‹ OEuvres de Malherbe, poésie et prose;Chapitre 70 sur 124 · LE TRIOMPHE DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

CANTATE m.

Filles du dieu de l'univers, Muses, que je me plais dans vos douces retraites! Que ces rivages frais , que ces bois toujours verts, Sont propres à charmer les âmes inquiètes !

Quel cœur n'oublierait ses tourments Au murmure flatteur de cette onde tranquille ? Qui pourrait résister aux doux ravissements

Qu'excite votre voix fertile ?

Non , ce n'est qu'en ces lieux charmants Que le parfait bonheur a choisi son asile.

Heureux qui de vos doux plaisirs Goûte la douceur toujours pure !

Il triomphe des vains désirs ,

Et n'obéit qu'à la nature.

Il partage avec les héros La gloire qui les environne ; Et le puissant dieu de Délos D'un même laurier les couronne.

Heureux qui de vos doux plaisirs Goûte la douceur toujours pure ! Il triomphe des vains désirs, Et n'obéit qu'à la nature.

Mais que vois-je , grands dieux ! quels magiques ^orts

Changent la face de ces bords!

Quelles danses! quels jeux ! quels concerts d'allégresse ! Les Grdc(3s^, les Plaisirs /les Ris et la Jeunesse,

Se rassemblent de toutes parts.

Quel songe me transporte au-dessus du tonnerre ?

Je ne reconnais point la terre Au spectacle enchanteur qui frappe mes regards.

Est-ce la cour suprême Du souverain des dieux ?

Ou Vénus elle-même Descend -elle des cieux ?

Les compagnes de Flore Parfument ces coteaux; Une nouvelle Aurore Semble sortir des eaux ; Et l'olympe se dore De ses feux les plus beaux.

Est-ce la cour suprême Du souverain des dieux ?

Ou Vénus elle-même Descend -elle des cieux ?

Nymphes, quel est ce dieu qui reçoit votre hommage.' Pourquoi cet arc et ce bandeau?

Quel charme en le voyant , quel prodige nouveau

De mes sens interdits me dérobe Fusage ?

Il s'approche; il me tend une innocente main :

Venez , cher tyran de mon âme ,

Venez, je vous fuirais en vain ; Et je vous reconnais à ces traits pleins de flamme

Que vous allumez dans mon sein.

Adieu, Muses, adieu; je renonce à Tenvie De mériter les biens dont vous m'avez flatté;

Je renonce à ma liberté :

Sous de trop douces lois mon âme est asservie ; Et je suis plus heureux dans ma captivité ,

Que je ne le fus de ma vie Dans le triste bonheur dont j'étais enchanté.

AMYMONE.

Sur les rives d'Argos , près de ces bords arides Où la mer vient briser ses flots impérieux ,

La plus jeune des Danaïdes , Amymone , implorait Fassistance des dieux ; Un Faune poursuivait cette belle craintive :

Et , levant ses mains vers les cieux , Neptune, disait-elle, entends ma voix plaintive. Sauve-moi des transports d'un amant furieux !

A l'innocence poursuivie.

Grand dieu , daigne offrir ton secours ; Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.

Hélas! ma prière inutile Se perdra-t-elle dans les airs ?

Ne me reste-t-il plus d'asile Que le vaste abîme des mers?

A rînnocence poursuivie , Grand dieu, daigne offrir ton secours ; Protège ma gloire et ma vie Contre de coupables amours.

La Danaïde en pleurs faisait ainsi sa plainte , Lorsque le dieu des eaux vint dissiper sa crainte. 11 s'avance, entouré d'une superbe cour : Tel jadis il parut aux regards d'Amphitrite ,

Quand il fit marcher à sa suite

L'Hyménée et le dieu d'amour.

Le Faune à son aspect s'éloigne du rivage ;

Et Neptune , enchanté, surpris , L'amour peint dans les yeux , adresse ce langage

A l'objet dont il est épris :

Triomphez, belle princesse , Des amants audacieux :

Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.

Heureux le cœur qui vous aime , S'il était aimé de vous !

Dans les bras de Vénus même Mars en deviendrait jaloux.

Triomphez , belle princesse , Des amants audacieux :

Ne cédez qu'à la tendresse De qui sait aimer le mieux.

Qu'il est facile aux dieux de séduire une belle ! Tout parlait en faveur de -Neptune amoureux,

L'éclat d'une cour immortelle , Le mérite récent d'un secours généreux.

Dieux , quel secours ! Amour, ce sont là de tes jeux : Quel Satyre eût été plus à craindre pour elle? Thétis , en rougissant , détourna ses regards ; Doris se replongea dans ses grottes humides ,

Et par cette leçon apprit aux Néréides A fuir de semblables hasards.

Tous les amants savent feindre ; Nymphes , craignez leurs appas :

Le péril le plus à craindre Est celui qu'on ne craint pas.

L'audace d'un téméraire Est aisée à surmonter :

C'est l'amant qui sait nous plaire Que nous devons redouter.

Tous les amants savent feindre; Nymphes , craignez leurs appas :

Le péril le plus à craindre Est celui qu'on ne craint pas.

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