LA CHATTE VOYAGEUSE
V EFNE chatte blanche et jolie , Dédaigpoit douceurs , complîmens De tout chat qui vouloit lui tenir compagnie j Toujours sa griffe en l'air repoussoit les amans f Et les forçoit bientôt à quitter la partie ; Même dans ces débats chastes et vertueux^
Plus d'un minet perdit les yeux.
La foule des galans enfin me désespère y^ Dit-elle un matin à son père ^ J'ai fait vœu de virginité , Et pour mieux l'acctnnplîr , vœu de pèlerinage f Accordei:-moi la liberté De commencer n^i grand voyage' :
Je prîrai pour vo5e santé , Et vous me reverrez he#eu8e autant que sage;
Le vieux matou veut arrêter ses pas t Partout , lui disoît-il, tous trouverez des chats
Qui , comme ici , viendront vous rendre hommage j Vous n'y pensez pas : à votre âge , Voyager seule et loin, caprice extravagant t Leste et vive , elle échappe à sa juste colère , Et la voilà sur la gouttière.
Après avoir rapidement Franchi montagne , bois et plaine , Sur le plus vert gazon , voulant reprendre haleine^ Elle s'endort profondément; Et que voit-elle en s'éveillant ?
Le mieux fourré des chats , un Angora charmant.
Elle veut mettre entr'eux une forte barrière, En disant le sujet de sa course légère.
Le fin matois dans sa barbe sourit ; En causant, en trottant connoissalice se fit. Et pour amadouer la gentille étrangère , Il joua le dévot, mais de telle znanière Que sur le bon apôtre œil doux elle jeta« Ce Rominagrobis , plus rusé que les autres , Et las de marmottter de longues patenôtres,
Dit à la belle, et souvent répéta:
Temeïie qui veut être utile sur la terre , Doit être bonne épouse ainsi que tendre mère^ Et d'un ton imposant maint exemple il cita.
Sans grimace , sans peur la dévote écouta ; Au bout de quelques jours elle fut moins austère, Fuis oublia se» vœux , puis fit courte prière ; Plus de griffes alors mais bien désir de plaire Et Véloquent prédicateur Obtmt aana peine , pour salaire , De notre pèlerine et la patte et ie cœur*
Plus (Tune Elle a fait la délicate , Même le vœu de renoncer à tout.
Qui suivToit, dès ce jour , l'exemple de ma chatte. S'il paroÎMoit teoctre amant de son goût»
(6) FABLE IIL
tJE MAITRE DE MAISON ET SON TARDÏNIER.
OMHENTJie pourrez-^ous jamais toiu rasâeiikbler , Soit au château y soit au bocage, Sans faire un aussi graïui tapage ?
Cù trouvez-vous toujours de quoi rire et parler?
Dlsoit à ses valets maître brusque et sauvi^e» Et chaque fête reproduit , Âjouta-t-il , ce msaudit bruit.
ûh fque de plats bons mots aujourd'hui l'on vadjiïe I ' Son jardinier lui répondit , A quoi sert , monsieur , tant d'espritt Le bon sens pour nous doit suffire.
Si j'avois et soir et m'atin , Comme vous un gros livre en main^ Que je voulusse enfin m'instruire^ Que de viendroît votre j a rdin ?
Défaut de soin peut tout détcHÎre* Adieu vos fruits , vos légumes , vos plants , Vous verriez tout sécher en peu d'instans ,
Et diriez , en grondant, vous ai-je pris pour lire?
Ignorance et travail , voilà notre vrai lot j
Mais la danse , les jeux , font oublier la peine De la semaine,
Et n'oser s'amuser ce seroit par trop sot.
Au rebours des messieurs nous jasons sans médire : Et la bêtise qui fait rire A pour nous le prix d'un bon mot.
(7) Ce Jardmîer parioîi IHnreifient ; sftiis TÎen cnrîttcte. Le maître étoit bourru, mais juste en même temps ; De la gaîté , du bruit fl cessa âe se plaindre , Et comprit le besoin dea plaisirs innocens.