‹ Œuvres de Malebranche (volume 4)Chapitre 94 sur 117 · DES PASSIONS DE L*AME · texte numérisé non relu

DES PASSIONS DE L*AME

vement d'esprits. Mais les choses qui portent en même temps le caractère de la grandeur et celui de la nouveauté ne nous agitent pas seulement; elles nous renversent, elles nous enlèvent, elles nous étourdissent par les secousses violentes qu'elles nous donnent. • Ceux , par exemple , qui ne disent que des paradoxes se font admirer ; car ils ne disent que des choses qui ont le caractère de la nouveauté. Ceux qui ne parlent que par sentences et qui n'emploient que des mots choisis et propres pour le sublime se font respecter, car ils paraissent dire quelque chose de grand. Mais ceux qui joignent le sublime au nouveau , le grand à l'extraordinaire , ne manquent presque jamais d'enlever et d'étourdir le commun des hommes, quand même ils ne diraient que des sottises. Ce gali« matias pompeux et magnifique (insani/ulgores) , ces fausses lumières des déclamateurs éblouissent presque toujours les esprits faibles; elles font une impression si vive et si surprenante sur leur imagination, qu'ils en demeurent tout étourdis , qu'ils respectent cette puissance qui les abat et qui les aveugle, et qu'ils admirent comme des vérités éclatantes des sentiments confus qui ne peuvent s'exprimer.

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