‹ Œuvres de m. Victor Cousin. 4. ser. LittératureChapitre 54 sur 66 · A M. LE CURE DE SALNT-JAGQUES DU HAUT-PAS · texte numérisé non relu

A M. LE CURE DE SALNT-JAGQUES DU HAUT-PAS

De Port-Royal, ce 8 avril 1675 '.

« Je m'adresse à vous pour vous prier de remercier M. l'archev<^que de ma part, de la bonté qu'il a eue de m'accorder la prière que je lui ai faite touchant la cure de Saint- Martin de Chaumont, et de vouloir bien chercher parmi les gradués celui que vous croirez le plus digne de la remplir, puisque la mort du curé qui la possédoit est tombée dans un mois qui nécessite d'en prendre un, et qui par conséquent restreint le nombre des sujets qu'on auroit pu trou-

' Cette lettre manque dans le manuscrit de Troyes.

ver pour la remplir. Je vous donnerai encore une autre commission, avec votre permission, qui exige pour que vous Texécutiez que je vous conte une aventure qui me vient d'arriver qui m'a autant mortifiée que je la pouvois être. Vous saurez donc que M. le marquis de Bréval ' et M. de Fortias me sont venus trouver pour me prier d'agréer la demande d'une chapelle qui est à ma nomination à cause de la terre du Fresne, que M . de Fortias fait en faveur de son neveu. Vous jugez sans doute quelle fut ma réponse, puis- . que vous savez mieux que personne les règles que je me suis prescrites de garder dès le momentque j'ai étéassez malheureuse pour être chargée de la nomination des bénéfices de la maison deLongueville, c'est-à-dire depuis le moment que la mort de M. de Longueville m'a chargée del'administion du bien de mes enfants. Je dis donc à ces deux messieurs qu'il ne me pouvoit rien arriver qui me donnât plus de déplaisir que d'être contrainte de leur refuser si peu de chose, qu'ils voyoient bien que ce ne pouvoit être qu'un mouvement de conscience qui s'y opposât, parce que naturellement on aime à obliger des gens comme eux ; mais que je m'étois prescrite dès que je fus veuve de m'instruire des règles de l'Église sur la nomination des bénéfices , puisque j'avois à en donner, et qu'elles m'avoient appris qu'il n'en faut point donner à ceux qui les demandent, et que les résignations en faveur ne peuvent point être reçues par les patrons laïques. Ensuite je demandai si celui pour qui on me demandoit cette chapelle avoit d'autres bénéfices, parce qu'une troisième règle m'obligeoit à ne donner point de bénéfice à ceux qui en avoient déjà. On me dit qu'il n'en avoit point. Je répondis qu'il en auroil, et en effet un bénéfice de cent écus n'est pas capable de fixer le

. * Villefore, t. a, p. ô6 et 67.

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fils de M. de Fortias» et ainsi il en aura d'autres, et je eon* tribuerois à loi en faire posséder deox si je loi donnois celui-là. Us ne se tinrent pas pour éoonduits, et moi, voyant cela, je les laissai aller, disant à M. de Bréval que je lui fiwois réponse positive dans qudques jours. J'avois û grande peine de les refuser que j'aœourcis la conversation le plus que je pus. Ainsi je ne leur dis pmnt qu'une aa* tie de mes règles étoit de donner les chapelles non-seulement au plus digne, comme les cures, à proportion, mais encore que je les destinois aux meilleures oeuvres qu'on pouvoit {aire dans les terres où elles sont situées, comme à ôter des curés qui ne sont pas utiles à leurs paroisses, à suppléer à la modicité des cures des bons pasteurs quand la leur ne les pouvoit pas fairo subsister, à leur donner des moyens d'avoir des vicaires ou des maîtres d'école, c'est-àdire à les donner à des ecclésiastiques qui peuvent frire cette fonction, enfin à les faire servir au bien des paroisses ou elles sont situées. Or, vous voyez bien que cela ne fermt aucun de tous ces biens de la donner i M. Forlias, jmnt que l'abbé de ce nom qui la possède encore l'a tdlemodt négligée qu'elle tombe en ruine. Enfin, on ne peut se faire des amis aux dépens de la conscience. J'estime tout à fait M. et M"*"" de Bréval; mais comme une partie de mon estime tombe sur leur piété, j'espère que cette même piété fera qu'ils me pardonneront de oe que je ne fais pas en cette occasion ce qu'ils désirent de moi. Je me fais en cela une extrême violence, et même j'ai senti augmenter mon déplaisir par la considération de M. l'archevêque. Je crois pourtant qu'il ne peut pas désapprouver ma conduite, puisqu'elle est fondée sur des règles qu'il sait et qu'il res- * pecte par conséquent ^ Vous savez mieux que personne

' ViUefore a donné depuis : (M ne peiiC iW <« Alâr« d«f Miif , etc..

que Dieu m'a fait la grâce de me les faire suivre depuis que je suis en occasion de le faire> et vous avez eu plus de part que personne à me les apprendre et à me les feire re^ garder oomme des principes sur lesquels je devois régler ma conduite. Ainsi je m'adresse à vous pour faire goûter à ces messieurs le refus trôs^forcé que je suis obligée de leur faire, ce que je ferois aux personnes que j'aime le plus s'41s m'en mettoient dans la nécessité, parce qu'enfin il vaut mieux obéir à Dieu que de plaire aux hommes*

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