‹ Œuvres de Malebranche: collationnée sur les meilleurs textes et précédé d'une introductionChapitre 212 sur 241 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

I. La présence intime de l'idée vague de l'ôtre en général est la cause de toutes les abstractions déréglées de l'esprit et de la plupart des chimères de la philosophie ordinaire, qui empêchent beaucoup de philosophes de reconnaître la solidité des vrais principes de physique. — II. Exemple touchant l'essence de la matière.

I. Cette présence claire, intime, nécessaire de Dieu, je veux dire de l'être sans restriction particulière, de Têtre infini, de l'être en général, àTespritde l'homme, agit sur lui plus fortement que la présence de tous les objets finis. Il est impossible qu'il se défasse entièrement de cette idée générale de l'être, parce qu'il ne peut subsister hors de Dieu. Peut-être pourrait-on dire qu'il s'en peut éloigner, à cause qu'il peut penser à des êtres particuliers; mais on setromperait; car quand l'esprit considère quelque être en particulier, ce n'est pas tant qu'il s'éloigne de Dieu que c'est plutôt qu'il s'approche, s'il est permis de parler ainsi, de quelqu'une de ses perfections représentatives de cet être en s'éloignant de toutes les autres. Toutefois, il s'en éloigne de telle manière qu'il ne les perd point entièrement de vue, et qu'il est presque toujours en état de les aller chercher et de s'en approcher. Elles sont toujours présentes à l'esprit, mais l'esprit ne les aperçoit que dans une confusion inexplicable, à cause de sa petitesse et de la grandeur de l'idée de l'être. On peut bien être quelque temps sans penser à soi-même; mais

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