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LA MÈRE CONFIDENTE, ACTE II, SCÈNE XII

ANGÉLIQUE, d'un air interdit, à part.

Que je suis confuse !

MADAME ARGANTE

Grâce au ciel, te voilà donc encore plus respectable, plus digne d'être aimée, plus digne que jamais de faire de mes délices. Que tu me rends glorieuse, Angélique I

ANGÉLIQUE, pleurant.

Ah! ma mère, arrêtez, de grâce.

MADAME ARGANTE

Que vois-je? Tu pleures, ma fille; tu viens de triompher de toi-même, tu me vois enchantée, et lu pleures I

ANGÉLIQUE, 9e jetant à tes genoux.

Non, ma mère, je ne triomphe point. Votre joie et vos tendresses me confondent; je ne les mérite point.

MADAME ARGANTE la relève.

Relève-toi, ma chère enfant. D'où te viennent ces mouvements où je te reconnais toujours? Que veulent-ils dire?

ANGÉLIQUE

Hélas! c'est que je vous trompe.

MADAME ARGANTE

Toi? {Un moment san» rien dire.) NOD, tU ne me

trompes point, puisque tu me l'avoues. Achève; voyons de quoi il est question.

Vous allez frémir ! On m'a parlé d'enlèvement.

MADAME ARGANTE

Je n'en suis point surprise. Je te l'ai dit; il n'y a rien dont ces élourdis-là ne soient capables; et je suis persuadée que tu en as plus frémi que moi.

ANGÉLIQUE

J'en ai tremblé, il est vrai; j'ai pourtant eu la faiblesse de lui pardonner, pourvu qu'il ne m'en parle plus.

MADAME ARGANTE

N'importe; je m'en fie à tes réflexions; elles te donneront bien du mépris pour lui.

ANGÉLIQUE

Eh ! voilà encore ce qui m'afflige dans l'aveu que je vous fais; c'est que vous allez le mépriser vous-même. Il est perdu; vous n'étiez déjà que trop prévenue contre lui; et cependant il n'est point si méprisable. Permettez que je le justifie : je suis peut-être prévenue moi-même; mais vous m'aimez, daignez m'entendre, portez vos bontés jusque-là. Vous croyez que c'est un jeune homme sans caractère, qui a plus de vanité que d'amour, qui ne cherche qu'à me séduire, et ce n'est point cela, je vous assure. Il a tort de m'avoir proposé ce que je vous ai dit; mais il faut regarder que c'est le tort d'un homme au désespoir, que j'ai vu fondre en larmes quand j'ai paru irritée; d'un homme à qui la crainte de me perdre a tourné la tête. Il n'a point de bien, il ne s'en est point caché, îl nie Ta dit. Il ne lui restait donc point d'autre ressource que celle dont je vous parle; ressource

que je condamne comme vous, mais qu'il n^ m'a proposée que dans la seule vue d'être à moi. C'est tout ce qu'il y a compris; car il m'adore, on n'en peut douter.

MADAME ARGANTE

Eh! ma fille! il y en aura tant d'autres qui t'aimeront encore plus que lui.

ANGÉLIQUE

Oiïl ; mais je ne les aimerai pas, moi, m'aimassent-ils davantage ; et cela n'est pas possible.

MADAME ARGANTE

D'ailleurs, il sait que tu es riche.

ANGÉLIQUE

Il l'ignorait quand il m'a vue ; et c'est ce qai devrait l'empêcher de m'aimer. Il sait bien que quand une fille est riche, on ne la donne qu'à un homme qui a d'autres richesses, tout inutiles qu'elles sont; c'est du moins l'usage; le mérite n'est compté pour rien.

MADAME ARGANTE

Tu le défends d'une manière qui m'alarme. Que penses-tu donc de cet enlèvement? Dis-moi, tu es la franchise même ; ne serais-tu point en danger d'y consentir?

ANGÉLIQUE

Ah ! je ne crois pas, ma mère.

MADAME ARGANTE

Ta mère ! Ah ! le ciel la préserve de savoir seulement qu'on te le propose ! Ne te sers plus de ce nom ; elle ne saurait le soutenir dans cette occasion-ci. Mais pourrais-tu la fuir? te sentirais-ta la force de l'affliger jusque-là, de lui donner la mort, de lui porterie poignard dans le sein?

J'aimerais mieux mourir moi-même.

MADAME ARGANTE

Survivrait-elle à l'affront que tu te ferais? Souffre à ton tour que mon amitié te parle pour elle. Lequel aimes-tu le mieux, ou de cette mère qui t'a inspiré mille vertus, ou d'un amant qui veut telesôlcr toutes?

ANGÉLIQUE

Vous m'accablez. Dites-lui qu'elle ne craigne rien de sa fille; dites-lui que rien ne m'est plus cher qu'elle, et que je ne verrai plus Dorante, si elle me condamne à le perdre.

MADAME ARGANTS;

Et que perdras-tu dans un inconnu qui n'a rien?

ANGÉLIQUE

Tout le bonheur de ma vie. Ayez la bonté de lui dire aussi que ce n'est point la quantité de biens qui rend heureuse, que j'en ai plus qu'il n'en faudrait avec Dorante, que je languirais avec un autre. Rapportez-lui ce que je vous dis là, et que je me soumets à ce qu'elle en décidera.

MADAME ARGANTE

Si tu pouvais seulement passer quelque temps

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