III
434 BECDERCnE DE LA VÉRITÉ.
ainsi expliquer des choses qu'on n*entend point par des choses que non-seulement on ne conçoit pas, mais qu'il n'est pas même possible de concevoir. C'est faire de même que des aveugles qui, voulant parler entre eux des couleurs et en soutenir des thèses, se serviraient pour cela des définitions que les philosophes leur donnent, desquelles ils tireraient plusieurs conclusions. Car comme ces aveugles ne pourraient faire que (les raisonnements plaisants et ridicules sur les couleurs, parce qu'ils n'en auraient pas des idées distinctes, et qu'ils en voudraient raisonner sur des idées générales et de logique; ainsi les philosophes ne peuvent pas faire des raisonnements solides sur les effets de la nature lorsqu'ils ne se servent pour cela que des idées générales et de logique d'acte, de puissance^ d'être, de cause, de principe, de forme, de qualité et d'autres semblables. 11 est absolument nécessaire qu'ils ne s'appuient que sur les idées distinctes ou particulières de la pensée et de l'étendue, et de celles qu'elles renferment ou biefl que l'on en peut déduire. Car on ne doit point s'attendre de connaître la nature sans la considération des idées distinctes qu'on en a ; il vaut mieux ne point méditer que de méditer sur des chimères.
On ne doit pas toutefois assurer qu'il n'y ait que dfis espri ts et des corps, des êtres qui pensent et des êtres étendus, parcequ'ons'ypeuttromper. Car quoiqu'ils suffisent pour expliquer la nature, et par conséquent que Ton puisse conclure, sans crainte de se tromper, que les choses naturelles dont nous avons quelque connaissance dépendent de l'étendue et de la pensée; cependant ilsQ peut absolument faire qu'il y en ait quelques autres dont nous n'ayons aucune idée et dont nous ne voyions aucuns effets.
Les hommes font donc un jugement précipité, quand