II. Faculté de médeci/ne à Rennes
L'intention du gouvernement est de créer sur quelques points de la France un certain nombre de grands centres d'instruction supérieure, qui puissent devenir des foyers de lumières pour les provinces où ils seront placés. Des facultés isolées peuvent avoir leur avantage ; mais la plus grande force de ces établissements se tire de leur réunion. Une faculté de droit ne peut guère se passer du voisinage d'une faculté des lettres, et une faculté des sciences est à la fois le fondement et le couronnement d'une faculté de médecine. C'est ainsi que toutes les connaissances humaines se lient et se soutiennent l'une l'autre, et communiquent à ceux qui les cultivent une instruction solide et étendue, de véritables lumières.
Il n'est pas non plus sans quelque intérêt social et politique de retenir dans nos provinces une foule de jeunes
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gens dont les talents, mûris dans les grandes écoles de leur pays y peuvent tourner à son profit, et concourir à former ou à fortifier cette vie provinciale, jadis si animée, aujourd'hui si languissante, et dont le retour serait un bienfait sans aucun danger dans la puissante unité de la France.
Tels sont les avantages de la réunion des quatre facultés sur un môme point.
Cette réunion en offre d'autres encore qui ne sont pas à dédaigner. Une seule et môme bibliothèque peut suffire aux quatre facultés; un seul et môme cabinet de physique, de chimie, d'histoire naturelle, suffit aux deux facultés de médecine et des sciences. Enfin, plus d'une chaire peut être commune à ces deux facultés.
Par tous ces motifs, sur lesquels il serait inutile d'insister, le gouvernement se propose d'établir successivement quelques grands centres d'instruction supérieure. Il en existe déjà plusieurs ; il s'agit de les multiplier avec une sage lenteur, après avoir bien étudié les points où de pareils établissements peuvent le mieux fleurir.
Il nous a paru convenable de commencer par la Bretagne, qui comprend cinq grands départements, liés ensemble par un esprit commun, et dont là capitale, Rennes, est une ancienne ville parlementaire, où l'étude est en honneur, et où sont déjà un assez grand nombre de beaux établissements d'instruction publique. Le gouvernement de juillet a beaucoup fait pour la Bretagne. Il y a tracé de grandes routes stratégiques ; cette année môme, une allocation de 1,300,000 fr. vous est demandée pour divers travaux relatifs à la canalisation> de la Vilaine et à l'amélioration des quais de Rennes. Un collège communal a été fondé à Brest, et porte le nom d'un prince de la famille royale.Une grande école normale primaire, placée à Rennes,
fournit d'excellents instituteurs aux communes des cinq départements. L'école de droit de Rennes est depuis long* temps en possession d'une juste renommée : un de mes prédécesseurs a créé à côté d'elle une faculté des lettres. Je viens vous proposer de convertir l'école secondaire de médecine en une faculté, et de soutenir cette faculté par la création d'une faculté des sciences. Ainsi, la Bretagne possédera à Rennes une sorte d'université bretonne; quatre grandes facultés y pourront former des sujets pour toutes les carrières et les professions libérales. Ce bienfait sera reçu avec reconnaissance par la Bretagne entière ; il y est attendu, il y est demandé depuis longtemps.
Dès 1824^ la ville de Rennes avait acquis l'espoir fondé d'obtenir une faculté de médecine; diverses délibé^ rations du conseil municipal avaient fixé le choix d'un emplacement convenable pour la nouvelle faculté, et alloué les sommes néce^ires pour l'appropriation du local.
Sur les trois facultés de médecine actuellement existantes, l'une est située à Paris, l'autre dans le midi, la troisième dans le nord-est de la France. Depuis longtemps on a senti la nécessité d'établir une quatrième faculté à Rennes, pour tous les départements de l'ouest. La population de la ville se prête à cet établissement. Rennes compte même tin peu plus d'habitants que Montpellier, dont la faculté de médecine jouit d'une vieille et légitime renommée. Rennes possédait anciennement un collège royal de chirurgie et un collège royal de médecine qui avaient été largement dotés par les états de Bretagne. En 1793 la do^ tation disparut; mais l'enseignement médical subsista avec éclat. Plusieurs des jeunes médecins formés à Rennes à cette époque furent couronnés dans les premiers concours que l'école de Paris venait de fonder : parmi ces anciens
élèves de Técole de Rennes, il suffit de citer Lâennec et Broussais.
L'école secondaire actuelle a compté, à diverses époques, près de cent élèves inscrits : ce nombre, il est vrai, a diminué depuis quelques années; mais il augmentera rapidement lorsque les élèves qui auront commencé leurs études médicales dans les écoles secondaires les plus rapprochées, et les jeunes aspirants au titre de chirurgien de marine, pourront venir de Nantes, d'Angers, des ports de Brest et de Lorient, prendre leurs grades dans la ville de Rennes, sans avoir à entreprendre le voyage lointain et coûteux de Paris. Par là diminuera le nombre des officiers de santé et s'accroîtra celui des docteurs , au grand prçfit de la population de nos départements de l'ouest, de celle des campagnes comme de celle des villes.
Rennes offre d'ailleurs des ressources certaines pour l'instruction des élèves. Elle a* quatre hôpitaux renfermant plus de mille lits. Des services spéciaux sont organisés pour les diverses maladies. Déjà les élèves en médecine assistent à tous les accouchements qui sont pratiqués en grand nombre dans l'hospice de la Maternité. Il y a de plus un hôpital militaire qui contient près de cinq cents lits; et l'une des trois prisons de la villç renferme à elle seule près de cinq cents détenus. Le service des cliniques et des amphithéâtres est donc assuré. La ville possède un jardin botanique fort riche en espèces, un cabinet d'histoire naturelle, et une bibliothèque nombreuse renfermant une collection considérable de bons livres de médecine. Enfin, plusieurs des professeurs actuels de l'école secondaire pourraient être appelés à faire partie de la nouvelle faculté.
