L'ÉPREUVE, SCÈNE IV
je le prends. (A Lisette.) Le biau bria de ûlle que vous êtesl
LISETTE
La tôte lui tourne, ou il y a là quelque chose que je n'entends pas.
Stapendant, je me baillerai bian du tourment pour airoir Angélique, et il en pourra Tenir que je Taurons, ou bian que je ne l'aurons pas. Faut mettre les deux pour deviner juste.
LISETTE, riant.
Vous êtes un très-grand devin I
LUGIDOR.
Quoi qu'il en soit, j'ai aussi un parti à lui offrir, mais un très-bon parti. Il s'agit d'un homme du inonde ; et voilà pourquoi je m'informe si elle n'aime personne.
LISETTE
Dès que vous vous mêlez de l'établir, je pense bien qu'elle s'en tiendra là.
LUCIOOR.
Adieu, Lisette; je vais faire un tour dans la grande allée. Quand Angélique sera venue, je vous prie de m'en avertir. Soyez persuadée, à votre égard, que je ne m'en retournerai point à Paris sans récompenser le zèle que vous m'avez marqué.
LISETTE
Vous avez bien de la bonté, monsieur.
LUCIDOR, à Blatte, en s'en allant ^ et à part.
Ménagez vos termes avec Lisette, mattre Biaise.
MAITRE BIJilSE.
Aussi fais-je ; je n'y mets pas le sens commun.
MAITRE BLAISE, LISETTR.
LISETTE
Ce monsieur Lucidor a le meilleur cœur du monde.
MAITRE DLAISE.
Oh! un cœur. magnifique, un cœur tout d'or. Au surplus, comment vous portez- vous, mademoiselle Lisette ?
LISETTE, riant,
Ehl que voulez-vous dire avec votre compliment, maître Biaise? Vous tenez depuis un moment des discours bien étranges.
MAITRE BLAISE
Oui, j'ons des manières fantasques, et ça vous étonne, n'est-ce pas? Je m'en doute bian. {Et par réflexion.) Que VOUS êtes agriable I
LISETTE
Que vous êtes original avec votre agréable ? Comme il me regarde I En vérité, vous extravaguez.
MAITRE BLAISE
Tout au contraire; c'est ma prudence qui vous contemple.
LISETTE
Eh bien! contemplez, voyez. Ai-je aujourd'hui le visage autrement fait que je l'avais hier?
Non; c'est moi qui le vois mieux que de coutume; il est tout nouviau pour moi.
LISETTE, voulant s'en aller.
Eh ! que le ciel vous bénisse.
MAITRE BLAISE, f arrêtant.
Attendez donc.
LISETTE
Eh! que me voulez-vous? C'est se moquer que devons entendre. On dirait que vous m'en contez. Je sais bien que vous êtes un fermier à votre aise, et que je ne suis pas pour vous. De quoi s'agit-il donc?
MAITRE BLAISE
De m'acouter sans y voir goutte, et de dire à part vous: Ouais! faut qu'il y ait un secret à ça.
LISETTE
Et à propos de quoi un secret? Vous ne me dites rien d'intelligible.
MAITRE BLAISE
Non ; c'est fait exprès, c'est résolu.
LISETTE
Voilà qui est particulier. Ne recherchez-vous pas Angélique?
MAITRE BLAISE
Ça est itou conclu.
LISETTE
Plus je rêve et plus je m'y perds.
Faut que vous vous y perdiais.
LISETTE
Mais pourquoi me trouver si agréable? Par quel accident le remarquez- vous plus qu'à l'ordinaire? Jusqu'ici vous n'avez pas pris garde si je l'étais ou non. Croirai-je que vous êtes tombé subitement amoureux de moi? Je ne vous en empêche pas.
MAITRE BLAISE, vite et vivement.
Je ne dis pas que je vous aime.
LISETTE
Que dites-vous donc?
MAITRE BLAISE
Je ne vous dis pasjque je ne vous aime point; ni l'un ni l'autre; vous m'en êtes témoin. J'ons donné ma parole, je marche droit en besogne, voyez- vous! Il n'y a pas à rire à ça, je ne dis rin; mais je pense, et je vais répétant que vous êtes agriable 1
LISETTE^ itonnéCy le regardant.
Je vous regarde à mon tour. Si je ne me figurais pas que vous êtes timbré, en vérité, je soupçonnerais que vous ne me haïssez pas.
MAITRE BLAISE
Oh! soupçonnez, croyez, pei'suadez-vous ; il n'y aura pas de mal, pourvu qu'il n'y ait pas de ma faute, et que ça vienne de vous toute seule, sans que je vous aide.