LE TRIOMPHE DE L'AMOUR
CANTATE m.
Filles du dieu de l'univers, Muses, que je me plais dans vos douces retraites! Que ces rivages frais , que ces bois toujours verts, Sont propres à charmer les âmes inquiètes !
Quel cœur n'oublierait ses tourments Au murmure flatteur de cette onde tranquille ? Qui pourrait résister aux doux ravissements
Qu'excite votre voix fertile ?
Non , ce n'est qu'en ces lieux charmants Que le parfait bonheur a choisi son asile.
Heureux qui de vos doux plaisirs Goûte la douceur toujours pure !
Il triomphe des vains désirs ,
Et n'obéit qu'à la nature.
Il partage avec les héros La gloire qui les environne ; Et le puissant dieu de Délos D'un même laurier les couronne.
Heureux qui de vos doux plaisirs Goûte la douceur toujours pure ! Il triomphe des vains désirs, Et n'obéit qu'à la nature.
Mais que vois-je , grands dieux ! quels magiques ^orts
Changent la face de ces bords!
Quelles danses! quels jeux ! quels concerts d'allégresse ! Les Grdc(3s^, les Plaisirs /les Ris et la Jeunesse,
Se rassemblent de toutes parts.
Quel songe me transporte au-dessus du tonnerre ?
Je ne reconnais point la terre Au spectacle enchanteur qui frappe mes regards.
Est-ce la cour suprême Du souverain des dieux ?
Ou Vénus elle-même Descend -elle des cieux ?
Les compagnes de Flore Parfument ces coteaux; Une nouvelle Aurore Semble sortir des eaux ; Et l'olympe se dore De ses feux les plus beaux.
Est-ce la cour suprême Du souverain des dieux ?
Ou Vénus elle-même Descend -elle des cieux ?
Nymphes, quel est ce dieu qui reçoit votre hommage.' Pourquoi cet arc et ce bandeau?
Quel charme en le voyant , quel prodige nouveau
De mes sens interdits me dérobe Fusage ?
Il s'approche; il me tend une innocente main :
Venez , cher tyran de mon âme ,
Venez, je vous fuirais en vain ; Et je vous reconnais à ces traits pleins de flamme
Que vous allumez dans mon sein.
Adieu, Muses, adieu; je renonce à Tenvie De mériter les biens dont vous m'avez flatté;
Je renonce à ma liberté :
Sous de trop douces lois mon âme est asservie ; Et je suis plus heureux dans ma captivité ,
Que je ne le fus de ma vie Dans le triste bonheur dont j'étais enchanté.
AMYMONE.
Sur les rives d'Argos , près de ces bords arides Où la mer vient briser ses flots impérieux ,
La plus jeune des Danaïdes , Amymone , implorait Fassistance des dieux ; Un Faune poursuivait cette belle craintive :
Et , levant ses mains vers les cieux , Neptune, disait-elle, entends ma voix plaintive. Sauve-moi des transports d'un amant furieux !
A l'innocence poursuivie.
Grand dieu , daigne offrir ton secours ; Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
Hélas! ma prière inutile Se perdra-t-elle dans les airs ?
Ne me reste-t-il plus d'asile Que le vaste abîme des mers?
A rînnocence poursuivie , Grand dieu, daigne offrir ton secours ; Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.
La Danaïde en pleurs faisait ainsi sa plainte , Lorsque le dieu des eaux vint dissiper sa crainte. 11 s'avance, entouré d'une superbe cour : Tel jadis il parut aux regards d'Amphitrite ,
Quand il fit marcher à sa suite
L'Hyménée et le dieu d'amour.
Le Faune à son aspect s'éloigne du rivage ;
Et Neptune , enchanté, surpris , L'amour peint dans les yeux , adresse ce langage
A l'objet dont il est épris :
Triomphez, belle princesse , Des amants audacieux :
Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Heureux le cœur qui vous aime , S'il était aimé de vous !
Dans les bras de Vénus même Mars en deviendrait jaloux.
Triomphez , belle princesse , Des amants audacieux :
Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.
Qu'il est facile aux dieux de séduire une belle ! Tout parlait en faveur de -Neptune amoureux,
L'éclat d'une cour immortelle , Le mérite récent d'un secours généreux.
Dieux , quel secours ! Amour, ce sont là de tes jeux : Quel Satyre eût été plus à craindre pour elle? Thétis , en rougissant , détourna ses regards ; Doris se replongea dans ses grottes humides ,
Et par cette leçon apprit aux Néréides A fuir de semblables hasards.
Tous les amants savent feindre ; Nymphes , craignez leurs appas :
Le péril le plus à craindre Est celui qu'on ne craint pas.
L'audace d'un téméraire Est aisée à surmonter :
C'est l'amant qui sait nous plaire Que nous devons redouter.
Tous les amants savent feindre; Nymphes , craignez leurs appas :
Le péril le plus à craindre Est celui qu'on ne craint pas.