LES FAUSSES CONFIDENCES, ACTE I, SCÈNE XL
Est-ce là la figure d'an intendant? Il n'en a non plus lair...
ICARTHOR, à part auut L'air n'y fait rien : je vous réponds de lui: a'est rhomme qu'il nous faut.
JUAnàMB ARGANTE.
Pourvu que monsieur ne s'écarte pas des iatentions que nous avons, il me sera indifférent que te soit lui ou un autre.
DORANTE
Peut-on savoir ces intentions, madame ?
ICADAMB ARGANTE.
Connaissez-vous monsieur le comte Dorimont? C'est un homme d'un beau nom. Ma fille et lui allaient avoir un procès ensemble, au sujet d'une terre considérable; il ne s'agissait pas moins que de savoir à qui elle resterait, et on a songé à les marier, pour empêcher qu'ils ne plaident. Ma fille est veuve d'un homme qui était fort considéré dans le monde, et qui l'a laissée fort riche : mais madame la comtesse Oorimont aurait un rang si élevée irait de pair avec des personnes d'une si grande distinction, qu'il me tarde de voir ce mariage conclu; et, je l'avoue, je serais charmée moi-même d'être la mère de madame la comtesse Dorimont, et plus que cela peut-être : car monsieur le comte Dorimont est en passe d'aller à tout.
DORANTE
Les paroles sont -elles données de part et d'autre?
HADAMB ARGANTE.
Pas tout à fait encore^ mais à peu près : ma fille n'en est pas éloignée. Elle souhaiterait seulement, dit-elle, d'être bien instruite de l'état de l'aflïiire» et savoir si elle n'a pas meilleur droit que monsieur le comte^ afin que, si elle l'épouse, il lui en ait plus d'obligation : mais j'ai quelquefois peur que ce ne soit une défaite. Ma fille n'a qu'un défaut; c'est que je ne lui trouve pas assez d'élévation : le beau nom de Dorimont et le rang de comtesse ne la touchent pas assez; elle ne sent pas le désagrément qu'il y a de n'être qu'une bourgeoise. Elle s'endort dans cet état, malgré le bien qu'elle a.
DORANTE, doucement.
Peut-être n'en sera-t-elle pas plus heureuse, si elle en sort.
MADAME ARGANTE, vivement.
n ne s'agit pas de ce que vous en pensez : gardez votre petite réflexion roturière, et servez-nous si vous voulez être de nos amis.
C'est un petit trait de morale qui ne gâte rien à notre affaire.
MADAME ARGANTE
Morale subalterne, qui me dépldlt,
DORANTE
De quoi est-il question, madame?
MADAME ARGANTE
De dire à ma fille, quand vous aurez vu ses papiers, que son droit est le moins bon; que si elle plaidait, elle perdrait.
DORANTE
Si effectivement son droit est le plus faible, je ne manquerai pas de l'en avertir, madame.
MADAME ARGANTE, A part, A Marthon,
Hum! quel esprit borné! (â Dorante.) Vous n'y êtes point; ce n'est pas là ce qu'on vous a dit : on vous charge de lui parler ainsi,, indépendamment de son droit bien ou mal fondé.
DORANTE
Mais, madame, il n'y aurait point de probité à la tromper.
MADAME ARGANTE
De probité! J'en manque donc, moi? Quel raisonnement! C'est moi qui suis sa mère, et qui vous ordonne de la tromper à son avantage, entendez-vous? Cest moi, moi.
Il y aura toujours de la mauvaise foi de ma part.
MADAME ARGANTE, A part à Marlhon.
C'est un ignorant que cela, qu'il faut renvoyer. Adieu, monsieur l'homme d'afiaires, qui n'avez fait celles de personne.
(Blieêort.)