CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Séance do 18 juin.
M. COUÇIN, ministre de Vvmtructi4m publiqm. « Messieurs, le projet sur lequel vous allez délibérer se compose de trois articles, dont deux ont été adoptés à l'unanimité par votre commission, et nous osons espérer qu'ils ne rencontreront pas de difficultés dans le sein de la chambre. Le troisième article, portant création d'une faculté de m('*decine dans la ville de Rennes, quoique adopté par h commission, a soulevé des objections graves : il appelle, il exige une discussion approfondie. Mais à cette époque avancée de la session, nous ne nous flattons pas de pouvoir obtenir de la chambre des députés, et surtout de la chambre des pairs, chargée de tant de travaux importants, le temps nécessaire pour une pareille discussion. Cependant nous ne voulons pas l'éluder; et précisément parce que l'article en question a ét»î adopté par la commission, le
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gouvernement pense qa'il est de sa loyauté d'ajourner la discussion à Tannée prochaine. »
L'établissement d'une faculté de sciences dans la ville de Rennes est adopté.
M. Auguis conteste l'utilité d'une chaire de langue slave au collège de France. Le ministre répond ainsi :
a Sans fatiguer la chambre d'une érudition qui serait ici superflue et déplacée y je crois devoir répondre quelques mots aux objections que vient de présenter M. Auguis.
Il a prétendu que la langue slave ne comprend que des dialectes barbares , où ne se trouvent guère que des traductions d'ouvrages latins, et point de grands monuments originaux. J'en demande bien pardon à M. Auguis, mais toutes ses assertions sont autant d'erreurs. S'il veut bien jeter les yeux sur un ouvrage publié récemment par un de nos compatriotes sur la langue et la littérature des Slaves, il verra que le slave est une langue mère, divisée en quatre grands dialectes principaux, le russe, le polonais, le bohème et le serbe, dont chacun a le caractère et la dignité d'une langue littéraire, riche en monuments écrits de toute espèce, appartenant à des âges divers de la civilisation , et composant dans leur ensemble une littérature immense et variée, depuis la chronique jusqu'à la grande histoire, depuis les chants populaires les plus naïfs jusqu'aux développements les plus raffinés de l'art. L'exposé des motifs contient à cet égard des renseignements qu'il est inutile de rappeler et impossible de contester.
Parce que les diverses langues slaves sont encore parlées aujourd'hui , M. Auguis en conclut qu'il ne faut pas les enseigner au collège de France. Mais au collège de France on enseigne plus d'une langue vivante, par exemple , le turc et le chinois. Pourquoi donc , à côté de ces
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deux langues y n'enseignerait-on pas aussi celle de leur formidable voisin, de oe peuple dont l'avenir est inconnu, mais qui a déjà une main sur Constantinople, et de l'autre touche à la muraille de la Chine? -
L'enseignement nouveau que nous vous proposons de créer aura donc sa place légitime parmi les autres enseignements du collège de France. Il produira d'heureux, peut-être même de grands résultats. Il nous mettra en communication intellectuelle avec une race qui compte soixante millions d'habitants, entre la mer Adriatique et la mer Glaciale » entre les monts Garpathes et les monts Ourals.
Il est digne de la France de tout connaître pour tout apprécier : elle est assez riche pour ne redouter aucune comparaison. Il faut qu'elle fasse comparaître devant elle toutes les grandes littératures , pour les juger avec sa raison, pour les répandre, à l'aide de sa langue universelle, sur la surface de l'Europe et du monde, afin de continuer le noble rAle qui lui appartient de propagatrice des lumières et de la civilisation.
Oui, Messieurs, l'enseignement que nous vous propo-' sons d'établir est , il est vrai , une innovation ; mais c'est une innovation utile et féconde. »
La] chambre adopte.