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AU MÊME
De Port-Royal, ce 93 juin.
a .le no puis mo résoudre à communier d<^main parce que
' ViUcfore, p. 79, donne le commencement de cette Jettre jusqu'à ces mois : dont je ne suis pas mattresse.
« le ferois avec trouble, et que je crois qu'il vaut mieux remettre une action de cette nature que de la faire avec inquiétude. Le plus grand repos que puisse avoir mon sqirit n'est pas suffisant pour me faire communier sans pane ; ainsi je suis persuadée que je ne le dois pas faire lorsque j'en ai dont je ne suis pas maîtresse. Je crois donc ivoir reçu l'absolution avec une conscience douteuse, parce {u'il me vint dans ce temps-là que je devois dire la circonstance que j'avois omise, et le ridicule de cette accusation me retint de le faire. Il est vrai qu'il me vint bien aussi dans l'esprit que, comme on n'est pas obligé d'aceuser les péchés véniels, on ne l'étoit pas par conséquent d'en déclarer les circonstances, outre que je n'avois pas même dans l'esprit que ce fût un péché véniel considérable; cependant je crains de n'avoir pas absolument déterminé mon esprit à suivre cette dernière pensée, et celle qui me poussoit à dire ce que je ne dis pas étoit si mêlée avec l'autre, et le sentiment de la honte de dire une sottise comme celle-là m'étoit si présent et si sensible, que je crains avec raison, ce me semble, d'avoir agi par là plutôt que par la bonne raison que j'aurois eue, si j'avois eu plus de temps pour me résoudre ; mais celui de l'absolution est i court, et je fus si troublée, que je ne pus me déterminer. Cependant j'en suis aujourd'hui fort troublée, non pas de la chose en soi, que je crois très-petite, mais de la mauvaise disposition qui fait que je suis capable de recevoir l'absolution dans une conscience douteuse; ce que je crains qui n'ait rendu mti confession mauvaise, ne voyant point le degré où je puis porter une si terrible chose ; car, dans un doute, quelque mal fondé qu'il puisse être, une personne qui auroit la conscience droite prendroit le parti dédire ce qui la peineroit plutôt que de se commettre à abuser du sacrement: et il faut que l'orgueil soit bien grand qui fait
294 FRAGMEKTS LITTÉRAIRES.
prendre le parti contraire, et qu'une conscience smt peu droite devant Dieu qui se commet à faire une mauvaise confession dans une si petite occasion. Ainsi, ne pouvant me décider moi-in^^me, je ne communierai pas ({oe je n'aie eu de vos nouvelles. Celte faute-là méritera peutiMre bien que vous m'ôtiez les communions que vous m'aviez ordonnées ; mais si cela n'étoit [>as, il y a dimanche prochain une fét*.' considérable céans, qui est la Dédicaee, dans laquelle je pourrois réparer ce que je perdrai demain; mais j'avoue que je souhaite de ne le pas faire, me voyant si dépourvue de l'amour de Dieu, qui me mettroit, si je l'avois, dans des dispositions si opposées à celle qui m'a fait commettre cette faute. Mandez-moi, s'il vous plaît, comme je la dois exprimer dans ma première confession, si ce n'est pas à vous que je la fasse, et priez Dieu qu'il change mon cœur. »
AU HÊBIE.
De Port-Royal, ce 57 avril.
a Je vous rends grâces de ce que vous avez fait ce que vous avez pu pour empêcher les plaintes de N. ; mais si les raisons que je lui ai dites et écrites avec le plus d'honnêteté que j'ai pu, ne l'ont pas convaincu, je pense qu'il ne le peut être de rien. Il faut donc s'en tenir en repos et ne se pas soucier de perdre des amis qui veulent que l'on soit les leurs aux dépens de sa conscience. Je doute que vous sachiez le particulier de cette aventure, qui assurément me fut très-pénible. J'espère vous la conter bientôt, car je serai, s'il plaît à Dieu, lundi à Paris. Les personnes
UETTRE8 nrÉD. DE LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 295
dont TOUS parle N. me font grande pitié, surtout celle qui aeonnu Dieu, car il faut une grande extinction de lumière pour pouvoir pousser l'autre à se jeter dans le précipice d'où elle est sortie extérieurement; je dis extérieurement, ear si elle-même croit pouvoir retourner à la ccmr, je ne Ten crois pas sortie devant Dieu. Il est le maître de n^s eœurs-là aussi bien que de tontes choses; ainsi il faut s'adresser à lui pour le supplier d'en rompre la dureK* p;ir sa grâce. Je me recommande à vos prières et vous demande voire bénédiction. »
AU MÊME
De Port-Royal, œ S8 mars.
