‹ Œuvres de Malebranche (volume 3)Chapitre 3 sur 154 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

miserez. En un mut , comme on désire avec ardeur un bonheur sans l'espérer, on doit tendre avec effort à l'infaillibilité sans y prétendre.

Il ne faut pas s’imaginer qu’il y ait beaucoup à souffrir dans la recherche do la vérité; il ne faut que se rendre attentif aux idées claires que chacun trouve en soi-mème , et suivre exactement quelques règles que nous donnerons dans la suite *. L’exactitude de l’esprit n’a presque rien de pénible; ce n’est point une servitude comme l’imagination la représente ; et si nous y trouvons d’abord quelque difficulté, nous en recevrons bientôt des satisfactions qui nous récompensent abondamment de nos peines; car enfin il n’y a qu’elle qui produise la lumière et qui nous découvre la vérité.

Mais sans nous arrêter davantage à préparer l’esprit des lecteurs, qu’il est bien plus juste de croire assez portés d’eux-mêmes à la recherche de la vérité , examinons les causes et la nature de nos erreurs ; et puisque la méthode qui examine les choses en les considérant dans leur naissance et dans leur origine a plus d’ordre et de lumière, et les fait connaître plus à fond que les autres, tâchons de la mettre ici en usage.

I. L’esprit de l’homme n’étant point matériel ou étendu, est sans doute une substance simple, indivisible, et sans aucune composition de parties; mais cependant on a coutume de distinguer en lui deux facultés, savoir : l 'entendement et la volonté , lesquelles il est nécessaire d’expliquer d’abord , car il semble que les notions ou les idées qu’on a de ces deux facultés ne sont pas assez nettes ni assez distinctes.

Mais parce que ces idées sont fort abstraites et qu’elles ne tombent point sous l’imagination, il semble à propos de les exprimer par rapport aux propriétés qui conviennent à la matière, lesquelles se pouvant facilement imaginer, rendront les notions qu’il est bon d’attacher à ces deux mots entendement et volonté, plus distinctes et même plus familières. Il faudra seulement prendre garde que cos rapports de l’esprit et de la matière ne sont pas entièrement justes, et qu’on ne compare ensemble ces deux choses que pour rendre l’esprit plus attentif et faire comme sentir aux autres ce que l’on veut dire.

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1 Livre 6.

DES SENS

La matière ou l’étendue renferme en elle deux propriétés ou deux facultés. La première faculté est celle de recevoir différentes figures, et la seconde est la capacité d’ètre mue. De même l’esprit de l’homme renferme deux facultés : la première, qui est Y entendement , est celle de recevoir plusieurs idées , c’est-à-dire d’apercevoir plusieurs choses; la seconde, qui est la volonté , est celle de recevoir plusieurs inclinations ou de vouloir différentes choses. Nous expliquerons d’abord les rapports qui se trouvent entre la première des deux facultés qui appartiennent à la matière , et la première de celles qui appartiennent à l’esprit.

L’étendue est capable de recevoir de deux sortes de figures. Les unes sont seulement extérieures , comme la rondeur à un morceau - de cire; les autres sont intérieures, et ce sont celles qui sont propres à toutes les petites parties dont la cire est composée; car il est indubitable que toutes les petites parties qui composent un morceau de cire ont des figures fort différentes de celles qui composent un morceau de fer. J’appelle donc simplement figure celle qui est extérieure , et j’appelle configuration la figure qui est intérieure et qui est nécessaire à toutes les parties dont la cire est composée , afin qu’elle soit ce qu’elle est.

On peut dire de même que les perceptions que l’âme a des idées sont de deux sortes. Les premières , que l’on appelle perceptions pures , sont pour ainsi dire superficielles à l’âme ; elles ne la pénètrent et ne la modifient pas sensiblement. Les secondes , qu’on appelle sensibles, la pénètrent plus ou moins vivement. Tels sont le plaisir et la douleur , la lumière et les couleurs , les saveurs , les odeurs, etc. Car on fera voir dans la suite que les sensations ne sont rien autre chose que des manières d’ètre de l’esprit; et c’est pour cela que je les appellerai des modifications de l’esprit.

On pourrait appeler aussi les inclinations de l’âme des modifications de la même âme. Car, puisqu’il est constant que l’inclination de la volonté est une manière d’être de l’âme, on pourrait l’appeler modification de l’âme ; ainsi que le mouvement dans les corps étant * une manière d’être de ces mêmes corps, on pourrait dire que le mouvement est une modification de la matière. Cependant je n’appelle pas les inclinations de la volonté ni les mouvements de la matière des modifications, parce que ces inclinations et ces mouvements ont ordinairement rapport à quelque chose d’extérieur, car

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