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Le peu que nous savons des vieilles religions de l’Irlande, nous est arrivé altéré , sans doute , par le plus impur mélange de fables rabiniques , d’interpolations alexandrines, et peut-être dénaturé encore parles explications chimériques des critiques modernes. Toutefois , en quelque défiance qu’on doive être, il est impossible de repousser l’étonnante analogie que présentent les noms des dieux de l'Irlande (Axire, Axcearas, Coisinaol, Cabur) avec les Cahires de Phénicie et de Sarnothrace (Axieros, Axiokersos, Casmilos, Cabeiros). Bnal se retrouve également comme Dieu suprême en Phénicie et en Irlande. L'analogie n’est pas moins frappante avec plusieurs des dieux égyptiens et étrusques. /Tsar, dieu en étrusque ( d’où Ccesar) , c’est en Irlandais le dieu qui allume le feu ’. Le feu allumé, c’est Moloch. L'axire irlandais, eau, terre, nuit, lune , s'appelle en même temps Ilh (prononcer Iz comme Isis), Ami Matliar, Ops et Sibhol (comme Magna Mater, Ops et Cyhèle). Jusqu'ici c'est la nature potentielle, la nature non fécondée : après une suite de transformations, elle devient, comme en Égypte, Neilh-Nath, dieu-déesse de la guerre, de la sagesse et de l'intelligence , etc.
M. Adolphe Piolet établit pour base de la religion primitive de l'Irlande le culte des Cahires, puissances primitives, commencement d'une série ou progression ascendante qui s'élève jusqu’au Dieu suprême, Beal. C’est donc l'opposé direct d'un système d'émanation.
« D'une dualité primitive, constituant la force fondamentale de l’univers, s'élève une double progression de puissances cosmiques , qui , après s'être croisées par une transition mutuelle , viennent toutes se réunir dans une unité suprême comme en leur principe essentiel. Tel est, en peu de mots, le caractère distinctif de la doctrine mythologique des anciens Irlandais, tel est le résumé de tout notre travail. » Celle conclusion est presque identique à celle qu'a obtenue Schelling à la suite de ses recherches sur les Cahires de Samolhrace. « La doctrine des Cahires , dit-il , était un système qui s'élevait des divinités inférieures , représentant les puissan* ces de la nature, jusqu'à un Dieu supra-mondain qui les dominait toutes; «> et dans un autre endroit : « La doctrine des Cahires , dans son sens le plus profond ,
* Suivant Rullet , Lar, en celtique, signifie feu. En vieil
irlandais il signifie le sol d'une maison , la terre, ou bien une famille (?). — Lrrt , tout-pmssant. — Jouit . iamui. en basque
était l'exposition delà marche ascendante, par laquelle la vie sc développe dans une progression successive , l'exposition de In magie universelle, de la Ihéurgie permanente qui manifeste sans cesse ce qui , de sa nature , est supérieur au monde réel , cl fait apparaître ce qui est invisible.
» Celte presque identité est d'autant plus frappante I que les résultats ont été obtenus par deux voies diverses. Partout je me suis appuyé sur la langue et les traditions irlandaises, et je n’ai rapporté les étymologies et les faits présentés par Schelling , que comme des ana- ! logies curieuses , non pas comme des preuves. Les noms j d’AxiRE , d'AxcEARAs , de Coisraol et de Cabur, se sont ! expliqués par l'irlandais , comme l'ont été par l'hébreu ; les noms d'AxiERos, d'AxiOKinsos , de Casrilos et de Kabeiros. Oui ne reconnaîtrait là une connexion évidente ?
! » D'ailleurs , Slrabon parle expressément de l’analo-
| gie du culte de Samolhrace avec celui de l'Irlande. Il : dit, d'après Artéinidore qui écrivait cent ans avant notre I ère : ou «Iç npot tS5 B/s*77atvixi5» **#’ ô/iota
j to7( cv XatjuOprxr, ntpi tr,i bt.fiwiûpoi-* xal r'r.v X.ipi)v Itpo-
■xolttlsu. ( Éd. Casauhon, IV. p. 157.) On cite encore un passage de Denys le Périêgète , mais plus vague et peu concluant ( v. 3G3 ).