a Je vous enverrai mes chevaux pour venir ici samerli, et 'VOUS amènerez une jwîrsonne qui y vient iK)ur songer à sa eonscience. Vous serez bien aise de l'entretenir de Ininnes choses parles chemins; mais je vous avise de faire tomber le discours sur la nr^ssité des confessions générales, quand on veut sérieus(im(înt rentrer en soi-même pour rectilier eelles qu'on a pu faire, qui la plus grande partie ne valent rien, quand on a vécu dans le monde sans changer de vie. C'est que la petite femme en a besoin, mais il faut faire eela sans qu'il paroisse que vous êtes averti. Faites-lui donc peur das confessions ni des communions sacrilèges, et surtout n'oubliez pas de prier pour moi. »
AU MÊME
«Je pensai ne pas communier la nuit de Noë^mais «nfisL
je le fisy et je pensai que je vous avois pour garant, et qu*3 vous appartenoit de répondre de moi à Dieu. J'avois 1 esprit si dissipé et le corps même si abattu que je n'eus rien à offrir à Dieu, si ce n'est la contradiction de l'un et Tincommodité de l'autre, et qu'il me paroissoit bien juste que ce qui avoit tant servi à l'iniquité servit à la justice, au moins quant à l'extérieur ; car pour l'intérieur, c'est à Dieu à en juger, et j'ai bien peur que son jugement ne me soit pas favorable. »
« Je n'ay point fait dessein sur les fêtes qui approchent, et j'ay cru que je vous devois laisser le soin et le discernement de ce que j'aurois à faire. Puisque vous voulez que j'approche des sacrements, j'aime mieux que ce soit lundi qu'un autre jour. Voyez donc celui qui vous est le pliis commode à me donner pour que je vous entretienne. J'ay fait d'assez grandes fautes depuis Pâques, pour ne m'in^érer pas de moi-même à ce que vous me proposez. Vous on jugerez et je ferai ensuite ce que vous trouverez à propos. »
AU MÊME
« Je m'en vais à N. Je vous demande vos prières et votw bénédiction, afin de faire ce voyage plutôt par esprit de pê- I nitence que par la déférence humaine que j'ai pour k$
' Donnée par le manuscrit de Troyes. Manque dans le Recueil àf M. Périer et dans le manuscrit de M. Paris.
sentiments de mes amis. Je vous dirai demain, s'il plaît à Dieu, œmment tout se sera passe. »
AU MÊME
a Je ferai ce que vous m'ordonnez, et j'essayerai de prendre en esprit de pénitence cette séparation des offices divins, où je suis en effet si peu digne d'assister. Souvenez-vous de moi devant Notre Seigneur. Je ferai ce que vous jugerez à propos pour la sainte communion.»
AU MÊMB.
De Méru, ce 9 octobre.
« Il faut avouer que la perte de N *. m'a touchée au dernier point, et qu'outre une liaison de vingt-cinq ans que j'avois avec lui, je le regardois comme un des plus solides appuis de l'Kglise. H pou voit suppléer tout seul à mille autres, et je ne sais si les autres peuvent suppléer à ce que celui-là pouvoit faire. Les tentations vont apparemment augmenter, et les personnes qui peuvent nous soutenir nous sont ôtées. L'Eglise ne périra pas, elle est appuyée sur les promesses de Jésus-Christ, mais les particuliers ne les ont pas reçues. On ne sait si l'on est de ces plantes qui ne
* Villefore donne une partie de cette lettre. N. est l'archevêque de Sens, M. de Gondrin, qui prit tant de part, avec madame de Longueville, à la paix de Clément IX.
298 FRÀGMEIH'S LITTÉRAIRES.
peuvent être arrachées parce qu'elles ont été plantées deli main du Père céleste; ainsi on craint la tentation, puisque ce sera elle qui discernera les enfants de Dieu d'avec ceux qui n'en ont que l'apparence. Nous méritons peut-être d'avoir des pasteurs qui nous trompent; ainsi on ne peut trop pleurer ceux qui ne nous avoient pas trompés. Un de ce dernier nombre a été encore bien malade depuis que je suis ici. Nous avons eu une grande frayeur de le perdre; mais il est mieux, et Dieu n'a pas voulu nous donner cette seconde affliction. J'ai fait très-méchant usage de la première, et peu s'en est fallu que mes pieds n'aient chancelé. Je crois que vous savez que l'histoire de N. et de son mari fait bien du bruit dans le monde, et qu'on dit déjà que je la dois faire venir. à Trie. On ne doit pas manquer de charité à ces dames-là, mais assurément il faut aller fort bride en main avec elles ; car leur légèrelé fait qu'on ne leur sert de rien, et leur même légèreté nous peut beaucoup nuire quand nous nous mêlons de leurs affaires. Ne m'oublia pas devant Dieu. »
XXVTII K
De Trie, ce 3 septembre.
« J'essayerai de me calmer sur les choses dont vous me parlez dans votre dernière leltrt> ; mais je ne ré[)onds p> d'en venir à bout, parce que ces sortes de peines sont d'ordinaire plus fortes que moi quand elles viennent à se présenter. Il est bien juste que les pécheurs n'aient pas de wpos en ce monde, puisqu'ils ont mérité d'en être privés du-
* Villefore donne ce billet, p. 71.
