‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1105 sur 1238 · ACTE TROISIÈME SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME SCÈNE I

DORANTE, DUBOIS

NoDb VOUS dis-je; ne perdons point de temps. La lettre est-elle prête?

DORANTE, ia lui mofUroil.

Oui, la voilà, et j'ai mis dessus: Rue du Figuier.

DUBOIS

Vous êtes bien assuré que Lubin ne sait pas ce quartier-là?

DORANTE

Il m'a dit que non.

DUBOIS

Lui avez-vous bien recommandé de s'adresser à Martbon ou à moi pour savoir ce que c'est?

OOBANTB.

Sans doute, et je le lui recommanderai encore.

DUBOIS

Allez donc la lui donner : je me charge du reste auprès de Marthon, que je vais trouver.

DORANTE

Je t*avoue que j'hésite un peu. N'allons-nous pas trop viteavecAraminte? Dans l'agitation des mouvements où elle est, veux-tu encore lui donner l'embarras de voir subitement éclater l'aventure?

DUBOIS

Oh I oui : point de quartier. Il faut l'achever pendant qu'elle est étourdie. Elle ne sait plus ce qu'elle fait. Ne voyez-vous pas bien qu'elle triche avec moi, qu'elle me fait accroire que vous ne lui avez rien dit? Ah ! je lui apprendrai à vouloir me souffler mon emploi de confident pour vous aimer en fraude.

DORANTE

Que j'ai souffert dans ce dernier entretien ! Puisque tu savais qu'elle voulait me faire déclarer, que ne m'en avertissais-tu par quelques signes?

DUBOIS

Cela aurait été joli, ma foi! elle ne s'en serait point aperçue, n'est-ce pas? Et d'ailleurs votre douleur n'en a paru que plus vraie. Vous repentez-vous de l'effet qu'elle a produit? Monsieur a souffert! Parbleu! il me semble que cette aventure-ci mérite un peu d'inquiétude.

DORANTE

Sais-tu bien ce qui arrivera? Qu'elle prendra son parti, et qu'elle me renverra tout d'un coup.

DUBOIS

Je l'en défie : il est trop tard. L'heure du courage est passée; il faut qu'elle nous épouse.

DORANTE

Prends-y garde : tu vois que sa mère la fatigue.

DUBOIS

Je serais bien fâché qu'elle la laissât en repos.

DORANTE

Elle est confuse de ce que Marthon m'a surpris à ses genoux.

DUBOIS

Ah! vraiment, des confusions! Elle n'y est pas; elle va en essuyer bien d'autres! C'est moi qui, voyant le train que prenait la conversation, ai fait ; venir Marthon une seconde fols.

LES FAUSSES CONFffiENCES, ACTE III, SCÈNE III.

DORANTE

Araminie pourtant m'a dit que Je lui étais insupportable.

DUBOIS

Elle a raison. Voulez-vous qu'elle soit de bonne humeur avec un homme qu'il faut qu'elle aime en dépit d'elle? Cela est-il agréable ? Vous vous emparez de son bien, de son cœur; et cette femme ne criera pas ! Allez vite ; plus de raisonnement : laissez-vous conduire.

DORANTS.

Songe que je l'aime, et que si notre précipitation réussit mal, tu me désespères.

DUOOIS,

Ahl je sais bien que vous Taimez: c'est à cause de cela que je ne vous écoute pas. Étes-vous en état de juger de rien? Allons, allons, vous vous moquez. Laissez faire un homme de sang-froid. Partez; d'autant plus que voilà Marthon qui vient à propos et que je vais tâcher d'amuser, en attendant que vous envoyiez Lubin.

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