LIVRE TROISIEME
parce qu'elles ne dépendent point de sa volonté pour exister, et que les idées de ces choses peuvent être présentes à Tesprit quoiqu'elles n'existent pas ; car tout le monde peut avoir Tidée d'une montagne d'or sans qu'il y ait une montagne d'or dans la nature ; et quoique l'on s'appuie sur les rapports de ses sens pour juger de Fexistence des objets, néanmoins la raison ne nous assure point que nous devions toujours en croire nos sens, puisque nous découvrons clairement qu'ils nous trompent. Quand un homme, par exemple, a le sang fort échauffé, ou simplement quand il dort, il voit quelquefois devant ses yeux des campagnes, des combats et choses semblables, qui toutefois ne sont point présents et qui ne furent peut-être jamais. Il est donc indubitable que ce n'est pas en soi-même ni par soi-même que l'esprit voit l'existence des choses, mais qu'il dépend en cela de quelque autre chose.