CHAPITRE IX
Continuation du même sujet. — I. Preuve générale des erreurs de notre vue touchant le. mouvement. — II. Qu'il est nécessaire de connaître la distance des objets pour juger de la grandeur de leur mouvement. — III. Examen des moyens pour reconnaître les distances.
1. Voici une preuve générale de toutes les erreurs dans lesquelles notre vue nous fait tomber touchant le mouvement.
A soit Tœil du spectateur; C l'objet que je suppose
am-
assez éloigné d*A. Je dis que quoique Tobjet demeure immobile en C, on peut le croire s'éloigner jusqu'au
OU s'approcher jusqu'à B.Que quoique l'objet s'éloigne vers D, on peut le croire immobile en G et môme s'approcher vers B ; et au contraire, quoiqu'il s'approche vers B, on peut le croire immobile en G et môme s'éloigner vers D. Que quoique l'objet se soit avancé depuis G jusqu'en E ou en H, ou jusqu'en G, ou en K, on peut croire qu'il ne s'est mû que depuis G jusqu'à F ou I; et au contraire, que bien que l'objet se soit mû depuis G jusqu'à F ou I, on peut croire qu'il s'est mû jusqu'à E ou H, ou bien jusqu'à G ou K. Que si l'objet se meut par une ligne également distante du spectateur, c'est-à-dire par une circonférence dont le spectateur soit le centre : encore que cet objet se meuve de G en P, on peut croire qu'il ne se meut que deB enO; et au contraire, bien qu'il ne se meuve que de B en 0, on le peut croire se mouvoir de G en P.
Si par delà l'objet G il se trouve un autre objet M, que l'on croie immobile, et qui cependant se meuve vers N ; quoique l'objet G demeure immobile, ou se meuve beaucoup plus lentement vers F, que M vers N, il paraîtra se mouvoir vers Y, et au contraire, si, etc.
IL II est évident que la preuve de toutes ces propositions, hormis de la dernière, où il n'y a point de difQcultés, ne dépend que d'une chose, qui est, que nous ne pouvons d'ordinaire juger avec assurance de la distance des objets. Gar s'il est vrai que nous n'en saurions juger avec certitude, il s'ensuit que nous ne pouvons savoir si G s'est avancé vers D, ou s'il s'est approché vers B, et ainsi des autres propositions.
Or pour voir si les jugements que nous formons de la distance des objets sont assurés, il n'y a qu'à examiner les moyens dont nous nous servons pour en juger; et si ces moyens sont incertains, il ne se peut pas faire que les jugements soient infaillibles. Il y en a plusieurs et il les faut expliquer.