ARAMINTE, MADAME ARGANTE, M. REMI, LE COMTE, DORANTE, MARTHON
MABTHON, froidement.
Ne TOUS pressez pas de le renvoyer, madame ; Toilà une lettre de recommandation pour lui, et c'est monsieur Dorante qui l'a écrite.
ARAHINTE.
Comment?
MARTHON, donnant la lettre au comte.
Un instant, madame, cela mérite d'être écouté; la lettre est de monsieur, vous dis-je.
LE COMTE lit haut, « Je vous conjure, mon cher ami, d'être demain a sur les neuf heures du matin chez vous; j'ai « bien des choses à vous dire. Je crois que je vais < sortir de chez la dame que vous savez ; elle ne « peut plus ignorer la malheureuse passion que « j'ai prise pour elle, et dont je ne guérirai ja- A mais.
MADAME ARGANTB.
De la passion ! entendez-vous, ma fille?
LE COMTE lit,
« Un misérable ouvrier que je n'attendais pas « est venu ici pour m'apporter la boite de ce pora trait que j'ai fait d'elle.
MADAME ARGANTE
C'est-à-dire que le personnage sait peindre.
c J'étais absent, il l'a laissé à une fille de la « maison.
MADAME ARGANTB, à Marthon,
Fille de la maison : cela vous regarde.
LE COMTE lit,
tt On a soupçonné que ce portrait m'appartenait, tt Ainsi je pense qu'on va tout découvrir, et qu'a- « vec le chagrin d'être renvoyé, et de perdre le « plaisir de voir tous les jours celle que j'adore...
MADAME ARGANTE
Que j'adore? Ah! que j'adore!
LE COMTE lit,
a J'aurai encore celui d'être méprisé d'elle.
MADAME ARGANTE
Je crois qu'il n'a pas mal deviné celui-là, ma fille.
LE COMTE lit,
« Non pas à cause de la médiocrité de ma forci lune, sorte de mépris dont je n'oserais la croire « capable..*
MADAME ARGANTE
Et pourquoi non ?
LE COMTE /l7.
« Mais seulement à cause du peu que je vaux a auprès d'elle, tout honoré que je suis de l'estime a de tant d'honnêtes gens.
En vertu de quoi l'esiiment-ils tant?
LE COMTE lit,
c Auquel cas je n'ai plus que faire à Paris. Vous « êtes à la veille de vous embarquer, et je suis « déterminé à vous suivre, n
MADAME ARGANTB.
Bon voyage au galant !
M. REMI
Le beau motif d'embarquement!
MADAME ARGANTB.
Eh bien! en avez-vous le cœur net, ma fille?
LE COMTE
L'éclaircissement m'en paraît complet.
ARAMINTE, â Dorante,
Quoi ! cette lettre n'est pas d'une écriture contrefaite? Vous ne la niez point?
DORANTE
Madame...
ARAMINTE
Retirez-vous.
M. REMI
Eh bien! quoi? C'est de l'amour qu'il a; ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles personnes en donnent; et tel que vous le voyez, il n'en a pas pris pour toutes celles qui auraient bien voulu lui en donner. Cet amour-là lui coûte quinze mille livres de rente, sans compter les mers qu'il veut courir: voilà le mal; car, au reste, s'il était riche, le personnage en vaudrait bien un autre : il pourrait
bien dire qu'il adore, (contrefaisant madame Argante,)
Et cela ne serait point si ridicule. Accommodez-vous ; au reste, je suis votre serviteur, madame.
[Il sort.)
MARTHON.
Fera-t-on monter l'intendant que monsieur le comte a amené, madame?
ARAMINTE
N'entendrai-je parler que d'intendants ? Allezvous-en ; vous prenez mal votre temps pour me faire des questions.
(Marlhon sort,) MADAME ARGANTB.
Mais, ma fille, elle a raison; c'est monsieur le comte qui vous en répond, il n'y a qu'à le prendre.
ARAMINTE
Et moi je n'en veux point.
LE COMTE
Est-ce à cause qu'il vient de ma part, madame?
ARAMINTE
Vous êtes le maître d'interpréter, monsieur; mais je n'en veux point.
LE COMTE
Vous vous expliquez là-dessus d'un air de vivacité qui m'étonne.
Mais, en effet, je ne vous reconnais pas. Qu'cst-co qui vous fâche?