Cette faculté serait organisée d'une manière solide ; mais on n'y constituerait d'abord que l'enseignement indispensable. L'es élèves trouveraient dans la faculté des sciences
les connaissances accessoires qui sont le commencement des études médicales : les leçons de physique, chimie, botanique, zoologie et minéralogie seraient spécialement dirigées vers ce but. De cette manière, il suffirait d'établir dans la faculté de médecine dix chaires ayant pour objet :
P Anatomie ;
2* Physiologie;
3" Pathologie interne ;
4® Pathologie externe ;
5<^ Accouchements et clinique des accouchements ;
6" Clinique interne ;
7" Clinique externe ;
8*^ Matière médicale et thérapeutique ;
9** Matière pharmaceutique et toxicologie;
10** Hygiène et médecine légale.
Quelques-unes de ces chaires pourraient provisoirement n'être confiées qu'à des adjoints. A la faculté de Strasbourg, il y a douze professeurs ; et la dépense annuelle de cette faculté est de 105,000 fr. Nous ne vous demandons pour celle de Rennes qu'un crédit de 58,200 fr., qui se répartirait ainsi qu'il suit;
1® Personnel.
Sept professeurs titulaires à 4,000 fr. chacun. 28,000 Trois professeurs adjoints à 2,000. . . 6,000 Préciput du doyen. . . . . . 1,000
Traitements éventuels des dix professeurs,
évalués d'après un effectif de 100 à 125 élèves. 6,500 (Cette dépense est compensée par une recette
égale provenant des droits perçus par le trésor.) Fonctionnaires et employés divers, savoir :
Un secrétaire agent comptable, à. . . 2,500
Un chef des travaux anatomiques. . 1,500
Un proseoteur. . . . . . . 1,000
Trois aides de clinique, choisis parmi les internes des hôpitaux. . ; . ... . 1,200
Un aide préparateur 600
Un garçon de salle pour les cours. . . 600
Un appariteur, concierge 1,000
T Matériel.
Chauffage et éclairage.
Frais des différents cours.
Collections.
Prix. ....
Frais de bureaux.
Entretien et dépenses diverses
Somme égale
3<* Faculté des sciences.
Le crédit nécessaire pour la nouvelle faculté des sciences que nous vous proposons également d'établir à Rennes, et qui comprendrait les chaires de mathématiques, physique, chimie, zoologie et botanique, géologie et minéralogie, est beaucoup moins considérable encore, et ne s'élève qu'à 25,000 fr., savoir :
Quatre professeurs titulaires, à 4,000 francs chacun 16,000
Un professeur adjoint, à 2,000
Préciput du doyen. . » . , . 1,000 Droits d'examen à répartir entre les profes-
seurs 600
Un préparateur de physique et de chimie. 1,200
Un préparateur d'histoire naturelle. . . 1,200
Frais matériels 3,000
Somme égale. ... 25,000
Depuis 1830, il a déjà été créé deux nouvelles facultés des sciences, Tune à Lyon, l'autre à Bordeaux. Le progrès continu des études scientifiques, la haute mission que les facultés des sciences ont ainsi à remplk, les secours qu'elles assurent au développement de l'industrie, appellent sur ces utiles établisseitients toute l'attention du gouvernement et des chambres. Le conseil municipal de Rennes, appréciant le bienfait d'une semblable institution, s'est empressé d'allouer les fonds nécessaires pour l'appropriation d'un local provisoire destiné à la faculté des sciences et pour l'acquisition de tout le. matériel scientifique nécessaire à l'enseignement. Une somme de 52,000 f. a été votée à cet effet, conformément aux devis arrêtés en conseil royal de l'instruction publique. La ville se chargera également de l'amélioration du local de l'école secondaire qui provisoirement recevra la nouvelle faculté de médecine. Cette faculté, comme celle des sciences, ne sera organisée que lorsque tous les travaux d'appropriation provisoire seront terminés.
Enfin, et je le dis ici pour honorer la ville de Rennes, sur la demande du ministre de l'instruction publique, et grâce à des influences auxquelles je me plais à rendre hommage, le conseil municipal, par une dernière délibération du 13 avril 1840, vient de voter un emprunt de 300,000 fr, pour l'établissement définitif des quatre facultés dans un bâtiment convenable qui sera construit sur un terrain appartenant à la ville.
Vous le voyez, Messieurs, la ville de Rennes ne recule devant aucun sacrifice pour obtenir le bienfait d'une instruction supérieure complète : ses généreux efforts méritent d'être encouragés, et les chambres voudront sans doute se montrer empressées à sanctionner Futile projet de faire de Rennes un grand centre de hautes études universitaires pour la Rretagne.
£n terminant, je prie la chambre de remarquer que le gouvernement n'a voulu faire aucune des créations nouvelles qui sont l'objet de ce projet de loi, avant d'avoir obtenu les crédits nécessaires- pour les réaliser. Il a voulu que les chambres conservassent toute leur liberté d'examen : il se confie à leur générosité et à leur munificence accoutumées pour tout ce qui se rapporte à la grandeur et au développement de l'enseignement national.
Le crédit total ici demandé est de 88,200 fr. C'est une bien faible dépense pour de si grands intérêts, Messieurs ; et encore cette dépense est-elle compensée par l'abandon d'une somme presque égale sur quelques-unes des augmentations portées au projet de budget dont la loi actuelle est le complément.
Projet de loi.