‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 188 sur 241 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

traire, il s'applique sérieusement à la recherche de la vérité. C'est pourquoi ceux-là sont peu raisonnables, qui méprisent la philosophie de M. Descartes sans la savoir, et par celte unique raison, qu'il paraît comme impossible qu'un homme seul ait trouvé la vérilé dans des choses aussi cachées que sont celles de la nature. Mais s'ils savaient la manière dont ce philosophe a vécu, les moyens dont il s'est servi dans ses éludes pour empêcher que la capacité de son esprit ne fût partagée par d'autres objets que ceux dont il voulait découvrir la vérité, la netteté des idées sur lesquelles il a établi sa philosophie, et généralement tous les avantages qu'il a eus sur les anciens par les nouvelles découvertes, ils en recevraient sans doute un préjugé plus fort et plus raisonnable que celui de l'antiquité, qui autorise Aristote, Platon et plusieurs autres.

Cependant je ne leur conseillerais pas de s'arrêter à ce préjugé, et de croire que M. Descartes est un grand homme, et que sa philosophie est bonne à cause des choses avantageuses que l'on en peut dire. M. Descartes était homme comme les autres, sujet àl'erreur età l'illusion comme les autres ; il n'y a aucun de ses ouvrages, sans même excepter sa géométrie, où il n'y ait quelque marque de la faiblesse de l'esprit humain. 11 ne faut donc point le croire sur sa parole, mais le lire, comme il nous en avertit lui-même, avec précaution, en examinant s'il ne s'est point trompé, et ne croyant rien de ce qu'il dit que ce que l'évidence et les reproches secrets de notre raison nous obligeront de croire ; car en un mot l'esprit ne sait véritablement que ce qu'il voit avec évidence.

Nous avons montré dans les chapitres précédents que notre esprit n'était pas infini, qu'il avait au contraire une capacité fort médiocre, et que cette capacité était ordinairement remplie parles sensations de l'âme,

et enfin que l'esprit, recevant sadirection de la volonté, ne pouvait regarder fixement quelque objet sans en être bientôt détourné par son inconstance et par sa légèreté. I] est indubitable que ces choses sont \e$ causes les plus généi'ales de nos erreurs; et l'on pourrait s'arrêter ici encore davantage pour le faire voir dans le particulier. Mais ce que Ton a dit suffit à des personnes capables de quel que attention pour leur faire connaître la faiblesse.de l'esprit de l'homme. On traitera plus au long dans le quatrième et cinquième livre des erreurs qui ont pour cause nos inclinations naturelles et nos passions, dont nous venons déjà de dire quelque chose dans ce chapitre.

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