LIVRE TROISIÈME
lement contre le mystère de la Trinité sont si fortes qu'il n'estpas possible d'en donner des solutions claires, évidentes, et qui ne choquent en rien notre faible raison, parce qu'en effet ces mystères sont incompréhensibles.
Le meilleur moyen de convertir les hérétiques n'est donc pas de les accoutumer à faire usage de leur esprit en ne leur apportant que des arguments incertains tirés de la philosophie, parce que les vérités dont on veut les instruiriî ne sont pas soumises à la raison. Il n'est pas même toujours à propos de se servir de ces raisonnements dans des vérités qui peuvent être prouvées par la raison aussi bien que par la tradition, comme l'immortalité de l'âme, le péché originel, la nécessité de la grâce, le désordre de la nature, et quelques autres, de peur que leur esprit, ayant une fois goûté l'évidence des raisons dans ces questions, ne veuille point se soumettre à celles qui ne se peuvent prouver que par la tradition. Il faut, au contraire, les obliger à se défier de leur esprit propre en leur faisant sentir sa faiblesse, *sa limitation et sa disproportion avec nos mystères.; et quand l'orgueil de leur esprit sera abattu, alors il sera facile de les faire entrer dans les sentiments de l'Église en leur représentant que l'infaillibilité est renfermée dans l'idée de toute société divine, et en leur expliquant la tradition de tous les siècles s'ils en sont capables^
Mais si les hommes détournent continuellement leur vue de dessus la faiblesse et la limitation de leur esprit, une présomption indiscrète leur enflera le courage^ une lumière trompeuse les éblouira, l'amour de la gloire les aveuglera. Ainsi les hérétiques seront éternellement hérétiques, les philosophes, opiniâtres et en tê-^ tés, et l'on ne cessera jamais de disputer sur toutes les choses, dont on disputera, tant qu'on en voudra disputer.
1 Voy. les Entr, sur la Met. et sur la Ueligion,