‹ Œuvres de m. Victor Cousin. 4. ser. LittératureChapitre 21 sur 66 · M. POISSON · texte numérisé non relu

M. POISSON

008, et résolus toujours avee précision, souvent avec grandeur. Le caractère de son esprit était uqc sagacité puissante; il y avait en lui de la finesse et de la force. Quand son attention se portait sur un objets quel qu'il fût, elle s'y concentrait tout entière, et ne l'abandonnait qu'après en avoir pénétré les profondeurs et en avoir tiré des trésors de vues nouvelles et inattendues.

Mais d'autres vous entretiendront du grand géomètre ; il m'appartient plus particulièrement d'honorer dans M. Poisson le membre éminent du Conseil royal de l'instruction publique qui, non content d'agrandir la science par ses propres travaux, la servait encore parle mouvement régulier qu'il imprimait aux éludes mathématiques, et l'ardeur féconde qu'il savait inspirer pour ces belles études à tous ceux qui l'approchaient. Il avait fait deux parts de sa vie : la première était consacrée à ses travaux personnels; la seconde appartenait à quiconque avait besoin de ses lumières. Depuis qu'il était entré au conseil de l'Université, il s'était fait Commç une religion de présider chaque année le concours d'agrégation des sciences. Il suivait les jeunes professeurs dans toute leur carrière. Aux agrégés il montrait le doctorat ; aux docteurs, il montrait l'Institut. Qu'il soit permis à l'ancien directeur de l'école normale de renouveler ici le tribut de la reconnaissance de celte école pour les encouragements qu'il prodiguait à tous les élèves, dès qu'ils faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathématiques. 11 répétait sans cesse que les mathématiques ne repoussent personne, mais qu'elles exigent un culte assidu. Il était lui-mémo l'exemplaire vivant de celte maxime. Sans être étranger à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fond, il était voué aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c'était la véritable paë-»

sion de son âme ; et elle Ta suivi jusque dans les bras de la mort; ear M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d'un grand ouvrage qu'il corrigeait de sa main défaillante. Il n'a cessé de cultiver les mathématiques qu'en cessant de vivre. Il est tombé en quelque sorte au champ d'honneur, vétéran infatigable de la science.

Du moins, il faut reconnaître que la patrie avait décerné à M. Poisson toutes les récompenses qu'elle réserve à ceux qui l'honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d'abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l'école polytechnique, se^ camarades s'étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la science d'une telle espérance. Depuis, il avait été nommé successivement membre de l'Académie des sciences, du Bureau des longitudes, examinateur de l'école polytechnique, conseiller de l'Université, et pair de France comme avant lui l'avaient été Prony, Laplace, Monge et Lagrange ; et es m'est une sorte de consolation personnelle d'avoir pu le placer à la tête de la Faculté des sciences quand M. Thénard accepta d'autres fonctions.

Le Conseil royal de l'instruction publique a fait en lui la perte la plus grande qu'il pût faire encore depuis la mort de Cuvier; mais il nous reste l'enseignemenrdesa vie et la protection de sa renommée. Avoir possédé trente ans M. Poisson est pour l'Université un engagement sacré de ne jamais laisser dépérir ou s'affaiblir dans ses écoles l'étude des mathématiques, qui n'est pas une médiocre part du patrimoine de l'esprit humain et de la gloire de notre patrie.

Adieu, pour la dernière fois, adieu, notre excellent 01 illustre confrère 1 Nos regards se tourneront souvent sur la place que tu laisses vide parmi nous; et ton souvenir

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