• Celui en qui ce système trouve son unité, c'est Samba* le mourait esprit (Satan), l’image du soleil
, (littéralement Sam-han),le juge des âmes, qui les punit en les renvoyant sur la terre, ou en les envoyant en enfer. Il est le tnailre de la mort ( Bal-Sab). C'était la : veille du 1er novembre qu’il jugeait les âmes de ceux qui étaient morts dans l'année : ce jour s'appelle encore aujourd'hui la nuit de Sainhan (Beauforl et VaRancev,
; Collectanea de rébus hihcrnicis , t. IV, p. 83 J. — C’est le Cadmilos ou Kasmilos de Samolhrace, ou le Camillus des Étrusques, le scfTi7eur(coismaol,cadmaol, signifie en irlandais serviteur). Sainhan est donc le centre d’association des Cahires (sam . suin , cura , indiquent l'union en une foule de langues). On lit dans un ancien Glossaire irlandais : « Samhandraoic. , eadhon Cabur, la magie de Samhan, c’est-à-dire Cabur , » et il ajoute pour explication : * Association mutuelle. » Cabur, asso- I cié ; comme en hébreu , Chaberim ; les Consentes étrusj que* (de même encore Kibir , Kbir signifie diable dans le dialecte maltais, débris de la langue punique. Creuzer,
: Symbolique, 11, 28(1-8). Le système cahirique irlandais ! trouvait encore un symbole dans l'harmonie des révo- J lutions céleste*. Les astres étaient appelés Cabara.
| Selon Bullet , les Basques appelaient les sept planètes Capirioa (?) Le nom des constellations signifiait en même temps intelligence et musique, mélodie, llitnmin , rinmin , avaient le sens du soleil, lune, étoiles ; rirn/iam veut dire compter; rimh, nombre (en grec , pufifioi , en français, rime , etc. ).
• Il semble que la hiérarchie des druides eux-mêmes composait une véritable association cahirique , image
i de leur système religieux.
! Dieu f Janut, Diana). En irlandais , An u, Ann. (d'où Joua?) j mère des Dieux , etc., etc.
HISTOIRE DK FRANCE.
* l.e chef de* druides était appelé Coibhi Ce nom . qui s’est conservé dans quelques expressions proverbiales des Gaels de l'Ecosse, se lie encore à celui de Cabire. Chez les Gallois, les druides étaienL nommés Co • icydd, associés1 * 3. Celui qui recevait l'initiation prenait le titre de Caw, associé , cabire , et Hardd cote signifiait un barde gradué { Davies, myth., 105. Owen, Welsli dict.). Parmi les Iles de Scilly, celle de Trcscaw portail autrefois le nom d'innis Caw , ile de l'association ; et on y trouve des restes de monuments druidiques (Davies). A Samolliracc, l'initié était aussi reçu comme Cabire dans l'association des dieux supérieurs , et il devenait lui-même un anneau de lacbainc magique (Schelling , Samollir. Gottesd., p. 40).
» La dause mystique des druides avait certainement quelque rapport à la doctrine calorique , et au système des nombres. Un passade curieux d'un potte gallois. Cynddelw, cité par Davies, p. IG. d'après l'Archéologie de Galles , nous montre druides et bardes se mouvant rapidement en cercle et en nombres impairs, comme les astres dans leur course, eu célébrant le conducteur. Cette expression de nombres impairs nous montre que les danses druidiques étaient , comme le temple circulaire, un symbole de la doctrine fondamentale, et que le même système de nombres y était observé. En effet , le poète gallois, dans un autre endroit, donne au monument druidique le uom de Sanctuaire du nombre impair.
* Peut-être chaque divinité de la chaîne calorique avait-elle, parmi les druides, son prêtre et son représentant. Nous avons vu déjà, chez les Irlandais, le prêtre adopter le nom du dieu qu’il servait; et, chez les Gallois, le chef des druides semble avoir été considéré comme le représentant du Dieu suprême (Jamieson, llist. of the Culdees, p. 39). La hiérarchie druidique aurait été ainsi une image inicrocosiniquede la hiérarchie de l’univers , comme dans les mystères de Saniothrace et d'Éleusis...
* Nous savons que les Cahurs étaient adorés dans les caverne* et l'obscurité . tandis que les feux en l’honneur de lieal étaient allumés sur le sommet des montagnes. Cet usage s'explique parla doctrine abstraite.
