GRANT TESTAMENT
DE
i En Fan de mon trentiesme eage , Que toutes mes hontes j eu beues ; Ne du tout fol , encor ne sage, Nonobstant maintes peines eues ;
5 Lesquelles j'ay toutes receues , Soubz la main Thibault cTÂussigny, S'evesque il est seignant les rues , Qu'il soit le mien je le regny.
*Cy commence le Grant Codicille et Testament m autre Françoi» Villon. (A*.) ;
(%)Que 9 etc. Apres «voir subi tontes les condamnations qu| dévoient peser snr moi, dorant le cours de ma rie.
(3) Ne , etc. N'étant ni entièrement fou ni sage encore»
(4) Maintes peina. Plusieurs souffrances endurées.
(6)Sou fe.Sous l'autorlté,la juridiction.Thibaultd'Aussigny, érêque d'Orléans, siégea de 45a à 1473. (V. Gai. christ., et Hist. d'Orl.) C'est le même qui, huit. 6a, est nommé Jaques-Thibault*
(7) S'evetque. S'il est évèque, faisant des signes de croix dans le*. rues, c'est -à-dire donnant sa bénédiction au peuple.
(8) Qu'il, Je. déclare qu'il n'est pas le mien.
( io4 )
Mon seigneur n'est , ne mon Evesque ; i o Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche.
Foy ne luy doy, ne hommage avecque ;
Je ne suis son serf, ne sa biche.
Peu m'a , d une petite miche
Et de froide eau , tout ung esté.
1 5 Large eu estroft , moult me fut chiche „
Tel luy soit dieu qu'il m'a esté.
huit. m.
Et s'aucun me voukrit reprendre Et dire que je le mauldys, Non fais , si bien le scet entendre, 20 Et rien de luy je ne mesdys :
Voycy tout le mal que j'en dys ; S'il m'a esté miséricors , Jésus , le Roi de Paradis', Tel luy soit à Famé et au corps.
(9) Mon, Je ne relève de lui ni pour te spirituel, ni porrrlc temporel.
(10) Soubz, Je ne possède rien de productif sons sa juridiction , par conséquent je , etc.
(13)190» serf. Jeu de mot. Je ne suis oison homme (son. vassal), ni son ooailie chérie , sa bonne amie , peut-être*
(i3) Peu , etc. Cependant il m'a nourri , eta,JIénagea.cité ce vers d'après Niv, M. Formey, qni neconnoissoit pas cette édition» accuse Ménage d'avoir corrigé maladroitement le tette de Villon. (Y,L.div>)
(1 5) Large. Qnedt «on naturel il soit généreux on avare, je l'ignare • mais je sais qu'il a été chiche .pour moi.
(17) Et. Et si quelqu'un , etc.
(aa) S'U m'a. S'il à*usé d'indulgence envers moi.
(a3) Je sus. Manière déparier qui s'est conservée parmi le peuple
25 S'il ma esté dur et cruel , Trop plus que cy ne le racompte, Je voefl que le Dieu étemel, Luy soit àoncq' semblable 1 45e compte ; Mais l'Eglise nous dit et compile
3o Que prions pour noz esmemys ;
Je tous dkay, j^y tort et bonté, %
Tous ses tfaicte soient à Dieu remis*
Si prieray pour luy de bon cueur, Par l'ame du bon feu Cotard. * 35 Mais qnoy ? te sera doncq' par coeur, .
Car de lire je suys fakard.
Prière 4n ieray 4ô Picard , S'il ne le sçait, voise l'apprendre,
' (a6) Trop, Bien a a -delà de ce que je puis en dire ici. (ao) Mou. Cependant l'Eglise nous dit et enseigne. • (3a; Tous. Que tout ce qu'il a fait contre moi, soit remis an Jugement de Dieu.
(34) Par. Je le jure par l'ame. Cotard. (Y. huit. n5 et Bail, suiv.)
(35) Mais quoy F Mais comment le ferai- je ?
(36) Car* Je n'aime pas à lire. Ainsi je ne pourrai faiae ma prière ' aor un livre.
(37) Priért, etCr Mon parti est pris , je ferai pour lni uno prière de picard. « Des lèvres et sans intention, dit M. le Duchat. «Dans le paya Walon on appeloit picards les hérétiques c nnui ailleurs sous le nom de Vandois.
(38) S'il ne. S'il ne sait ce que c'est qu'il aille l'apprendre.
