‹ OEuvres de Malebranche (volume 5)Chapitre 31 sur 170 · Voy. It» chap. 3 lola «louxiî'me partie du sixième livre · texte numérisé non relu

Voy. It» chap. 3 lola «louxiî'me partie du sixième livre

DES sisNS. as

pour savoir si un homme y est allé d'un mouvement vile ou d'un mouvement lent; il faut outre cela savoir combien il a employé de temps pour en faire le chemin. J'accorde donc que l'on sache au vrai la longueur de ce chemin; mais je nie absolument qu'on paisse connaître exactement par la vue, ni même de quelqu'autre manière que ce soit, le temps qu'on a mis à le faire et la véritable grandeur de la durée.

Cela paraît assez de ce qu'en certains temps une seule heure nous parait aussi longue que quatre ; et au contraire en d'autre^ temps quatre heures s'écoulent insensiblement. Quand, par exem* pie, on est comblé de jqie, les heures ne durant qu'un moment, parce qu'alors le temps passe sans qu'pn y pense. Mais quand on est abattu de tristesse ou que Ton souffre quelque douleur , les jours durent beaucoup plus long-temps. Im raison de ceci est qu'alors l'esprit s'ennuie de sa durée, parce qu'elle lui est pénible. Connme il $'y applique davantage^ il la reconnaît miaule; et ainsi il la trouve p|u^ longue que durant la joie ou quelque occupation agréable qui le fait sortir comme hors de lui pour l'attacher. à l'objet de sa joie ou ^e son occupation. Car de m^rae qu'une personne trouve un tableau d'autant plus grand qu'elle s'arrête à considérer avec plus d'attQntjoïi les moindres phoses qui y son!» représentées ; ou de môme qu'on trouve la tête d'une mouche fort grande quand on en distingue toutes les parties avec up microscope, ami l'esprit trouve sa durée d'£|utant plus grande qu'il la considère avec plu$ d'attention et qu'il en ^ent toutes les parties.

Pe sprte qu^ je ne doutç point que Dieu ne puisse appliquer de telle sorte notre esprit aux parties de la durée , en nous faisant avoir un très-grand nombre de sensatious dans très-peu de temps, qu'une seule heure nous paraisse plusieurs siècles. Car en^n il n'y a point d'instant dans la durée, comme il n'y a point d*atomes dans les corps; et de même que la plus petite partie de la matière se peut diviser à l'innni, on peuf pf^^i fipqner des parties de* durée plus petites et plus petites à l'infini > comnie jl est facile 4e le démontrer. Si donc l'esprit éfait attentif à cps petites parties de sa durée par d($s sanctions qui laissassent quelques traces dan^ |q cery^u, ^e^uelle^ il se pût ressouvenir, il |a trouverai); sau? dput^ beaucoup plu? longue qu'elle ne lui paraît.

Vais enfin l'usage des montres prouve assez qu'on ne connaît point exactement la durée, et cela me suffit. Car puisque l'on ne peut connaître la grandeur du mouvement qu lui-même qu'on ne connaisse auparavant celle de la durée, comme nous l'avons montré , il s'ensuit que si l'on ne peut exactement connaître la gran-

(leur al)>olno i\o la diinV, on no |>out aussi connaîlro oxaolomenl la i!;randour absolue du mouvement.

Mais parce que l'on peut connaître quelques rapports des durées ou des temps les uns avec les autres, on peut aussi connaître quelques rapports des mouvements les uns avec les autres. Car de môme qu'on peut savoir que l'année du soleil est plus longue que celle de la lune, on peut aussi savoir qu'un boulet de canon a plus de mouvement qu'une tortue. De sorte que si nos yeux ne nous font point voir la grandeur absolue du mouvement, ils ne laissent pas de nous aider à en connaître à peu près la grandeur relative ; c'està-dire le rapport qu'un mouvement a avec un autre; et c'est cela seul qu'il est nécessaire de savoir pour la conservation de notre corps.

III. Il y a bien des rencontres dans lesquelles on reconnaît clairement que notre vue nous trompe touchant le mouvement des corps. Il arrive même assez souvent que les choses qui nous paraissent se mouvoir ne sont point mues , et qu'au contraire celles qui nous paraissent comme en repos ne laissent pas d'être en mouvement. Lors, par exemple, qu'on est assis sur le bord d'un vaisseau qui va fort vite et d'un mouvement fort égal, on voit que les terres et les villes s'éloignent; elles paraissent en mouvement, et le vaisseau paraît en repos.

De même , si un homme était placé sur la planète de Mars, il jugerait à la vue que le soleil, la terre et les autres planètes avec toutes les étoiles fixes feraient leur circonvolution environ en 2 i ou 25 heures, qui est le temps que Mars emploie à faire son tour sur son axe. Cependant la terre , le soleil et les étoiles ne tournent point autour de cette planète; de sorte que cet homme verrait des choses en mouvement qui sont en repos, et se croirait en repos quoiqu'il fût en mouvement.

Je ne m'arrête point à expliquer d'où vient que celui qui serait sur le bord d'un vaisseau corrigerait facilement l'erreur de ses yeux, et que celui qui serait sur la planète de Mars demeurerait obstinément attaché à son erreur. Il est trop facile d'en connaître la raison; et on la trouvera encore avec plus de facilité si Ton fait réflexion sur ce qui arriverait à un homme dormant dans un vaisseau qui se réveillerait en sursaut et no verrait à son réveil que le haut du mat de quelque autre vaisseau qui s'approcherait de lui. Car supposé qu'il ne vît point de voiles onflôes de vent, ni de matelots en besogne, et qu'il ne sentit point ra.j:itation et les secousses de son vaisseau ni autre chose semblable : il demeurerait absolument dfii^s le doute , sans savoir lequel dos deux vaisseaux sérail

eo mouvement; ni ses yeux, ni môme sa propre raison ne lui en pourraient rien découvrir.

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