‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1113 sur 1238 · ARAMINTE, MADAME ARGANTE, M. REMI, LE COMTE, DORANTE, MARTHON · texte numérisé non relu

ARAMINTE, MADAME ARGANTE, M. REMI, LE COMTE, DORANTE, MARTHON

MABTHON, froidement.

Ne TOUS pressez pas de le renvoyer, madame ; Toilà une lettre de recommandation pour lui, et c'est monsieur Dorante qui l'a écrite.

ARAHINTE.

Comment?

MARTHON, donnant la lettre au comte.

Un instant, madame, cela mérite d'être écouté; la lettre est de monsieur, vous dis-je.

LE COMTE lit haut, « Je vous conjure, mon cher ami, d'être demain a sur les neuf heures du matin chez vous; j'ai « bien des choses à vous dire. Je crois que je vais < sortir de chez la dame que vous savez ; elle ne « peut plus ignorer la malheureuse passion que « j'ai prise pour elle, et dont je ne guérirai ja- A mais.

MADAME ARGANTB.

De la passion ! entendez-vous, ma fille?

LE COMTE lit,

« Un misérable ouvrier que je n'attendais pas « est venu ici pour m'apporter la boite de ce pora trait que j'ai fait d'elle.

MADAME ARGANTE

C'est-à-dire que le personnage sait peindre.

c J'étais absent, il l'a laissé à une fille de la « maison.

MADAME ARGANTB, à Marthon,

Fille de la maison : cela vous regarde.

LE COMTE lit,

tt On a soupçonné que ce portrait m'appartenait, tt Ainsi je pense qu'on va tout découvrir, et qu'a- « vec le chagrin d'être renvoyé, et de perdre le « plaisir de voir tous les jours celle que j'adore...

MADAME ARGANTE

Que j'adore? Ah! que j'adore!

LE COMTE lit,

a J'aurai encore celui d'être méprisé d'elle.

MADAME ARGANTE

Je crois qu'il n'a pas mal deviné celui-là, ma fille.

LE COMTE lit,

« Non pas à cause de la médiocrité de ma forci lune, sorte de mépris dont je n'oserais la croire « capable..*

MADAME ARGANTE

Et pourquoi non ?

LE COMTE /l7.

« Mais seulement à cause du peu que je vaux a auprès d'elle, tout honoré que je suis de l'estime a de tant d'honnêtes gens.

En vertu de quoi l'esiiment-ils tant?

LE COMTE lit,

c Auquel cas je n'ai plus que faire à Paris. Vous « êtes à la veille de vous embarquer, et je suis « déterminé à vous suivre, n

MADAME ARGANTB.

Bon voyage au galant !

M. REMI

Le beau motif d'embarquement!

MADAME ARGANTB.

Eh bien! en avez-vous le cœur net, ma fille?

LE COMTE

L'éclaircissement m'en paraît complet.

ARAMINTE, â Dorante,

Quoi ! cette lettre n'est pas d'une écriture contrefaite? Vous ne la niez point?

DORANTE

Madame...

ARAMINTE

Retirez-vous.

M. REMI

Eh bien! quoi? C'est de l'amour qu'il a; ce n'est pas d'aujourd'hui que les belles personnes en donnent; et tel que vous le voyez, il n'en a pas pris pour toutes celles qui auraient bien voulu lui en donner. Cet amour-là lui coûte quinze mille livres de rente, sans compter les mers qu'il veut courir: voilà le mal; car, au reste, s'il était riche, le personnage en vaudrait bien un autre : il pourrait

bien dire qu'il adore, (contrefaisant madame Argante,)

Et cela ne serait point si ridicule. Accommodez-vous ; au reste, je suis votre serviteur, madame.

[Il sort.)

MARTHON.

Fera-t-on monter l'intendant que monsieur le comte a amené, madame?

ARAMINTE

N'entendrai-je parler que d'intendants ? Allezvous-en ; vous prenez mal votre temps pour me faire des questions.

(Marlhon sort,) MADAME ARGANTB.

Mais, ma fille, elle a raison; c'est monsieur le comte qui vous en répond, il n'y a qu'à le prendre.

ARAMINTE

Et moi je n'en veux point.

LE COMTE

Est-ce à cause qu'il vient de ma part, madame?

ARAMINTE

Vous êtes le maître d'interpréter, monsieur; mais je n'en veux point.

LE COMTE

Vous vous expliquez là-dessus d'un air de vivacité qui m'étonne.

Mais, en effet, je ne vous reconnais pas. Qu'cst-co qui vous fâche?

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