( io6 )
S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard ?
4o A Douay, ou à Lysle en Flandre/
Combien que , s'il veut que je prie Pour luy, foy que«doy mon baptesoie»
Obstant qu'à chascun ne le crye , Il ne fauldra pas à son esme.
45 Au psaultier prens , quand suys à mcsme^ Qui n'est de beuf , ne cordoen r Le verset escript le septiesme , Du psaulme de : Deus laudem.
Sy pry'au benoist filz de Dieu , 5o Qu'à tous mes besoings je reclame ,
(3g) Mns. Avant.
(40 Combien que» Ce (combien, que) tombe sur le 4* vers.
(4*) Foi. J'en {are par la foi que j'ai reçue à mon baptême.
(43) Obstant. Quoique je ne dise pas ces choses-là à tout le. monde
(44) A* H sera satisfait.
(45) Au , etc. Je prends dans le Psautier lorsque j'en ai la facilité.
(46) Qui n'est , etc. Psautier qui n'est pas de bœuf et qui ne vient pas de Gordoue. C'est à Gordoue que se. fesoient alors les meilleurs apprêts de peau.
(48) Du. C'est le psaume 10$ : Deus laudem meam , etc. Le verset septième, qui servoit de prière à Villon, quand il faisoit des vaux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi conçu : Fiant die» ejus paucict episeopatum ejus aétipiat atter. Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit nombre , et que son cvCché passe à un autre. C'est te sens que le poëte donne au mot episeopatum*
(49) Sy* Je P" e donc le ûls bénit , glorieux.
(50) Çu'd, etc. Que j'invoque dans tous mes besoins.
Que ma pauvre prière ayt lieu Vers luy, de qui tiens corps et ame ; Qui m'a préservé de maint blasme Et franchy de vile puissance :
55 Loué soit-il, et nostre Dame ? 4
Et Loys , le bon roy de France.
Au quel doint Dieu l'heur de Jacob , De Salomon l'honneur et gloire , Quand de prouesse il en a trop ; 60 De force aussi , par m'ame voire. . .
En ce monde cy transitoire ; , Tant qu'il a de long et de lé , Affin que de luy soyt mémoire, Vive autant que Mathusalé.
65 Et douze beaulx enfans, tous masles,
(5i) Que. Que met vœux soient favorablement reçus. (5a) Fers. Auprès de lui.
(53) Qui m*a. Qui m'a présert é de plusieurs condamnations judiciaires ignominieuses.
(54) Et franchy* Et délivré.
(55) Et Neutre Dame. Et la Vierge Marie.
($6) Et boys. C'est Louis XI , par qui il venoit d'être gracié. (V. Mèm,y 1" partie.)
(57) Doint Fheur, Accorde la prospérité.
(59) Il en a trop. Il en a de reste.
(61) En ce. Que dans ce monde , où tout passe.
(6a) Tant. Dans toute son étendue. Long et 14. Longueur etlargcnr.
(64) Malhusala ou Mathusalem , l'un des hommes antidiluviens , descendant d'Adam , par Seth, vécut 969 ans. (Geo. ch.a5, v. 17.)
Veoir de son très cher sang Royal , Aussi preux que fat le grand Gharlcs ; Çonceuz en inentre nuptial ; Bons , comme fut samet Martial :
70 Aipsi en preigae an bon Dfculpbin > Je ne luy souhaibte autre tnàl , Et puys Paradis à la fin.
HUIt! x.
Powce que faible je ne «en* , Trop plus de Mena «jee de santé î
75 Tant que je suis «n «non plâfei "sens r Si peu que Dieu m*«n a preste , Car d'autre ne Tay -emprunté , ' J'ay ce testatfrerrt , très estable 1 Faict de dernière TOuleWé ,
80 Seul pour tout , «t irrévocable.
Escript lay, Tan soyxante et ung.
Que le bon Roy me délivra
(67) Le grand Char lût. Charlemagnc
(68) Conceuz , etc. Paisse son épouse lai donne? dou*è garçons.
(69) /ton*. Toas aussi bons guerriers qae lé fat Saint-M»fti&l.Sfliot Martial , à cause de son nom , passoiï aux yeux do peuplé pour le Dieu des combats.
(jo) Ainsi, etc. Que pareille cïiôse arrive au bon Dauphin. (73) Pour, Par la raison qne 'je me sens plus dénué d*argettt que de santé.
(75) Tant. Tandis que.
