‹ Œuvres de Marivaux: théâtre completChapitre 1126 sur 1238 · PASQUIN, DAMON · texte numérisé non relu

PASQUIN, DAMON

DAMOX.

11 faut avouer que tu abuses furieusement de ma patience. Sais-tu la valeur des mauvais discours que tu viens de tenir, et qu'à la place du chevalier, je refuserais de jouer davantage?

PASQUIN

C*est que vous avez du cœur; et lui de l'adresse.

DAHON.

Mais pourquoi t*obstines-tu à soutenir qu'il gagnera?

PASQUIN

C'est qu'il voudra gagner.

DAMON

T'a-t-on dit quelque chose de lui? T*a-t-on donné quelque avis ?

PASQUIN

Non; je n'en ai point reçu d'autre que de sa mine. C'est elle qui m'a dit tout le mal que j'en sais.

DAMON

Tu extravagues.

Monsieur, je m'y ferais hacher. Il n'y a point d'honnête homme qui puisse avoir ce visage-là. Lisette, en le voyant ici, en convenait hier avec moi.

DAMON

Lisette? Belle autorité I

PASQUIN

Belle autorité! C'est pourtant une fille qui, du premier coup-d'œil, a senti tout ce que je valais.

DAMON, riant.

Ah ! ah ! ah ! Tu me donnes une grande idée de sa pénétration. Je vais chez mon banquier; c'est aujourd'hui jour de poste. Ne t'éloigne pas.

PASQUIN

Arrêtez, monsieur. On nous a interrompus ; je ne vous ai pas quand je veux ; et mes ordres portent aussi, attendu cette légèreté d'esprit dont je vous ai parlé, que je tiendrai la main à ce que vous exécutiez tout ce que monsieur voire père

vous a dit de faire; et voici un petit agenda où j'ai tout écrit. (// lit,) « Lisle des articles et commissions recommandés par monsieur Orgon à monsieur Damon son fils aine, sur les déportements, faits, gestes, et exactitude duquel il est enjoint à moi Pasquin, son serviteur, d'apporter mon inspection et contrôle. »

DAMON, riant.

Inspection et contrôle I

PASQUIN

Oui, monsieur, ce sont mes fonctions; c*est comme qui dirait, gouverneur.

DAMON

Achève.

PASQUIN

Premièrement. « Aller chez monsieur Lourdain, banquier, recevoir la somme de... » Le cœur me manque, je ne saurais la prononcer. La belle et copieuse somme que c'était! Nous n'en avons plus que les débris. Vous ne vous êtes que trop ressouvenu d'elle, et voilà l'article de mon mémoire le plus maltraité.

DAMON

Finis, ou je te laisse.

PASQUIN

Secondement. « Le pupille ne manquera pas de se transporter chez M. Raffle, procureur, pour lui remettre des papiers. »

DAMON

Passe; cela est fait.

PASQUIN

Troisièmement. « Aura soin le sieur Pasquin de presser le sieur Damon. >

DAMON

Parle donc, maraud, avec ton sieur Damon.

PASQUIN

Style de précepteur... «De presser le sieur Damon de porter une lettre à l'adresse de madame...» Attendez... ma foi, c'est c madame Dorville, ra« Galate ; » dans la rue où nous sommes.

DAMON

Madame Dorville ! Est-ce là le nom de l'adresse? je ne l'avais seulement pas lue. Eh ! parbleu ! ce serait donc la mère de Constance, Pasquin?

PASQUIN

C'est elle-même, sans doute, qui loge dans cette maison , d'où elle passe dans le jardin de votre hôtel. Voyez ce que c'est! faute d'exactitude, nous négligions la lettre du monde la plus importante, et qui va nous donner accès dans la maison.

DAMON

J'étais bien éloigné de penser que j'avais en main quelque chose d'aussi favorable. Je ne Tai pas même sur moi, cette lettre, que je ne devais rendre qu'à loisir. Mais par où mon père connaflil madame Dorville ?

PASQUIN

Oh! pardi, depuis le temps qu'il vit, il a ea celui de faire des connaissances.

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