LES SINCÈRES, SCÈNE IX
PROXTIN.
Mon étoile ne veut pas que je rende justice à mademoiselle.
U8BTTE.
Et la mienne veut que je rende justice à monsieur.
FRONTIN
Nous avions déjà conclu d'affaire avec d'autres, et madame loge chez elle la petite personne que j*aime.
ARA]Ji:(T£.
Quoi IMar ton?
FRONTIN
Vous Tavez dit, madame ; mon amour est de sa façon. Quant à mademoiselle, son cœur est allé à Dubois; c'est lui qui le possède.
DORANTE
J'en serais charmé^ Lisette.
LISETTE
Laîssons-là ce détail. Vous aimez toujours ma maltresse; dans le fond elle ne vous haïssait pas, et c'est vous qui Tépouserez, je vous la donne.
FRONTIN
Et c*est madame à qui je prends la liberté de transporter mon maître.
ARAMINTB, riant.
Vous me le transportez, Frontin? Et que savezvous si je voudrais de lui ?
USETTE.
Madame a raison; tu ne lui ferais pas là un grand présent.
ARAHINTE.
Vous parlez fort mal, Lisette : ce que j'ai répondu à Frontin ne signifie rien contre Ergaste, que je regarde comme un des hommes les plus dignes de l'attachement d'une femme raisonnable.
LISETTE, d'un ton irontq^e,
A la bonne heure ; je le trouvais un homme fort ordinaire, et je vais le regarder comme un homme fort rare.
FRONTIN
Pour le moins aussi rare que ta maltresse, soit dit sans préjudice de la reconnaissance que j'ai pour la bonne chère que j'ai faite chez elle.
DORANTE
Halle-là, faquin; prenez garde à ce que vous direz de madame la marquise.
FRONTIN
Monsieur, je défends mon maître.
LISETTE
Voyez donc cet animal i c'est bien à toi à parler d'elle : tu nous fais là une belle comparaison l
FRONTIN, criant,
Qu'appelles-tu une comparaison?
ARAMINTE
Allez, Lisette; vous êtes une impertinente avec vos aii*s méprisants contre un homme dont je prends le parti; et votre maîtresse elle-même me
fera raison du peu de respect que vous avez pour moi.
LISETTE
Pardi! voilà bien du bruit pour un petit motl c'est donc le Phénix, monsieur Ergaste?
FRONTIN
Ta maltresse en est-elle un plus que nous?
Paix, vous dis-je. {Li$ettê sort.)
FRONTIN
Monsieur, je suis indigné : qu*estce donc que sa maltresse? qui la relève tant au-dessus de mon maître? On sait bien qu'elle est aimable; mais il y en a encore de plus belles, quand ce ne serait que madame.
DORANTE, haHt.
Madame n'a que faire là-dedans, maraud ; mais je te donnerais cent coups de bâton, sans la considération que j'ai pour ton maître.