(76)5i peu. Du peu que Dieu ni 'on a accordé. (78) J'ay. Ces derniers vers sont en style de pratique.
( *°9 ) De la «tare prison de Itf ehun , Et que vie me recouvra ; 85 Dont suys, tant que mon cucur vivra, Tenu vers luy me humilier, Ce que feray j usqu'tt mourra :
Bien fajct ne se doibt oublier.
m mm m i i > »
Icy commence JfîlLm & -entrer *n m+tUrt pleine dC érudition et de. bon sçavoir.
HUIT. XU.
Or est vray qu'après plaiugjU et pleurs , 90 Et angobseux gémis&emero ; Après tristesses et douleurs , Labeurs et griefz cheminemens ;
Travail , mes labres sentemens
Agwsesz rond» comme pelote,
(83) Prison de Mthun. C'est Mehang sur Loire > et non pas Melon, comme l'a cru le P. du Cerceau. (V. not. Mèm., i N part. ) Mehan, Monosyllabe.
(84) Vit. Me rendit la vie qne j'avois été condamné à perdre. ' (&5y Dont. A cause de quoi. — Mû humilier* Etre reconnoisaant et
dé?ooé. v
(87) Jusqu'il. Jusqu'à ce qu'il.
(89) Ce vers, que Marot dit avoir refait, se trouve dausfeJtfrf. G. et dans les anc* éd.
(9a) Labeurs, Souffrances et courses qui m'ont été dure*.
(93} TVojmuV, etc. Jh'adversité par laquelle j'étois travaillé. M*ouvrist. Ouvrit , eûlaira. Mes iukree sentiment* Mes pensée» sombres et tri»tes,^g«t*dt,elc. Qui. auparavant n'ôfoieat pas. pins affilées qu'une pelotte, Ptus , eto. Elle les ouvrit idmuk que n'auraient (ait les commentaires. Et jiverrovs , etc. Et Averroez sur Aristote. — - Averroes , médecin arabe, mort en 1206 , est le premier qui ait traduit et commenté Aristote. Ce travail lui valut le surnom de ^Commentateur.
(no)
95 M'ouvrist plus que tous les commens, % Et Averroys sur Aristote.
HUIT. Xill.
Combien , au plus fort de mes maulx, En chevauchant sans croix ne pille, Dieu , qui les Pellerins d'Esmaux 100 Conforta , ce dit l'Evangile , Me monstra une bonne ville Et pourveut du don d'espérance.
Combien que 4e pécheur soit vile y Riens ne chet que persévérance.
io5 Je suys pécheur, je le sçay bien , Pourtant ne veult pas Dieu ma mort ; Mais convertisse , et vive en bien Et tout autre que péché mord.
(97) Combien, Marot explique combien par toufresfois. .— En , etc. Et tandis que j'erroU, sans argent.
(99) Dieu. Dieu qui consula les disciples d'Emmans. (V. Evang. S«int*Luc , chap. a40
(101) Me, etc. Me fit rencontrer une Tille, dont le* ha bitans furent sensibles a mes maux.
(103) Et pourveut. Et me permit d'espérer quelque soulagement.
(io3) Combien. Quelque méprisable que soit le pécheur.
(io4) Riens f etc. Il n'y a que celui qui persévère, qui périsse.
(107) Mais convertisse II veut que je me convertisse et que je vive dans le bien.
(108) Et tout autre. Tout différent de celui qui est tourmenté p« les remords du péché.
( ni ) Soye vraye voulenté, ou ennort ; i 10 Dieu voit , et sa miséricorde , Se conscience me remord, Par sa grâce y pardon m'accorde.
huit . xv.
Et comme le noble Romant
De la Rose , dit et confesse f 1 1 5 En son premier commencement ,
Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse ,
Quant on le voit vieil en vieillesse ,
Excuser : helas ! il dit veoir.
Ceulx donc qui me font telle oppresse , 120 En meurté ne me vouldroient veoir.
(109) Soye, Que j'aie seulement une bonne volonté* on un bon mouvement.
(110) Dieu voit. Dieu le voit.
(111) Se. Si le remord est dans mon ame.
