‹ OEuvres de Malebranche (volume 5)Chapitre 117 sur 170 · rm., cap · texte numérisé non relu

rm., cap

3IZi LIVRE QUATRIEME.

j)itent les honnnefi dcms Vahhne de la perdition et de la damnation : car la cupidité est la racine de tous les maux.

Que si nous ne devons pas nous i)Oi ter à la recherche des biens de la terre (\m nous sont nouveaux, parce cpie nous sommes assurés (pie nous n'y trouverons pas le bonheur (jue nous cherchons, nous ne devons pas aussi avoir le moindre désir de savoir les opinions nouvelles sur un Irès-^rand nombre de questions difliciles, parce (pie nous savons d'ailleurs que l'esprit de l'homme n'en saurait découvrir la vérité. La plupart des questions ([ue l'on traite dans la morale et j)rincipalemcnt dans la physi(iue sont de cette nature, et nous devons, par cette raison, nous délier beaucoup des livres (jue l'on compose tous les jours sur ces maticr(^s très-obscures et très-embarrassées, ('ar, quoi<pie absolument parlant, les questions (ju'ils contiennent se puissent résoudre, cependant il y a encore si peu de vérités découvertes et il yen a tant d'autres à savoir avant (pie de venir à celles dont traitent ces livres, (pi'on peut ne les pas lire sans se hasarder de perdre l)eaucoup.

Cependant ce n'est pas ainsi (fue I(\s hommes se conduisent, ils l'ont tout le contraire, ils n'examinent point si ce qu'on leur dit est possible. Il n'y a ([u'à leur promettre des choses extraordinaires, comme la réparation de la chaleur naturelle, de Vhumide radical des esprits vitaux, ou d'autres choses qu'ils n'entendent point, pour exciter leur vaine curiosité et pour les préoccuper. Il suffit pour les éblouir et pour les gagner de leur proposer des paradoxes; de se servir de paroles obscures, de termes d'influences, de l'autorité de (|uel((ues auteurs inconnus, ou bien de faire fjuelque expérience fort sensible et fort extraordinaire, ([uoiqu'elle n'ait même aucun rapport à ce qu'on avance, car il suffit de les étourdir pour les convaincre.

Si un médecin, un chirurgien, un empiricpie citent des passages grecs et latins et se servent de termes nouveaux et extraordinaires ])Our ceux qui les écoulent, ce sont de grands hommes. On leur donne droit de vie et de mort; on les croit comme des oracles; il^ s'imaginent eux-mêmes (ju'ils sont bien au-dessus du commun des hommes et (jii'ils pénètrent le fond des choses ; et si l'on est assez indiscret pour témoigner (ju'on ne prend pas pour raison cinq ou six mots qui ne signifient et qui ne prouvent rien , ils s'imaginent (pj'on n'a pas le sens commun et que l'on nie les premiers principe^. \\v efiet , les premiers principes de ces gens-là sont ciiui ou siv mots latins d'un auteur, ou bien (pielcjuc passage grec s'ils sont plu» habiles.

11 est mémo néces^aire (jue les >a\uuts mxlecins parlent quel-

DES INCLINATIONS» etc. S 15

quefois une langue que leurs malades n'enlendent pas, pour acquérir quelque réputation et pour se faire obéir.

Un médecin qui ne sait que du latin peut bien ôlre estimé au village, parce que du latin c'est du grec et de l'arabe pour les paysans. Mais si un médecin ne sait au moins lire le grec, pour apprendre quelque aphorisme d'Hippocrate, il ne faut pas qu'il s'attende de passer pour savant homme dans l'esprit des gens do ville qui savent ordinairement du latin. Ainsi les médecins, même les plus savants, connaissant cette fantaisie des hommes, se trouvent obligés de parler comme les affronteurs et les ignorants, et l'on ne doit pas toujours juger de leur capacité et de leur bon sens par les choses qu'ils peu\ent dire dans leurs visites. S'ils parlent grec quelquefois, c'est pour charmer le malade et non pas la maladie, car ils savent bien qu'un passage grec n'a jamais guéri personne.

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