‹ Œuvres de Madame la Mise de la FerChapitre 161 sur 177 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

A M. DE KÉRIVALANT.

JeviVoîs loin du monde et dans l'obscurité ;

Par vos vers au grand jour mon nomvîeAt dé p^roîlre^

Je n'a vois plus de vanité ;

Ces jolis vers la font renaître.

Aux favoris des immortelles sœurs • Ah I je ne portoia plus envie;

Elles vous comblent de faveurs y

J'en ressens de la ja^çusie.

Pour mettre fin à ce tourment Qu'à mon âge chacun appelleroit délire,

Dès Finstant je brise' ma lyre,

Et c'est en prose seulement

Que désormais je vais redire :

Pans la langue des dieux lorsque Ton veut écrire-»

Il faut avoir votre talent.

C?5) ÉPITRE

A Hdl« DU t. B.

Je VOUS regrette, mademoiselle , et c'est de tout mon cœur : on prend aisément l'habitude de vivre avec vous > ce plaisir m'est devehu nécessaire : .

Qui vous voit tous les jours , vous aime davantage. Si de chagrins jnon esprit toui^menté De la raijion faisoit un foîBle usage. Ou bien, si ma frêle santé Héveilloit mon humeur parfois atrabilaire , Je volois retrouver votre société ; Mon penchant m'îndiquoil ce baume salutaire : Près de vous je sentois renaître ma giUté, Et même le désir de plaire.

Me voilà donc retombée dans ma noire mélancolie ; elle prendroit une teinte plus douce , si j'avois l'espérance de vous revoir , de retourner quelque jour chez mes compatriotes ; maia non , je suis trop infirme , pour m9 bercer d'un plaiîsîr éloigné.

Je ne reverrai ^lus ces ravissans coteaux , Je n'entendrai plus les musettes Des tendres pasteurs tourangeaux Accompagnant leurs chansonnettes j ,£t faisant redire aux échos> Le doux nom de leurs bergerettes. - Je n'irai plus avec le vendangeur.

Cueillir la grappe jaunissante ,

L'aller à supporter sa^charge frap pétante,.

Rire de ses plaisirs , partager son bonheur.

Qu'en ces beaux jours j'étois heureuse ! « Des trésors des coteaux je rendois grâce au cieux> £0 ramenant le soir notre bande joyeuse»

Alors celui qui trayailloit le mieux

De pampres ornoit les cheveux

De la.plus belle vendangeuse.

ï^on^ je n'aurai plus de plaisirs:»

fiélas ! que ceux dont ma mémoiie

Conservera les souvenirs.

Toi , riante et snperhe Loire , Toi qui fais l'orHement, la richesse et la gloire*

De ma patrie et de tant de cités 9 Je u'irai plus m'asseoir sur tes bords enchantés >, Respirant la fraîcheur de teâ rives fleuries.» Tantôt m'abandonnër aux douces rêverifs»

£t tantôt me jouer dans tes flots argentés..

Voilà, mademoiselle , bien dea sujets de plaintes et de regrets ; iîy auroit de quoi faire- une longue élégie^ Ayant besoin de quelque dédommagement, il fautbiea que je m'entretienne avec vous ^

Sous ce berceau de vigne et de jasmin ,.

Entrelacé du muguet , de la rose , C'est aux frais zéphirs du matin y^ Que je trace pour vous', d'une tremblante main-,

De foiblesf vers et d'aussi foible prose ; Mais ce que dit le coeur vaut toujours quelque chose,. Je sens, en écrivant , le doux parfum des fleuits Que la divine et bienfaisante Aurore De tous c6tés a fait éclore> £0 les humectant de ses pleurs.

•es?) "

Si je pbuvoîs voua les offrir encore ,

Je chanterois un hymne en «on honneur.

Enfin , sous Tabri solitaire Où vous veniez quelquefois me distraire, Je n'entends d'autre bruit que le roucoulement

De mes ardentes tourterelles .

lies seuls époux heureux en gémissant , Les seuls ^ hélas ^ qui vivent sans quereller

Aussi tendres ^ aussi fidèles

Je les retrouve tous les jours.

Sans leurs soupirs et leurs battemens d'aileS^

J'aurois oublié les Amours.-

De bonne foi^ mademoiselle, il y a si long-temps que ces espèces de tourtereaux qu'on nomme amans, je crois ,^ ont fui loin de moi , ont pris la* volée ^ qu'il me seroit difficile de m'en souvenir , si ceux de ma volière ne m'en retraçoientune légère idiée. Autant que je puis me lerappeler , les aniîs valent bien ee» amans-là, et , à peu de chose près, mériteroient plutôt l'honneur d'être comparés à mes constans oiseaux.

Adieu , mademoiselle I adieu I Tous ceux qui ont eu l'avantage de vous connoître sont fâchés de votre dîépart, mais leurs lamentations n'approchent pas éi^^ miennes».

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