(u5) On lit an commencement du Codicille de Jehan de Meheung, ■ces deux vers :
• Bien doit estre excusé jeune cueur en jeunesse , • Quant Dieu luy doint grâce, d'estre meur en vieillesse. •
Qui sont bien certainement ceux qu'a voulu citer le poète. Marot , dans sa version , fait un contre-sens : car, ainsi qu'on le voit par la citation de Jean de Meun, et comme le. portent les anc. éd. et le Mu. C. Villon a voulu dire , non pas qu'il falloit tout passera la jeunesse» mai* qu'il falloit pardonner a un homme les égaremens de son jeune 4ge, quand il se conduisoit bien durant sa vieillesse.
(118) // dit veoir. Il dit vrai.
(119) Ceulx donc, etc. Ceux donc qui me traitent 'si durement. (i3o) En meurté. Dans l'Age mur.
( ua )
Se pour ma mort , le bien publique D'aucune chose vaulsist myeulx, À mourir, comme ung homme inique, Je me jugasse, ainsi m aid'Dieux.
1 25 Grief ne fau à jeune , ne vieulx , Soye sur pied, ou soye en bière.
Les monta ne bougent de leurs lieux Pour ung paouvre, n avant» vt arrière.
Au temps que Alexandre régna ,
1 3o Ung ho m, nommé Diomède* Devant luy on luy amena Engrillonné , poulccs et detz , Comme ung larron ; car il fut des Escumeurs , que voyons courir.
i35 Si fut mys devant ce cadés, Pour estre jugé à mourir.
(\2i)Sc Si la société devoit gagner quelque chose à ma mort.
{12 k) Ainsi m'aid'Dieu. Aussi vrai, comme je désire que Dieu me soit en aide.
. (i*5) Grief y etc. Je ne faiz du mal' à personne : soit Jeune, «oit Tient; êoit vivant, soit mort.
(127) Les montz, etc. Pour un malheureux comme moi, rien ne se dérange dans la nature.
(199) Ce fait est rapporté par Cicéron dans an fragment De Bepublica , Ht. 5*, que nous a conservé Nonins Marceffaa. Le nom du pirate n'y est pas ( No t. Formey.)
(i3a) Engrillonné. Ayant les doigts et les pouces liés.
(il>S) Devant ce codes. Devant ce juge. C'est Alexandre,
HUIT. XVIII. » j
L'empereur si r arraisonna .* Pourquoy es tu larron de mer?
L'autre responce luy donna ; i4o Pourquoy larron me faiz nommer ?
Pour ce qu'on me voit , escumer En une jietiote fuste ?
Se comme toy me peusse armer, Comme toy Empereur je fusse.
i45 Mais que veux tu ? de ma fortune, Contre qui ne puis bonnement , Qui si durement m'infortune, Me vient tout ce gouvernement.
Excuse moy aucunement ;
i5o Etsçaches qu'en grand' pauvreté, , Ce mot dit on communément, Ne gist pas trop grand' loyaulté.
(137) L'empereur. L'empereur loi parla donc ainsi.
(i40 Pour ce, etc. Par la raison , sans doute , qu'on me voit exercer la piraterie a?ec un petit vaisseau.
(i43) Je pense qu'il faudrait Kre : Jefiute. La rime le demande , et l'orthographe dn temps l'autorise au moins comme licence poétique.
(i45) Mais. Mais que veux-tu que j'y fasse ? Je dois à la fortune , que je ne puis empêcher de me traiter avec autant de dureté , l'impossibilité oit je suis de déployer plus de force. (149) Excuse, Excuse-moi cependant.
Quand l'empereur eut remiré t
De Diomèdes tout le dict , ï 55 Ta fortune, je te mueray,
Mauvaise en bonne , ce luy dit,
Si fist il : onc puis ne /n esprit
Vers personne, niais fut vray homme;
Valere , pour vray nous l'escript , 1 60 Qui fut nommé le grand à Homme.
Se Dieu m'eust donné rencontrer Urig autre piteux Alexandre, Qui nTéust faict en bon cueur entrer :
Et lors, qui m'eust veu condescendre i65 A mal ,estre ards et mys en cendre , Jugé me fusse de ma voix.
i53) Remiré t etc. Admiré la réponse de, etc.
i55) Je te mueray i Je changerai
157) Oneq, etc. Depuis lors, il ne fit tort à personne ; il fut honnête homme.
(159) Valere Maxime n'en parle pas. L'anecdote est, comme nous l'avons dit, dans Pfonius Marcellus. ( Voy, plus haut; voy. aussi St. Augustin. Cit. de Dieu, ch. 4 » Quint-Curce, liv. j, ch. 8.)
