‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1115 sur 1238 · ARAMINTE, DUBOIS · texte numérisé non relu

ARAMINTE, DUBOIS

DUBOIS

Enfin, madame, à ce que je vois, vous en voilà délivrée : qu'il devienne tout ce qu'il voudra à présent; tout le monde a été témoin de sa folie, et vous n'avez plus rien à craindre de sa douleur; il ne dit mot. Au reste, je viens seulement de le rencontrer plus mort que vif, qui traversait la galerie pour aller chez lui. Vous auriez trop ri de le voir soupirer; il m'a pourtant fait pille : je l'ai vu si défait, si pâle et si triste, que j'ai eu peur qu'il ne se trouvât mal.

ARAMINTE, qui ne l'a pas regardé jitsque-iû^ et qui a tovjourê rêvéf dit d'un ton haut :

Mais qu'on aille donc voir; quelqu'un l'a-t-il suivi? Que ne le secouriez-vous? Faut-il tuer cet homme?

DUBOIS

J'y al pourvu, madame ; j'ai appelé Lubin, qui ne le quittera pas, et je crois d'ailleurs qu'il n'arrivera rien ; voilà qui est fini : je ne suis venu que pour vous dire une chose; c'est que je pense qu'il demandera à vous parler, et je ne conseille pas à madame de le voir davantage, ce n'est pas la peine.

ARAMINTE, zèchemenU

Ne vous embarrassez pas; ce sont mes affaires.

DUBOIS

En un mot, vous en êtes quitte; et cela par le moyen de cette lettre qu'on vous a lue, et que mademoiselle Marthon a tirée de Lubin par mon avis : je me suis douté qu'elle pourrait vous être utile; et c'est une excellente idée que j'ai eue là, n'est-ce pas, madame ?

ARAMUCTB, froidement,

Quoil c'est à vous que j'ai l'obligation delà scène qui vient de se passer?

DUBOIS, Uhremtnt. Oui, madame.

ARAMINTE

Méchant valet , ne vous présentez plus deTant moi.

DUBOIS, comme étonné.

Hélas, madame! j'ai cru bien faire.

ARAMINTE

Allez, malheureux, il fallait m'obéir; je vous avais dit de ne plus vous en mêler. Vous m'avez jetée dans tous les désagréments que je voulais éviter. C'est vous qui avez répandu tous les soupçons qu*on a eus sur son compte, et ce n'est pas par attachement pour moi que vous m'avez appris qu'il m'aimait; ce n'est que par le plaisir de faire du mal. Il m'importait peu d'en être instruite ; c'est un amour que je n'aurais jamais su, et je le trouve bien malheureux d'avoir eu affaire à tous, lui qui a été votre mattre, qui vous affectionnait, qui vous a bien traité, qui vient tout récemment encore de vous prier à genoux de lui garder le secret. Vous l'assassinez, vous me trahissez moimême; il faut que vous soyez capable de tout. Que je ne vous voie jamais, et point de réplique.

DUBOIS <Vn va en riant»

Allons, voilà qui est parfait.

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