RÉPONSE
A M. DE KÉRIVALANT.
JeviVoîs loin du monde et dans l'obscurité ;
Par vos vers au grand jour mon nomvîeAt dé p^roîlre^
Je n'a vois plus de vanité ;
Ces jolis vers la font renaître.
Aux favoris des immortelles sœurs • Ah I je ne portoia plus envie;
Elles vous comblent de faveurs y
J'en ressens de la ja^çusie.
Pour mettre fin à ce tourment Qu'à mon âge chacun appelleroit délire,
Dès Finstant je brise' ma lyre,
Et c'est en prose seulement
Que désormais je vais redire :
Pans la langue des dieux lorsque Ton veut écrire-»
Il faut avoir votre talent.
C?5) ÉPITRE
A Hdl« DU t. B.
Je VOUS regrette, mademoiselle , et c'est de tout mon cœur : on prend aisément l'habitude de vivre avec vous > ce plaisir m'est devehu nécessaire : .
Qui vous voit tous les jours , vous aime davantage. Si de chagrins jnon esprit toui^menté De la raijion faisoit un foîBle usage. Ou bien, si ma frêle santé Héveilloit mon humeur parfois atrabilaire , Je volois retrouver votre société ; Mon penchant m'îndiquoil ce baume salutaire : Près de vous je sentois renaître ma giUté, Et même le désir de plaire.
Me voilà donc retombée dans ma noire mélancolie ; elle prendroit une teinte plus douce , si j'avois l'espérance de vous revoir , de retourner quelque jour chez mes compatriotes ; maia non , je suis trop infirme , pour m9 bercer d'un plaiîsîr éloigné.
Je ne reverrai ^lus ces ravissans coteaux , Je n'entendrai plus les musettes Des tendres pasteurs tourangeaux Accompagnant leurs chansonnettes j ,£t faisant redire aux échos> Le doux nom de leurs bergerettes. - Je n'irai plus avec le vendangeur.
Cueillir la grappe jaunissante ,
L'aller à supporter sa^charge frap pétante,.
Rire de ses plaisirs , partager son bonheur.
Qu'en ces beaux jours j'étois heureuse ! « Des trésors des coteaux je rendois grâce au cieux> £0 ramenant le soir notre bande joyeuse»
Alors celui qui trayailloit le mieux
De pampres ornoit les cheveux
De la.plus belle vendangeuse.
ï^on^ je n'aurai plus de plaisirs:»
fiélas ! que ceux dont ma mémoiie
Conservera les souvenirs.
Toi , riante et snperhe Loire , Toi qui fais l'orHement, la richesse et la gloire*
De ma patrie et de tant de cités 9 Je u'irai plus m'asseoir sur tes bords enchantés >, Respirant la fraîcheur de teâ rives fleuries.» Tantôt m'abandonnër aux douces rêverifs»
£t tantôt me jouer dans tes flots argentés..
Voilà, mademoiselle , bien dea sujets de plaintes et de regrets ; iîy auroit de quoi faire- une longue élégie^ Ayant besoin de quelque dédommagement, il fautbiea que je m'entretienne avec vous ^
Sous ce berceau de vigne et de jasmin ,.
Entrelacé du muguet , de la rose , C'est aux frais zéphirs du matin y^ Que je trace pour vous', d'une tremblante main-,
De foiblesf vers et d'aussi foible prose ; Mais ce que dit le coeur vaut toujours quelque chose,. Je sens, en écrivant , le doux parfum des fleuits Que la divine et bienfaisante Aurore De tous c6tés a fait éclore> £0 les humectant de ses pleurs.
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Si je pbuvoîs voua les offrir encore ,
Je chanterois un hymne en «on honneur.
Enfin , sous Tabri solitaire Où vous veniez quelquefois me distraire, Je n'entends d'autre bruit que le roucoulement
De mes ardentes tourterelles .
lies seuls époux heureux en gémissant , Les seuls ^ hélas ^ qui vivent sans quereller
Aussi tendres ^ aussi fidèles
Je les retrouve tous les jours.
Sans leurs soupirs et leurs battemens d'aileS^
J'aurois oublié les Amours.-
De bonne foi^ mademoiselle, il y a si long-temps que ces espèces de tourtereaux qu'on nomme amans, je crois ,^ ont fui loin de moi , ont pris la* volée ^ qu'il me seroit difficile de m'en souvenir , si ceux de ma volière ne m'en retraçoientune légère idiée. Autant que je puis me lerappeler , les aniîs valent bien ee» amans-là, et , à peu de chose près, mériteroient plutôt l'honneur d'être comparés à mes constans oiseaux.
Adieu , mademoiselle I adieu I Tous ceux qui ont eu l'avantage de vous connoître sont fâchés de votre dîépart, mais leurs lamentations n'approchent pas éi^^ miennes».