(161) Se Dieii) etc. Si Dieu eût permis que je rencontrasse.
(162) Ung, Une personne qui eut tenu , à mon égard, la conduite d'Alexandre vis-à-vis du corsaire. Piteux. Sensible.
(iô3) En bon cueur entrer. Fourni le moyen de vivre en honnote homme.
(164) Et (ors* Alors si quelqu'un m'eût vu faire une bassesse.
(i65) Eslre. Je me fusse moi-même condamné à être brûlé etmi« en cendres.
Nécessité faict gens mesprendre ; Et £ain saillir le loup des boys.
Je plaings le temps de ma jeunesse 170 Au quel j'ay, plus qu'autre, galle, Jusque à l'entrée de vieillesse; ' Car son parlement m'a celé.
Il ne s'en est à pied allé , N'a cheval, las et comment don ?
175 Soudainement s'en est voilé, Et ne m'a laissé quelque don.
huit; xxiii.
Allé s'en est , et je demeure Pauvre de seus et de sçavoir, Triste , failly, plus noir que Meure.
180 Je n'ay rçe cens , rente, navoir;
(16?) Nécessité. La nécessité, porte le» hommes à faire le mal %
(168) Saillir. Sortir.
(169) Je plaint» Je regrette.
(170) Galle. Fait le libertin, le débauché.
(17a) Cér r etc. €ar ce temps m'a quitté, sans que je m'en aperçusse.
(173) // ne* Ce temps ne s'est en ailé ni ô pied , ni , etc. '
(174) Latetf etc. Hélas ! et comment donc s'en .est-il alief (176) Et ne. Et il ne m'a rien laissé dont je puise profiter.
(178) Pauvre. Ayant peu d'expérience, et peu de savoir.
(179) 7V«if0» etc. accablé de chagrin , découragé et pins noir t qu'na Maure. • \
(180) Je n'ai. Je ne possède ni redevances , ni nSutcs , ni friepa fonds.
Des miens le moindre, je dy voir, De me desadvouer s'avance , Oublyans naturel devoir, Par faulte d'ung peu de chevance.
ï85 Si ne crains je avoir despendu , Par friander et par leschier ; Par trop aimer, n ay riens vendu , Que nuls me puissent reprouchier, Au moins leur a esté moult chier :
190 Je le dys, et ne croys mcsdire.
De ce ne me puis revencher ; Qui n'a meffait ne le doit dire.
huit. xxv.
Bien est il vray que j'ay aymé Et que aymeroye voulentiers^;
(18O Oes , etc. Le dernier de ma famille , ne craint pas de me désaf ouer. - Je dy voir. Je dis en cela la rérilé.
(i83) Oublions , etc. Ils oublient envers moi ce que la nature prétérit , paree qu'il me manque un peu de fortune.
(186) Par friander. En recherchant les morceau* friands et
délicats. A . .
(189) Au moins. Du moins comme lui ayant coûté beaucoup.
Mesdire. Mal dire. # . r
( 191 ) De ce. M. Formey Teut qu'on Use : De ee me pu^je nvench* C'est un contre seo..Villon, après a*>ir dit que ses débauches o oj fsit tort à personne et qu'elle, ne lui ont rien coûté, ^^JZl le pe^tle- excuser, et que personne n'est obligé de parier du** qu'il n'a pas fait. (V. Lee. div.) (194) roulontiers. Par inclination.
( "7 ) i g5 Mais triste cueur , ventre affamé Qui n'est rassasié au tiers, Me oste des amoureux sentiers * Au fort quelqu'un s'en récompense, Qui est remply sur les chantiers ; 200 Car de la panse rient la danse.
He Dieu ! se j'eusse estudié, Au temps de ma jeunesse folle, Et à bonnes meurs dédié !
J'eusse maison , et couche molle :
ao5 Mais quoy? je fuyoye l'escolc; Comme faict le mauvays enfant ; En escrivant ceste parolle A peu que le cueur ne me fend.
Le dict du saige , trop le feiz 210 Favorable, et bien cnpuysmais,
(198) Au fort. Au reste quelqu'un s'en dédommage.
(199) Qui est, etc. C'est celai qui prend au magasin , qui n'est pas obligé de chercher sa vie.
(200) Car d* la. Car c'est lorsque la panse est pleine , qu'il vient fantaisie de danser. „
(ao3) Et à boanesyetcJEt si Je m'étois occupé à régler ma conduite»
(207) Ceste parolle. Ces mots.