" Le monde calorique . en effet, dans son isolement du grand principe de lumière, n’est plus que la force ténébreuse, que l'obscure matière de toute réalité. II constitue comme la base ou la racine de l'univers, par op|»oiiilion à la suprême intelligence , qui en est comme le sommet. G'étail sans doute par suite d’une manière de voir analogue, que les cérémonies du culte des Cahircs , à Samothrace , n’étaient célébrées que pendant la nuit. •
On peut ajouter à ces inductions de M. Pictet que, suivant une tradition des montagnards d'Écosse, les
1 Bel. Hist. F.ccl., II , c. 13 : Cui primo* ponlifuiim ipsiu» Coifi contiouo respondit ( premier préire d'Edwiu, roi de
Northumbrie, converti par Paulinu* au commencement du •epticme siècle. Marphcrson., Dissert, on the cclt. antiq). —
CoMu-draoi , druide coibhi, est une expression usitée en Ecosse, pour désigner une personne de grand mérite (/ oyr; Mac lutosh's gaelic proverbs, p. 31. - HadJIcton, notes on
druides travaillaient la nuit et se reposaient le jour ( Logan . Il , 351).
Le culte de Beal . au contraire , se célébrait par des > feux allumés sur les montagnes. Ce culte a laissé des traces profondes dans les traditions populaires (Tolland , XI* lettre, p. 101). Les druides allumaient des feux sur les cairn , la veille du l*r mai , en l'honneur de lirai, f huila n ( le soleil). Ce jour garde encore aujourd'hui en Irlande le nom de la Healteinc . c'est à dire le jour du feu de Beal. Près de Londonderry un cairn placé en face d'un autre cairn, s'appelle Ucatteine. — Logan, Il , 32G. Ce ne fut qu’en 1220 que l'archevêque de Dublin éteignit le feu perpétuel qui était entretenu dans une petite chapelle près de l’église de Kildare , mais il fut rallumé bientôt et continua de brûler Jusqu'à la suppression des monastères ( Archdall's mon. Hih. apud Anth. Ilib., 111, 240). Ce feu était entretenu par des vierge*, souvent de qualité, appelées filles du feu (inghean an dagha), ou gardienne* du feu (breo- I rliuidh) , re qui les a fait confondre avec les nonnes de I sainte Brigitte.
Un rédacteur du Gentleman ’s magasine, 1795, dit :
I Que sc trouvant en Irlande la veille de la Saint-Jean,
; on lui dit qu'il verrait à minuit allumer les feux en i l'honneur du soleil. Riches décrit ainsi les préparatifs ; de la fête : « Wliat walcbing, wlial vattling, what tint ! ling upon pannes and candlesticks. what strewing of ‘ hearhes , what clamors , and otlier ceremonies arc ! used. •
Spcnser dit qu'en allumant le feu, l’Irlandais fait toujours une prière. A Newcastle les cuisiniers allument le* feux de joie à la Saint-Jean. A Londres et ailleurs , les ramoneurs font des danses et des processions en babil* grotesque*. Le* montagnards d'Écosse passaient par le feu eu l'honneur de Beal , et croyaient un devoir religieux de marcher en portant du feu autour de leurs troupeaux et de leurs champ*. — Logan , Il , 5G4. Encore aujourd’hui le* montagnards écossais font passer l'enfant au-dessus du feu , quelquefois dans une sorte de poche, où ils ont mis du pain et du fromage. (On dit que dans les montagnes on baptisait quelquefois un enfant sur une large épée. De même en Irlande, la mère faisait baiser A son enfant nouveau-né la pointe d’une épée. Logan. 1, 122). — ld.. 1,213. Los Calédonien* brûlaient les criminels entre deux feux ; de IA le proverbe : » Il est entre les deux flammes de lilieil. • — Ibid., 140. L'usage de faire courir la croix de feu subsistait encore en 1745; elle parcourut dans un canton trente-six milles en trois heures. Le chef tuait une chèvre de sa propre épée, trempait dans le sang le* bouts d'une croix de bois demi brûlée, et la donnait, avec l'indication du lieu de ralliement, à un homme du clan qui courait la passer à un autre. Ce symbole menaçait du fer cl du feu ceux
Tullaml, p. 279). tin proverbe gaélique dit . La pierre ne presse pas la terre de plus près que l’assistance de Coddn (bienfaisance, attribut du chef des druides? ).
* Davies Mjlhol., p. 271, 277. Ammian Marcell., liv. XV : Druid« iugeniis cclsiores, ut authorita» Pythagonr decrcvit, sodaliliis aslricli ronsortiis, qmrslioinbus occullarum reruiu nltarumquc crcctî sont, etc.