IDES CINQ ACADÉMIES
Du lundi 3 mai 1841.
DISCOURS DOUVERTURE
du président.
Messieurs,
La séance annuelle des cinq académies de Tlnstitut est comme le symbole de l'unité do ce grand corps. Cette unité n'est pas le fruit de circonstances passagères, c'est la conquête sérieuse et durable de plusieurs siècles : elle s'est formée peu à peu, comme celle de la France, avec le progrès de la puissance publique et par l'instinct heureux du génie français. Dans la plupart des pays de l'Europe , les individus, les communes, les provinces semblent se complaire à vivre d'une vie qui leur soit propre ; en France, une généreuse sympathie, qui est l'esprit même de la société humaine, tend sans cesse à tout rapprocher et à faire de la nation entière un seul homme qui grandit toujours. Le même génie qui porta si haut la royauté sur les ruines des pouvoirs anarchiques qui divisaient et tourmentaient la France, eut aussi la pensée de donner aux lettres leur magistrature, et en quelque sorte un gouvernement qui put
influer heureusement sur les destinées de la langue et du goût. Fidèle héritier de tous les desseins de Richelieu, Louis XIY ajouta à rAcadémie Française les académies des inscriptions et belles-lettres, des sciences physiques et mathématiques. La révolution de 1789, qui acheva Tœuvre de ces deux grands hommes, en mettant la dernière main à la centralisation dans Tordre civil, devait la porter dans Tordre scientifique et littéraire; et d'académies sans aucun lien entre elles, elle a fait Tinstitut de France, c'est-à-dire la représentation de toutes les parties des connaissances humaines dans un conseil où toutes les sciences, tous les arts ont leurs interprètes, et dont Tunitë exprime celle de la patrie commune et celle aussi de Tesprit humain. Une habile organisation, successivement perfectionnée, a déterminé les attributions de chaque académie en maintenant et en fortifiant les liens qui les unissent. Non, elle n'est pas vaine> cette fraternité dont nous nous honorons, qui fait asseoir Gérard à côté de Cuvier, et donne une place égale dans le même sanctuaire à Timagination, au savoir, à la raison, à toutes les gloires de Tintelligence. On dit encore bien du mal des académies, mais on désire toujours en être ; on s'agite môme un peu pour cela : chaque place est vivement disputée. Quelle renommée avons-nous écartée? quels progrès avons-nous arrêtés ? quelle doctrihe un peu compatible avec la raison humaine avons-nous repoussée? La plus entière indépendance préside à vos choix ; vos libres élections ont prévenu toutes les autres et leur ont comme servi de modèle. La médiocrité même des avantages alttichés au titre de membre de Tinstitut en relève la dignité. Notre culte, a nous, ce n'est pas la fortune, c'est lagloire, c'est l'estime au moins, avec la passion du vrai et du beau. Chaque année Tinstitut tout entier se présente au public»