(208) A peu. Yen s'en faut que mon cœur ne se fende.
(209) Dans ce huitain , Villon paraphrase les 9* et 10* vers, du ch.
Ji, de l*Ecclésiaste: Lœtaresrgà 9 juveni$ 9 in adoletcentiâ tuâ Adûr
lescentia enim et voluptas vana tunt. En voici lé sens: « J'ai donné trop d'extension , et c'est ma faute , aux paroles du Sage , qui dit :.
( n8) Qui dit; esjouystoy, mon filz, A ton adolescence ; mes Ailleurs , sers bien d'ung autre mectz :
Car jeunesse et adolescence, 3i5 C'est son parler, ne moins ne mais, Ne sont qu'abbus et ignorance.
Mes jours s'en sont allez errant Comme , dit Job , d'une touaille Sont les filetz , quant tisserant 220 Tient en son poing ardente paille ; Car s'il y a un bout qui saille Soudainement il est ravis, Si ne crains plus que rien m'assaille Car à la mort tout assouvys.
225 Où sont les gratieux gallans
Réjouis-to? durant le temps de ta jeunesse ; mais plus tard change de conduite : car jeunesse et adolescence. » (Ce sont ses paroles sans plus et «ans moins), ne, etc. (v. Leç.div.)
(217) Ici Villon paraphrase le verset 6 du ch. 7 de Job. •Dietmei velocikê ttamierunt quàm à teœentè tela succiditur et eantumpti sunt ullâ spe. • ^
Il en a «té de mes jours , selon l'expression de Job , comme des fils d'une toile, lorsque le tisserand passe de la paille enflammée pardessous. Alors s'il se trouve quelque bout qui sorte, il est sur le champ consumé. 11 n'y a aucune calamité dont j'appréhende le retour: car au moment de la mort toutes les misères sont épuisées. {\.Leç^)
N (aa5) Où sont. Que sont devenus les joyeux libertins.
( no :
Que je suyvoye au temps jadis f Si bien chantans , si bien parlans r Si plaisans en faictz et en dictz ?
Les aucuns sont mortz et roydiz, 23o D'eulx n'est-il plus rien maintenant?" Respit-ils ayent en paradis , Et Dieu saulve le remenant.
buit. xxx.
Et les aucuns sont devenuz ,
Dieu mcrcy, grans seigneurs et maistres ; 235 Les autres mendient tous nudz
Et pain ne voyent qu'aux fenestres ;
Les autres sont entrez en cloistres
De Cèles tins, et de Chartreux,
Bottez , housez , com pescheurs d'oystres ; 240 Voyla Testât divers d'entre eulx.
(a&6) Que* etc. Do nombre desquels j'étois.
(228) Si plaisans. Qui fesoient et disoient des choses si agréables.
(a.19) Les aucuns. Plusieurs , etc.
(a3i) Respit, etc. Paisse a t-ils avoir beau jeu en paradis. — Aient. monosyllabe.
(u3j) Et , etc. Et que Bien sauve ceux de leurs amis qui vivent encore. (a33) Et les aucuns. Plusieurs.
(a34) Dieu y etc. Grâce à Dieu, hommes à fiefs et à vassaux.
(206) Et pain, lit ne voyent d'autre pain que celui qui est étalé 7 chez les boulangers. — Aux fenestres. Aux boutiques.
(237) Et suiT. Les autres , etc. Les autres, au contraire, sont entrés chet les Chartreux et les ('élestins, où ils sont bien chaussés et bien ▼êtag. Voilà ce qu'ils sont devenus.
(339) Les pêcheurs d'huîtres ne port oient que des houseaux cn> bon état.
Aux grans maistres Dieu doi ai bien faire, Vivans en paix et en recoy.
En eulx il n'y a que refaire ; Si s'en fait bon taire tout coy ; 245 Mais aux pauvres qui n'ont dequoy , Comme moy, Dieu doint patience ; Aux autres ne fault qui , ne quoy :
Car assez ont pain et pitance.
Bon vins ont souvent embrochez ; 2&0 Saulces , brouetz , et gros poissons ; Tartres , flans , œufz fritz et pochez , Perduz f et en toutes façons.
> Pas ne ressemblent les maçons Que servir fault à si grand 9 peine ;
(a4i) Aum grans , etc. A ceux qui sont seigneurs et maîtres» qo* Dieu leur accorde la grâce de, etc.
