gloire. Cette gloire est peut-être une assez belle inutilité pour qu'il soit bon de la conserver, du moins encore quelque temps.

La description de 1* Amérique sauvage appelleroit naturellement le tableau de l'Amérique po/tc^e; mais ce tableau me paroltroit mal placé dans la préface d'un ouvrage d'imagination. C'est dans le volume où se trouveront les soovenirs de mes voyages en Amérique qu'après avoir peint les déserts je dirai ce qu'est devenu le Nouveau-Monde, et ce qu'il peut attendre de l'avenir. L'histoire ainsi fera suite à Thistoire , et les divers stgets ne seront pas confondus.

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