‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1007 sur 1238 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

FRONTIN, ERGASTE

BRGASTE.

Eh bien ! Frontin, on n'est plus fâché ; et le billet a été bien reçu, n'est-ce pas?

FRONTIN, d*un air triete.

Qui est-ce qui vous fournit vos nouvelles, monsieur?

BROASTB.

Pourquoi?

PRONTIN.

C'est que moi, qui sors de la mêlée, je vous en apporte d'un peu différentes.

BRGASTB.

Qtt'est^il donc arrivé?

FRONTIN

Tirez sur ma figure l'horoscope de notre fortune.

BROASTB.

Et mon billet?

FRONTIN

Hélas! c'est le plus maltraité. Ne voyez-vous pas bien que j'en porte le deuil d'avance?

ERGASTE

Qu'est-ce que c'est que d'avance? Où est-il?

FRONTIN

Dans ma poche, en fort mauvais état. (Ule tire.) Tenez, jugez vous-même s'il peut en revenir.

BRGASTB.

Il est déchiré!

FRONTIN

Oh! cruellement; et bien m'en a pris d'être d'une étoffe d'un peu plus de résistance que lui ; car je ne reviendrais pas en meilleur état. Je ne dis rien des ignominies qui ont accompagné notre disgr&ce, et dont j'ai risqué de vous rapporter un certificat sur ma joue.

BRGASTB.

Lisette, qui sort d'ici, m'a donc joué?

Eh ! que vous a-t-elle dit, cette double soubrette?

BRGASTB.

Que j'attendisse sa maîtresse ici, qu'elle allait y venir pour me parler, et qu'elle ne songeait à rien.

FRONTIN

Ce que vous me dites là ne vaut pas le diable. Ne vous fiez point à ce calme-là, vous en serez la dupe, monsieur. Nous revenons houspillés, votre billet et moi; allez-vous-en, sauvez le corps de réserve.

BRGASTB.

Dis-moi donc ce qui s'est passé.

FRONTIN

Eu voici la courte et lamentable histoire. J'ai trouvé l'inhumaine à trente ou quarante pas d'ici. Je vole à elle, et je l'aborde en courrier suppliant: C'est de la part du marquis Ergaste, lui dis-je d'un ton de voix qui demandait la paix. — Qu'est-ce, mon ami? Qui êtes-vous, et que voulez-vous? Qu'est-ce que c'est que cet Ergaste? Allez, vous vous méprenez. Retirez-vous ; je ne connais point cela. — Madame, que votre beauté ait pour agréable de m'entendre. Je parle pour un homme à demi mort, et peut-être actuellement défunt, qu'un petit nègre est venu de votre part assassiner dans des tablettes; et voici les mourantes lignes que vous adresse dans ce papier son douloureux amour. Je pleurais moi-mêmeen lui tenant ces propos lugubres; on eût dit que vous étiez enterré, et que c'était votre testament que j'apportais.

Achève. Que t'a-t-elle répondu?

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