(34a) Vivons , etc. Ils rivent en paix et loin du tracas. (243) E n * u bo ,' etc. Je n'ai rien à leur souhaiter. (a44) Si s'en. Il faut donc ne plos en parler.
(»45) Mais, etc. Quant aux malhenreux qui, comme moi, n'ont rien à lenr service, que Dieu leur accorde la patience.
(247) Aux autres, etc. A ceux qui sont entrés en religion , il o e leur faut souhaiter ni une chose ni une antre ; car ils ont assex largement du pain et de quoi le manger.
(249) Embrochez, etc. En perce.
(a5o) Sautées, etc. Ils ont des sauces , des ragoûts, etc.
(a54) A si grand peine. Avec tant de fatigue.
^55 Hz ne veulent nulz eschançons, Car de verser chascun se peine.
En cest incident me suys mys, Qui de rien ne sert à mon faict.
Je ne suys juge , ne commis 260 Pour punyr n'absouldre meffaict.
De tous suys le plus impàrfaict.
Loué soit le doulx Jésus-Christ, Que par moy leur soit satisfaict , Ce que j'ay escript en escript.
HUIT, xxxiv.
265 Laissons le monstier ou il est :
Parlons de chose plus plaisante.
Ceste matière à tous ne plaist :
Ennuyeuse est , et desplaisante.
Pauvreté , chagrine et dolente ,
(a55) Ilz % etc. Ils ne veulent pas que personne les serve. (a56) Car, etc. Chacun d'eux se réserve le soin de se verser à boire. De cette manière, personne ne réglant leur nourriture , ils ont tout
à souhait.
(a57) En cest incident. J'ai fait cette digression. Cest pour cet.
(a58) Qui, etc. Qui est absolument étrangère au sujet que je traite.
(259) Ne commis. Ni lieutenant du juge délégué pour rendre des arrêts.
(261) De tous. De tous les hommes je , etc.
(a63) Que par moy. Je veux leur faire des excuses.
(a64) Ce que. Au sujet de ce que je viens de mettre dans cet écrit.
(266) Plut plaisante. Qui soit plus agréable aujectenr.
(269) Dolente. Faisant des plaintes.
270 Tousjours dcspiteusc et rebelle*, Dit quelque parollc cuysante, S 'elle n'ose , si le pense elle.
HUIT. xxxv.
Pauvre je suys, de ma jeunesse ;
De pauvre et de petite extrace.
275 Mon père n'eut onq' grand* richesse ,
Ne son ayeul nomme Erace.
Pauvreté tous nous suyt et trace.
Sur les tumbeaulx de mes ancestres ,
Les âmes desquclz Dieu embrasse , 280 On n'y voyt couronnes , ne sceptres.
HUIT, xxxvi.
.. De pouvreté me guermentant , Souventesfoys me dit le cueur,
(370) Despiteuse et rebelle. De mauvaise humeur et disposée à quereller tout le monde.
(271) Dit. Oit toujours quelques mots piqua ns.
(37a) S'etle, etc. Si elle n'ose pas les dire, elle n'en pense pas moins.
(373) Pauvre, etc. Ma pauvreté date de mon enfance.
(27k) De pauvre. Etant né de parens pauvres et obscurs.
(375) N'eust oncq' N'eut jamais.
(376) Erace. Sans doute pour Hierai. Ce saint fut martyrisé arec St. Justin. (V. dom Ruinart. Act. M.)
(377) Pauvreté. La misère suit pas a pas mes ancêtres et moi; elle ne nous a pas encore quitté.
(379) Dieu embrasse. Dieu reçoive et traite favorablement.
(280) On , etc. On ne voit aucune espèce d'armoiries.
(281) De pouvreté, etc. Souvent lorsque je me plains de ma pauvreté , une voix intérieure me dit.
Homme, ne te doulousc tant Et ne de mai ne tel douleur, 285 Se tu n'as tant que Jacques Cueur :
Myeux vault vivre soubz gros bureaux y Pauvre, qu'avoir esté Seigneur, Et pourrir soubz riches tumbeaux.
Qu'aTtnr es'té Seigneur : Que dys ?
290 Seigneur : helas! ne Test il mais.
Selon les auctentiques dietz ,
Son lieu ne congnoistra jamais.
Quant du surplus je m'en desmeetz 9
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(28Z) Ne te doutouse. Ne t'afflige pas autant.
