DE L ESPRIT PUR. — II' PARTIE
fluide et la plus subtile, et principalement le soleil; et tant s’en faut qu’il soit sans chaleur et incorruptible , comme disent les sectateurs d’Aristote, qu’au contraire c’est de tous les corps et le plus chaud et le plus sujet au changement. C’est môme lui qui échauffe , qui agite et qui change toutes choses; car c’est lui qui produit par son action , qui n’est autre chose que sa chaleur ou le mouvement de ses parties, tout ce que nous voyons de nouveau dans les changements des saisons. La raison démontre ces choses : mais si on peut résister à la raison, on ne peut résister à l’expérience; car, puisqu’on a découvert dans le soleil , par le moyen des télescopes ou grandes lunettes, des taches aussi grandes que toute la terre qui s’y sont formées et qui se sont dissipées en peu de temps, on ne peut pas davantage nier qu’il ne soit beaucoup plus sujet au changement que la terre que nous habitons.
Tous les corps sont donc dans un mouvement et dans un changement continuel, et principalement ceux qui sont les plus fluides, comme le feu, l’air et l’eau; puis les parties des corps vivants, comme la chair et môme les os. et enfin les plus durs : et l’esprit ne doit pas supposer une espèce d’immutabilité dans les choses , par cette raison qu’il n’y voit point de corruption ni de changement. Car ce n’est pas une preuve qu’une chose soit toujours semblable à elle-même à cause qu’on n’y reconnaît point de différence , ni que des choses ne soient pas à cause que l’on n’en a point d’idée ou de connaissance.