LETTKES INÉD. DE LA DUCHESSE DE tOmUEVIIXE. 299
rant toute réternité. Plus ils peuvent espérer que Dieu ne veut pas leur en donner une malheureuse^ plus il est juste que leur temps au moins ne soit pas tranquille, et afin que Dieu oublie leurs crimes il est raisonnable qu'ils ne les oublient pas eui^-mémes. Rien n'est plus beau que la relation de la visite de M. de Rheims dans son diocèse. Je Tims demande vos prières et votre souvenir devant Dieu. »
AU MÊME
Trie, ce 58 octobre.
«Je .trouve la proposition de M. le Nain ' la meilleure; car je ne tiens pas N. en état de bien recevoir des lionnétetés directes de ma part, et quoique l'opinion que j'en ai les rendit plus utiles pour moi, je crois que ne l'étant pas pour elle ^, il vaut mieux aimer son bien que le mien, et assurer N. que je lui en ferai t^jujours directement toutes les fois que je croirai ne l'irriter pas davantage. Kn efîet, je suis, par la grâce de Dieu, dans cette disposition, et si sincèrement, qu'après vous avoir dit mon sentiment je me soumets pourtant à celui que M. le Nain et vous formerez, et vous donne plein pouvoir à l'un et à l'autre. »
' M. Le Nain, dont il a été plusieurs fois question dans ces lettres, était le chef du conseil de M»" de Lr^ngueville.
' 11 est vraisemblable qu'il est ici question de madame de Nemours. Voyez la leltre XXXI.
De Port-Royal, co 12 novembre '.
(( Vous avez raison de me dire que ma sœur Elisabeth ' me peut faire faire bien des réflexions; mais il est vrai que comme ma fervour diminue, ma santé la suit aussi ; car je deviens d'une si terrible délicatesse que je ne suis plus capable de rien. .Te pensai m'évanouir deux fois le lendemain de ma saignée. Enlln, si Dieu ne me donne un cœur qui répare la foiblesse de mon corps et la stérilité de mon esprit, je dois beaucoup craindre do n'avoir rien à lui offrir, et qu'il me trouve bien vuide lorsque je paroitrai devant lui. Souvenez-vous de moi devant Notro-Seigneur, et mandez-moi, je vous prie, le temps de mes communions. Il y en a déjà tant que vous connoisscz les replis de mon Ame de. près, que je suis bien ais(> de ne m'avancer |)asvers Dieu de cette manière sans votre participation. »
Ail MÊME.
Ce jeudi.
«Votre lettre à M. de St-Eustaclie est lrùs-[)ropre à fain» un bon effet; mais j'avoue que j'en attends peu de succès.
' Villefore doDtie une partie de ce billet, p. 70.
* Quelle est ceUe sœur Elisabeth? Est-ce une sœur du rouveot dos Carmélites ou une relij»iouso de Port-Royal? l\ y avait à Port- Royal plusieurs religieuses de en nom, par exemple la sœur Elisabeth do Sainte-Ajînès Lefeion, Supplément au PiécroUxje, p. :»}ir. et encore la sœur Elisnl)i>th do Saint-Luc, mademoiselle Mydnrp'.
Je serai toujours prête à dégager les paroles que vous donnerez pour moi, quand vous jugerez qu'il en sera temps, et de faire, vers madame de Nemours, tout ce que la charité et la proximité m'engage de faire vers elle. »
De Port-Royal, ce 57 juin.
a Je ne crois pas que N. soit disposée à écouter N. Il n'y a que N. qui puisse changer son procédé à mon égard, car pour son cœur c'est à Dieu seul à faire cet ouvrage. Pour moi, j'espère qu'avec sa grâce je ne changerai pas de dispositions sur ce chapitre, et que je serai toujours prête, soit à lui faire des avances, si on juge à propos que je lui en fasse, soit à recevoir celles qu'elle me voudra faire, ce que je ne crois pas qui arrive. Si mes prières étoient bonnes vous vous en sentiriez assurément. Je vous demande la continuation des vôtres. »
De Port-Royal, ce 11 juin.
«J'essayerai à profiter de ce que vous me dites; mais, en vérité, je suis pis que jamais, et pour moy je commence a penser que je ne suis pas où Dieu me veut, et qu'il demande quelqu'autre chose de moy que ce que je fais. Priez-le qu'il me le fasse connoître. »
AU MÊME
De Port-Royal, ce !•' juillet.
« Je n'ai pu encore demander à notre Mère les trois obéis-
sances que vous m'avez ordonné de lui demander, et j'ai pensé même, devant de le faire, à vous représenter que ees sortes de choses passent, dans les couvents, pour des actions de grande vertu, qu'on se fait estimer par là à peu de frais, et qu'ainsi je ne sais si vous n'aimeriez pas autant me marquer vous-même trois choses, quejeferois par obéissance tout de même, et qui ne m'attireroient pas une estiine que je ne mériterois point. C'est donc à vous à examiner cela et puis à ordonner. »