(284) Bt ne, etc. Et ne manifeste pis une douleur si profonde.
(a85) Se tu , etc. Parce que tu n*cs pas aussi riche que le fut Jacques Cœur. — Jacques Cœur étoit argentier du roi Charles VII , comme ondisoit alors. Sa fortune lui fit des envieux ; accusé d'avoir mal administré les finances du roi son maître, il fut condamné à faire amende honorable et à payer 3oo liv. On ne sait rien de positif sur le reste de sa vie.
(286) Soubz gros bureau. Revêtu d'étoffe grossière , comme les pauvres.
(289) Que dys? Que dis-je.
(290) Lasse , etc. Hélas il ne l'est plus.
(291) Selon, etc. Conformément à ce que disent les Livres Saints.
Il fait à Jaques Cœur l'application du verset vidi impium, etc
Quavivi eum et non est invent us locus ejus. (Ps. 36.) C'est le verset que
Racine a paraphrasé dans ces vers si connus :
« J'ai vu l'impie élevé sur la terre , • Semblable au cèdre , etc. »
(29a) Son lieu. Tu ne sauras jamais où sont ses dépouilles mortelles. (29}) Quant du, etc. Quant au reste, savoir si son âme est dans le ciel ou dans l'enfer, je m'aUstiens d'en parler.
( 1*4) Il n'appartient à moy pécheur ; 295 Aux Théologiens le remectz ; Car c'est office de prcscheur:
Si. ne suys , bien le considère r Fila d'ange , portant dyademe v De telle , ne d'autre sydèrc.
3oo Mon père est mort, Dieu en aytTame»
Quant est du corps , il gyst soubz lame.
J'entends que ma mère mourra ; Et ]e sçait bien la pauvre femme ; Et le fi h pas ne demourra.
HUIT, xxxix.*
3o5 Je congnoys que pauvres et riches , Sages et folz prebstres et laiz , Noble et vilain, larges et chiches,
(394) //, etc. Cela ne me regarde pas.
(296) Car, etc. Car cette question est du ressort de ceux qui prêchent la foi.
(297) Bien te considère. Je ne 1 Ignore pas.
(2cfi)Filz t etc. Fils de prince couronné. Les rois sont les anges de Dieu sur la terre.
(299) De telle. Ni fils d'un astre pareil ou de tout autre. Marot ne comprenant pas le "sens de ce vers avoit mis dans sa version. Detitoille, etc. Telle sydere se rapporte à ange.
(300) Ame rime avec dyadème, qu'il faut, dit Marot, «prononcera • l'antique ou à la parisienne, c'est-à-dire, dyadame. »
(3oi) Gyst soubz lame. Il est dans la tombe, sous la lame de cuivre. (3o2) J'entends , etc. Je comprends que , etc. * Ce huitain n'est pas dans le Manuscrit.
(307) Larges et chiches. Prodigues et avares.
Petit et grans , et beaulx et laidz 9 Dames à rebrassez colletz, 3 10 De quelconque condition, Portant attours et bourrelets , Mort saisit sans exception.
Et meure Paris ou Hélène , Quiconques meurt, meurt à douljeur.
3i5 Celluy qui perd vent, et alaine, Son fiel se crève sur son cueur ; Pays sent, dieu sçait quel sueur, Et n'est qui de ses maulx l'allège ; Car enfans n'a, frère, ne sœur ,
320 Qui lors voulsist estre son pleige.
La mort le faict frémir, pallir, Le nez courber, les veines tendre , Le col enfler, la chair mollir, Joinctes et nerfz croistre et estendrc.
(3©o,) Dames à rebrasse*. Les dames de la cour portaient alors des collets fort hauts et bien plissés.
(Su) Bourrelet». Coiffure fort élégante en ce temps là. (3i4) A douleur. Avec douleur.
(3i5) Celluy, Celui qui perd sa respiration.
(3i6) Son fiel. L'amertume se répand sur toutes ses affections. (3 17) Puis sent. Il éprouve ensuite.
ÇS20) Qui tors. Qui en ce moment voulût répondre pour lui. ' (3a 1) Frémir. Frissonner.
(3*4) Joinctes. Elle fait enfler et allonger les jointures et les nerfs.
325 Corps fémibin qui tafnt es tendre, Polly, souef , si précieulx.
Te fauldra il ces maul* attendre ?
Ouy ; ou tout vif aller es cicuhe.
te»
BALLADE I